5 Novembre 1917

Les choses ne vont pas aussi bien qu’elles semblaient en avoir pris la tournure… Ce trésorier, que je voudrais voir au diable, ne me met au courant de son service, qu’avec la plus entière mauvaise volonté et toutes les réticences possibles et imaginables qu’un Monsieur que la bonne foi et la franchise n’étouffent pas. Il semble ne pas se rendre compte qu’il va partir et veut continuer à régenter et organiser le centre du secteur comme si je n’existais pas et ainsi que le Commandant lui en aurait donné mission, à ce qu’il prétend. Nous avons déjà eu deux ou trois altercations à ce sujet et la dernière était motivée par ce fait qu’il émettait la prétention d’expédier aux quatre coins du secteur, les quelques derniers secrétaires de mon ancien bureau de l’habillement. Je lui ai fait remarquer, en termes assez vifs, je n’en disconviens pas, que, devant rester, j’entendais conserver les collaborateurs de mon choix et que lui-même n’avait rien à voir à l’affaire puisque son départ n’était plus qu’une question de jours… Il m’a alors répondu qu’il ferait comme cela lui plairait et que, d’abord, « il n’était pas encore parti ! »

il a un fétiche Il m'a alors répondu qu'il ferait comme cela lui plairait et que, d'abord, "il n'était pas encore parti!" Caricature de Marcel Arnac, de son vrai nom Marcel Fernand Louis Bodereau, né le 10 octobre 1886 à Paris 11e et mort le 25 août 1931 à Nanterre, écrivain, illustrateur et humoriste, un des précurseurs de la bande dessinée sous la forme de roman graphique. 

Entendant cela, je me suis rendu, sans perdre un instant, auprès du Commandant qui, par un heureux hasard,  était là et lui ai demandé de me dire si ce lieutenant M.[1]  partait oui on non ; dans le premier cas, je le priais alors de m’autoriser à rester chez moi jusqu’à ce que ce fait soit accompli, dans le second, je lui demandais de me rendre le commandement de ma section.

-       « Etes-vous prêt à remplacer cet officier du jour au lendemain ? m’a-t-il dit.

-        Oh, oui ! largement prêt.

-       Dans ce cas, a-t-il continué, restez chez vous jusqu’à ce que je vous prévienne, car il va partir, c’est tout à fait sûr, et ses démarches et ses intrigues ne pourront empêcher ce qui doit arriver. »

Je suis donc chez moi en attendant les événements et j’en suis bien content car je commençais à être exaspéré d’être obligé de vivre côte à côte avec ce vilain monsieur et je crois que, si j’avais voulu persister, les choses auraient fini par se gâter.



[1] Il s’agit bien du lieutenant-trésorier Martinon (NDLR)