Septembre 1917

C’est en rentrant de permission de détente, passée en Charente, que j’ai connu le résultat du rapport établi par le Général qui a inspecté le secteur en juillet dernier.

1917 09 Royan en août

"C'est en rentrant de permission de détente, passée en Charente..." Royan au mois d'août 1917

Ainsi que je le pensais, ce rapport conclut à des réductions considérables, tant en officiers qu’en hommes. Je crois, d’ailleurs, que c’est parce qu’on n’a pas osé le faire d’un seul coup, mais que l’intention était bien de supprimer complètement ce malencontreux secteur. C’était cependant la meilleure solution et la plus logique ; on connaît du reste, et depuis longtemps,  mon opinion sur l’utilité de notre service. Bref, cette suppression radicale n’est pas encore pour aujourd’hui et l’on va se contenter de profiter du départ des hommes de la classe 1889, mis en sursis d’appel et renvoyés chez eux afin de travailler la terre, pour ne pas les remplacer. Les sections vont être regroupées de façon à en réduire le nombre et à rendre disponibles un certain nombre d’officiers qui vont être rayés des cadres ou dirigés sur leur dépôt, suivant leur âge ; les points à surveiller vont être étudiés à nouveau, afin d’en diminuer le nombre, ce qui est le corollaire naturel de la réduction de l’effectif.

Supprimé aussi le petit dépôt du Bastion ainsi que les magasins d’habillement et ateliers que ce dernier abritait. Un corps quelconque du G.M.P.[1] sera chargé d’habiller et de chausser ces messieurs les G.V.C. Quant au commandant du secteur, on lui permet tout juste de conserver un seul officier auprès de lui.

Comme je ne me fais aucune illusion à ce sujet et que je sais fort bien auquel iront les préférences de notre chef, cela pour des raisons que je connais, mais que je me garderai bien de dire, je suis résolu à demander le commandement d’une section. Mon sympathique ( ?) collègue le trésorier n’aura donc  pas besoin d’intriguer pour se raccrocher à son fromage que je ne disputerai pas à ce modèle de fourberie et de suffisance. Ah ! si seulement j’entendais parler du Colonel Biesse. Mais peut-être m’a-t-il oublié ? Il est vrai qu’au G.Q.G.[2], il doit avoir d’autres chats à fouetter que de s’occuper de moi.

Du reste, cela ne me déplaira pas d’avoir des fonctions un peu plus actives et, comme toutes les combinaisons  plus ou moins louches qui s’échafaudent ici me répugnent, je m’en trouverai ainsi éloigné. Il est donc convenu que, à partir du 5 octobre, date à laquelle la nouvelle organisation du secteur doit entrer en vigueur, je prendrai le commandement de la section T à Villeneuve-Saint-Georges, en remplacement de mon excellent camarade Riegger[3] qui a demandé la liquidation de sa pension d’invalidité et s’en va, écœuré de ne pouvoir obtenir son deuxième galon si largement mérité et si chèrement acheté.



[1] G.M.P. : Gouvernement Militaire de Paris. (NDLR)

[2] G.Q.G : Grand Quartier Général. (NDLR)

[3] Riegger : voir la journée du 10 février 1917. Le sous-lieutenant Riegger est invalide de guerre, amputé du bras gauche. (NDLR)