15 Décembre 1917

Un mois tout à l’heure que je suis ici ; la nouveauté du début passée, les jours se succèdent, maintenant, un peu monotones. Je suis, à l’heure qu’il est, tout à fait familiarisé avec les moindres détails de mes nouvelles fonctions.

Entre deux tours de service, j’ai pu, à deux reprises différentes, faire une petite fugue jusqu’à Paris, mais cela à mon corps défendant et d’une façon pas très régulière ; mais je crois qu’il va falloir que j’agisse avec plus de circonspection dorénavant car quelques camarades ayant fait comme moi, se sont attirés des avanies. J’aime autant, en me tenant tranquille pendant un certain temps, ne pas m’exposer aux mêmes ennuis qu’eux. Du reste, l’époque de ma permission de détente approche et, si rien n’y vient y mettre obstacle, je compte pouvoir partir aux environs du 1er Janvier.

Depuis les premiers jours du mois, notre bon Capitaine Clerc n’est plus notre chef. Il a été remplacé, dans les fonctions de Commissaire Militaire par un autre officier, le Capitaine Varillon, qui est  certainement beaucoup moins sympathique.

Tout d’abord désigné pour une autre gare, le Capitaine Clerc est, en définitive, resté ici, mais en sous-ordre et il concourt au service au même titre que nous. Je ne m’explique pas cette disgrâce et, les premières fois qu’il a dû assurer un service de nuit, nous nous sommes offerts à quelques-uns, pour le remplacer, mais il n’a rien voulu entendre, nous déclarant qu’il tenait absolument à assurer le travail comme nous tous et sans le moindre adoucissement.

C’est égal, je trouve que l’on n’a réellement pas été chic avec lui et que cette façon d’agir frise la muflerie.

Depuis deux jours, nous avons vu partir un certain nombre de camarades désignés comme commissaires dans des gares proches du front.

Je devais faire partie de ce mouvement, paraît-il, mais, eu égard à ma blessure, on m’a conservé à Creil. Resterai-je plus longtemps ici que je ne le pensais tout d’abord ?

Parmi ceux qui viennent de nous quitter, il y en a deux de ceux que je préférais ; entr’autres Barthe, que j’ai embarqué dans un train de ravitaillement, pour Forest[1], petite gare au nord de Ham, où s’arrêtent trains de ravitaillement et de permissionnaires.

12 15 Foreste les rails

 

Restes du chemin de fer à Foreste  dans l’Aisne. Foreste possédait une gare, aujourd'hui maison d'habitation mais il reste tout le décorum même le petit château d'eau, à quelques pas de cette ancienne gare sont apparus, après débroussaillage, des rails, témoins oubliés d'une activité pas aussi lointaine que cela (fin de l’exploitation ferroviaire en 1955). (« Foreste les rails ». Via GeneaWiki - https://fr.geneawiki.com/index.php/Fichier:Foreste_les_rails.jpeg#/media/File:Foreste_les_rails.jpeg) et (http://www.fcvnet.net/~blaise.pichon/HAM-Fran.HTML

L’autre, le Capitaine Dupuis, est parti à Flavy-le-Martel.

Le temps s’est singulièrement refroidi depuis quelques jours et je n’ai guère chaud dans ma peu hospitalière chambre. Heureusement, j’ai touché un peu de combustible et il m’a été donné de pouvoir faire un peu de feu dans l’horrible petit poêle que je possède.



[1] Il s’agit en fait de Foreste, petite ville de l’Aisne au nord de Ham et distante de  9km. (NDLR)