16 Novembre 1917

Creil !... Creil !... Sous l’immense verrière qui couvre entièrement la gare et au milieu des sifflets assourdissants des locomotives, et du fracas des wagons passant sur les plaques tournantes, je débarque vers 3 heures de « relevée », après un voyage de près de deux heures. Le trajet a été assez long parce que mon train, au lieu d’être direct, a fait un crochet par Pontoise.

11 16 verrière Gare Creil

"Creil !... Creil !... Sous l’immense verrière qui couvre entièrement la gare ..."  

Gare de Creil  Chalbrette — Carte postale ancienne, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=17910160

Mon premier devoir est de me rendre à la Commission de Gare et d’exhiber mon ordre de service à l’officier de service, un chef d’Escadrons de Chasseurs d’Afrique, qui me fait aussitôt conduire au bureau du commissaire régulateur, par un planton.

Le bureau est installé dans une baraque en bois édifiée dans un terrain dépendant de la gare.

Le commissaire régulateur, dont le nom est inscrit sur la porte – Commandant  Van Heems[1] - est un fantassin ; il me reçoit d’une façon assez sympathique, m’interroge sur mes aptitudes spéciales, ma blessure, ce que j’ai fait depuis le début de la guerre. Il me demande le grade que je possédais à la mobilisation et, sur ma réponse qu’il était le même que maintenant, il me dit : « La guerre ne vous a pas rapporté grand-chose, je vois ; ah si ! votre jambe… »

11 16 Van Heems Roger

Au début de la guerre, le jeune Roger Van Heems se fait connaître pour sa conduite remarquable au cours du'ne opération, ce qui détermine certainement son ascension très rapide dans la hiérarchie militaire (in L'Illustration, Tableau d'honneur, planche 367, Coll. pers.)

Il téléphone à différents endroits à mon sujet, entr’autres au G.Q.G. je crois bien, et, finalement, m’engage à aller au bureau de la Place, pour obtenir un logement, et à revenir le voir demain matin à 11 heures.

Je me rends donc à la Place et là, on me donne un billet de logement pour une maison de la rue Jean Jaurès.

Pas très fameux, mon logement. C’est une espèce d’hôtel de 36e ordre ; la bâtisse est en carreaux de plâtre et l’escalier,  roide comme la justice, donne directement sur une sorte de passage qui me fait l’effet d’être assez pouilleux. Ma foi, tant pis, à la guerre comme à la guerre ! L’essentiel est que le lit  me paraît assez bon et propre.

J’installe donc ma cantine dans ma chambre et, ceci fait, je songe au diner et dirige mes pas vers l’hôtel du Chemin de fer, celui-là même où ma mère et ma femme étaient descendues il y a trois ans, quand elles étaient venues me rejoindre, lors de ma blessure.

Enfin, après un diner très confortable, je rentre me coucher en remettant à demain les affaires sérieuses.



[1] Le 21 septembre 1932, le colonel breveté Van Heems, du 81e R.I. est nommé au commandement par intérim du 2e groupe de subdivisions de la 16e Région à Carcassonne. Note de l’auteur

Roger Albert Van HEEMS, né le 02/05/1875 à Paris. Général de brigade, ancien élève de l'Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr, promotion «de Tananarive» (1895-1897), Colonel commandant le 81e Régiment d'Infanterie à Montpellier (1931), Officier de la Légion d'honneur le 25 décembre 1929 (NDLR)