10 Février 1918

Ici, la vie continue, monotone et régulière. Aucun arrêt dans le travail, pas de dimanches, ni de jours de fêtes pour nous[1]. Le service se prend le matin vers 8h1/2 et, à part les interruptions nécessitées par les deux grands repas de la journée, en voilà pour jusqu’à 11 heures ou minuit ; il est même à remarquer qu’au cours de la soirée, se manifeste toujours une recrudescence d’activité. Ce n’est pas que la besogne, tout au moins la mienne, soit particulièrement écrasante, mais il faut toujours être là pour répondre à toutes les demandes de renseignements que peuvent vous adresser les grands chefs, et ceux-ci n’aiment guère attendre. On se doute bien, d’ailleurs, que petit officier de réserve, je ne suis chargé que de détails de service un peu secondaires ; ce n’est pas moi, bien sûr, qui règle les transports des grands unités qu’on enlève d’un point du front pour les débarquer dans un autre ; ça, c’est l’affaire des officiers brevetés. Mon rôle est beaucoup plus modeste et consiste, en dehors de mes fonctions de chef de détachement et de celles relatives au courrier, à des travaux de chancellerie, de petit ravitaillement (en particulier, je suis chargé du ravitaillement en charbon, huile et graisse, des unités de voie de 0m60), de contentieux, etc.

1918 02 10 D'un poste de commandement Prévost Marcel nov 17

 "...Marcel Prévost a fait un tableau très exact de la vie que l’on mène dans les Etats-Majors..."

Notre chef, le Lieutenant-colonel Boquet, est depuis peu à la tête de la D.T.M.A. -celle-ci a récemment changé de nom et s’appelait, auparavant, la D.C.F. (Direction des Chemins de Fer)- Il était Commissaire Militaire du Réseau de l’Est quand on l’a enlevé de ce poste pour le placer ici. Comme je l’ai dit, il est sapeur et est, naturellement, breveté d’Etat-Major. Il a 49 ans, est très actif et passe pour un officier excessivement laborieux.

Son adjoint, ou, si l’on préfère, son chef d’Etat-Major, le Commandant Lefort, sapeur et breveté également, le seconde avec beaucoup d’intelligence et est accablé de besogne ; toujours courant, il n’a pas une minute à lui et son téléphone fonctionne sans arrêt. Il faut dire que tout se passe par téléphone et l’on peut se demander comment, si ce dernier n’avait pas existé, on aurait fait pour assurer la transmission rapide des ordres.

Sans conteste, la cheville ouvrière de la D.T.M.A. est le Commandant Gérard. C’est à lui que revient le rôle de régler les transports des grandes unités –Divisions d’Infanterie ou de Cavalerie, Corps d’Armée, etc.- dont je parlais tout à l’heure, et il s’en acquitte d’une façon tout à fait remarquable, aux dires de tous. Travailleur opiniâtre, le premier au bureau, un des derniers parti, il n’arrête pas un instant, faisant face à toutes les difficultés avec un calme et une lucidité d’esprit qui ne se démentent jamais ; c’est un officier de grande valeur. Il a été régulateur à Creil et est un des rares fantassins de la D.T.M.A.[2]

Les autres officiers d’Etat-Major sont chargés de fonctions moins importantes. Toutefois, le Commandant Berger (ce chef d’Escadrons de cavalerie dont l’uniforme noir m’avait si fort embarrassé le soir de mon arrivée) remplit, en quelque sorte, l’emploi de sous-chef d’Etat-Major, pour les petits détails du service, courrier et autres. C’est l’homme le plus correct, le mieux élevé que l’on puisse rencontrer. Toujours d’une aménité la plus grande avec tous, nul ne l’a jamais entendu tenir un propos, prononcer une parole qui puisse froisser ou mortifier un subordonné.

Le Bureau des Travaux est aussi composé de gens d’une certaine valeur ; ce ne sont pas des brevetés, mais des sapeurs spécialisés dans l’étude des travaux de construction de voies ferrées. Le chef en est la Lieutenant-colonel Gauthier, un petit bonhomme assez drôle et qui a son franc-parler avec tout le monde. Il est au G.Q.G. depuis le début de la campagne.

Un de ses adjoints, le Capitaine Uxol, est un excellent camarade avec lequel je sympathise déjà beaucoup ; on l’a surnommé le « Bolchevik », non pas à cause de ses opinions qui sont celles d’un soldat d’élite qui a bravement versé son sang pour la Patrie et qui place celle-ci au-dessus de tout, mais parce qu’il porte des lunettes et que souvent, dans l’ardeur du travail, il a les cheveux et la barbe en désordre. Esclave du devoir, d’une compétence avérée, c’est lui aussi, un officier hors de pair. Tous, ici, l’aiment et l’estiment.

Il existe, dans le sein de la D.T.M.A., une petite association qui réunit à peu près les deux-tiers de ses officiers et cette association a pour but d’assurer à ses membres, pour une cotisation mensuelle assez modique, une collation quotidienne composée de thé, de pain, de confiture et de gâteaux secs, et cela, tout à fait en dehors de la popote. Dès mon arrivée, on m’a demandé si je  voulais faire partie de ce petit consortium et, la gourmandise aidant, j’ai naturellement accepté. Cette dinette est très amusante et rompt agréablement, pendant un quart d’heure, la monotonie de l’après-midi.

Deux fois par jour, à 13 heures et à 19 heures, tous les services du G.Q.G. reçoivent par les soins du 2e Bureau, un communiqué succinct des événements qui se sont produits au cours des heures précédentes, devant le front de chaque armée ; ce communiqué est établi d’après les rapports transmis par ces dernières et est très intéressant car il vous tient, heure par heure, au courant des moindres incidents. Aussi, est-il toujours attendu avec une grande impatience qui devient de l’anxiété pendant les périodes agitées.

On sait que la D.T.M.A. est une subdivision, la plus importante sans doute, de la Direction de l’Arrière. Le Directeur de l’Arrière est le Colonel Payot, chef autoritaire et exigeant devant lequel tout le monde tremble.

Son chef d’Etat-Major est le Lieutenant-colonel Delalain[3], le sous-chef, le Commandant Sisteron.

Une seconde subdivision, très conséquente aussi, de la D.A., est la D.S.A. (Direction du Service Automobile). Sous l’habile et vigoureuse impulsion des Commandants Girard, d’abord, Doumenc[4], ensuite, ce service a pris, depuis le début de la Guerre, une extension considérable, passant du simple au décuple[5].

1918 02 10 général doumenc

 

Général d’Armée Joseph Edouard Aimé DOUMENC (1880–1948). Il fut nommé Général de Brigade en 1932, puis Général de Division en 1935, puis Général de Corps d’Armée en 1937, puis Général d’Armée en 1939. Il fut Sous-Chef d’Etat-Major Général de l’Armée en 1933, puis Commandant de la 1ère Division d’Infanterie en 1936, puis Commandant de la 1ère Région en 1938, puis Chef de la Délégation Française chargée de négocier un accord avec l’URSS en 1939, puis Commandant de la Défense Anti-Aérienne du Territoire en 1939, puis Major Général au GQG des Forces Terrestres Françaises en 1940, puis Commandant de la 9ème Armée en 1940, puis Commissaire Général à la Reconstruction Nationale en 1940. (in https://fr.wikipedia.org/wiki/Aim%C3%A9_Doumenc & https://verdun-meuse.fr/index.php?qs=fr/ressources/biograhie-du-mois---fevrier-2012---joseph-dou

Le reste de la D.A. comprend un certain nombre de sections : Intendance, Munitions, Santé, Courrier, etc. dont les chefs sont :

-       Le Commandant Boudot pour la Section Intendance,

-       Le Colonel Colinet-Daage, pour le Service des Eaux,

-       Le Colonel de Ribains, pour la remonte,

-       Le Commandant Poupinel,

-       Le Commandant Gouilloud, pour la Section Génie,

-       Le Capitaine de Terrier, pour le personnel,

-       Le Capitaine Janin Section Munitions,

-       Le Capitaine Dageville, Section du Courrier,

-       Le Lieutenant-colonel Etienne, voie de 0m60, etc.

Chacun de ces officiers est, bien entendu, pourvu d’adjoints, ce qui fait que la Direction de l’Arrière, en comprenant D.T.M.A. et D.S.A., compte de 70 à 80 officiers. C’est un véritable Etat-Major, non pas de petite importance, mais de moyenne importance, au milieu de l’Etat-Major général.

Quant au G.Q.G. lui-même, il comporte, comme tout état-major :

Un 1er Bureau, chargé de l’organisation de l’Armée, des effectifs, du personnel ; son chef actuel, qui a succédé au Colonel Biesse, est le Lieutenant-colonel Vanbremersch[6].

Un 2e Bureau, chargé du service des renseignements, de l’information, de la propagande. Chef, le Lieutenant-colonel de Cointe[7]t.

Un 3e Bureau, chargé des opérations, chef actuel, le Colonel Duffieux.

Ici, par exemple, le 4e Bureau qui, dans un Etat-Major ordinaire, s’occupe des transports et du ravitaillement, est remplacé par la D.A.

Le Général en chef, qui est le Général Pétain depuis le mois de mai 1917, a, actuellement, le Général Anthoine pour Major général. Ce dernier, qui remplit en somme les fonctions de chef d’Etat-Major, est secondé par un certain nombre d’adjoints, officiers généraux supérieurs, qui prennent une part de la besogne écrasante dont il est chargé et, pour cette raison, portent le titre d’aides-major général. Ces officiers sont pour le moment :

-       Le Général de Barescu[8]t, chargé des opérations et des renseignements, 3e et 2e Bureaux,

-       Le Général Poindron, organisation, effectifs, 1e Bureau,

-       Le Général Duval, aéronautique et liaison,

-       Le Médecin-Inspecteur Toubert, service de santé,

-       Le Colonel Payot.

Les quatre premiers se partagent la direction supérieure des différents Bureaux et Services du G.Q.G.. Quant au dernier, il est spécialement et uniquement chargé de la Direction de l’Arrière. (Le premier Directeur de l’Arrière, à la Mobilisation, était le Général Lafont de Ladébat. A cette époque, ces fonctions étaient dévolues à un Général de Division, Membre du Conseil Supérieur de la Guerre. Le prédécesseur du titulaire actuel n’était déjà plus que brigadier, le Général Ragueneau[9], que les intrigues de son successeur, et ancien subordonné, auraient contribué, dans une large mesure, disent les mauvaises langues, à faire partir pour … prendre sa place[10]).

1918 02 10 Colonel Payot

Ceci confirme le jugement de Lucien Proutaux au sujet du Colonel Payot, In La santé en guerre, 1914-1918: Une politique pionnière en univers incertain, par Vincent Viet

 

1918 02 10 Général Ragueneau assis 1931 7e à partir de la gauche

Le Général d’Armée Camille Marie RAGUENEAU (1868–1956), assis, 7e à partir de la gauche, lorsqu'il était Directeur du Centre des Hautes Etudes Militaires en 1931. Il fut nommé Général de Brigade en 1916, puis Général de Division en 1921, puis Commandant de Région en 1922, puis Général d’Armée en 1930. (in http://museedesetoiles.fr/portfolio_tag/etat-major-general-de-larmee-de-terre/page/14/)

Au début de la guerre, le G.Q.G., qui devait être un organisme autrement moins nombreux qu’aujourd’hui, s’est fixé successivement à Châtillon sur Seine, Vitry-le-François, Romilly, puis à Chantilly où il est resté plus de deux ans –novembre 1914 à décembre 1916- Il s’est ensuite transporté à Beauvais, avec Nivelle, et il s’est installé à Compiègne depuis le 3 avril 1917.

1918 02 10 GQG Compiègne Mal Pétain

Le Maréchal Pétain en réunion avec ses collaborateurs au G.Q.G. de Compiègne, 1er trimestre 1918.

 

1918 02 10 t1 GQG Jean de Pierrefeu 1883-1940

Jean de Pierrefeu (1883-1940) fut mobilisé au G.Q.G. de 1915 à 1918 à la Section de l’Information. C’est une source d’information précieuse de la période où Lucien Proutaux exerçait également dans les mêmes lieux. Journaliste, à tendance nationaliste, mobilisé en 1914, puis blessé, il est jugé inapte à reprendre la combat. Il est chargé de rédiger les communiqués officiels aux armées. Démobilisé en 1919, il écrira des ouvrages sur divers sujet, mais particulièrement sur la Grande Guerre, dont celui-ci, G.Q.G. Secteur I, tomes 1 & 2. Cela lui valut une vive polémique en raison de ses vives critiques à l’égard du haut commandement et de son jugement personnel sur les événements.(in http://www.crid1418.org/temoins/2009/03/09/pierrefeu-jean-de-1883-1940/)

 



[1] Dans son livre « D’un Poste de commandement », paru après l’offensive de la Malmaison, en octobre 1917, Marcel Prévost a fait un tableau très exact de la vie que l’on mène dans les Etats-Majors : « …pour le public, et pour bon nombre de journalistes, qu’est-ce qu’un Etat-Major ? C’est aujourd’hui encore, un groupe d’hommes très galonnés, très décorés, qui caracolent, font bonne chère, travaillent peu, jouissent de libertés et de faveurs exceptionnelles, et profitent, en somme, du labeur incessant et périlleux des officiers de troupe. Il est temps de mettre les choses au point et de ne pas laisser s’accréditer des fables dérisoires.

« Premièrement, rien n’est plus austère que la vie d’un Etat-Major français pendant cette guerre-ci. J’en ai vu assez pour que mon opinion soit fondée sur des expériences variées. Des colonies monastiques ! Voilà ce que m’ont représenté les états-majors, y compris ce grand monastère central, plus monotone peut-être que les autres : le Grand Quartier. Secondement, rien n’est plus laborieux. Au Grand Quartier, après le souper, dans la plupart des bureaux, les lampes se rallument, les officiers retournent travailler : que feraient-ils, d’ailleurs ? Il n’y a pas de divertissements au G.Q.G. » (note de l’auteur)

[2] En juillet 1931, le Colonel Gérard, qui est colonel depuis deux ans environ, et qui, en dernier lieu, a exercé le commandement du 173e R.I. à Bastia, est désigné pour remplir les fonctions de Sous-directeur des Etudes à l’Ecole Supérieure de Guerre. (note de l’auteur)

[3] Le Colonel Delalain vient d’être promu général de Brigade le 29 février 1928. (note de l’auteur)

[4] Voici une appréciation portée sur le rôle de Doumenc et Girard : « C'est aux directeurs des Services Automobiles, le commandant Girard et le Capitaine Doumenc à qui il faut rendre cet hommage d'avoir perçu très tot dans la guerre cette mutation dans l'art du transport militaire. Ils ont permis, par leur anticipation , que l'armée se dote de matériel nombreux et adapté, en passant commande de camions Berliet, Renault, de Dion-Bouton, Peugeot, La Buire... pour les transports de troupe, mais également des véhicules de traction pour l'artillerie : des Latil, Saurer, Panhard, Schneider... ou des ambulances automobiles. » (in http://www.souilly.fr/public/?code=historique2---la-1ere-gue ) (NDLR)

 [5] Au début, le chef du service automobile était le Commandant d’artillerie breveté Girard, devenu par la suite Lieutenant-colonel, avec, comme adjoint, le Capitaine Doumenc, artilleur et breveté également ; le 15 mars 1917, ce dernier qui, entre-temps, avait été promu chef d’escadron, prenait la direction du service. En 1930, colonel, il est le chef du 4e Bureau de l’Etat-Major de l’Armée. (note de l’auteur).

 Par ailleurs, on peut lire : «Commission Militaire des Transports par Automobiles dépendant du 4° Bureau de l’Etat-Major, présidée depuis 1910, par le Capitaine d’Artillerie GIRARD. Le Capitaine d’Artillerie Breveté DOUMENC a été adjoint au Capitaine GIRARD en Avril 1914. En 1914, l’organisation et la mobilisation du Grand Parc ne donnèrent pas les résultats qu’on en attendait, et le Commandant GIRARD et le Capitaine DOUMENC, devant les besoins pressants qui se manifestaient durent organiser aux Armées les éléments qui leur faisaient défaut. »  (In http://franckdeleyrollgenea.free.fr/cariboost2/cariboost_files/service-auto.pdf) (NDLR)

 [6] Le Colonel Vanbremersch vient d’être promu général de Brigade le 29 février 1928. En 1930, est chef d’Etat-Major de la 14e Région de C.A. Commandeur de la Légion d’Honneur 14 juillet 1930.

[7]Le Lieutenant-colonel de Cointet, artilleur, était reconnu pour son don à raconter des histoires avec une verve qui suscité la jalousie et même le départ de l’un des ses collègues, d’après les dires de Jean de Pierrefeu (in G.Q.G. Secteur 1) (NDLR)

[8]Sur le général de Barescut, voici ce que dit Jean de Pierrefeu (in G.Q.G. Secteur 1) : « Le général de Barescut était un petit homme brun, maigre et vif, très affable, avec un léger accent du midi. Sa puissance de travail était peu commune. Ni morgue, ni désir d’en imposer ; il avait le caractère et l’aspect d’un de ces petits frères toujours de bonne humeur, qui vont et viennent dans les campagnes, prêchant Dieu, soulageant le prochain, encourageant tout le monde, prêt à se dévouer à chaque instant de leur vie. (page 11 tome 2) (NDLR)

[9]Il est intéressant de citer ici le jugement de Jean de Pierrefeu sur les hommes de la Direction de l’Arrière, lors de son passage au G.Q.G. de Chantilly : « Bien que retirés dans un local à part et de relations ingrates, les officiers de la D.A. (Direction de l’Arrière) méritent d’être présentés. Ils étaient quarante environ et ils formaient vraiment une Académie. On saisit difficilement pourquoi ils arboraient une gravité et une dignité non pareilles. Je pense que chez ces hommes, essentiellement bureaucrates, le tempérament breveté s’épanouissait dans toute sa force. Ils présidaient aux ravitaillements, aux transports, aux coopératives ; ils dirigeaient les industries militaires ; scieries, carrières, métallurgie. C’est à eux que la troupe doit cette orange et ce cigare individuels qu’on distribuait les jours de fête. Mais, parmi eux, il en est dont on ne louera jamais assez le travail acharné et l’initiative intelligente, ce sont les officiers de la Direction des Transports et du Service Automobile. Au reste, l’amabilité et l’obligeance de ces derniers ne faisaient pas de doute. Sous les ordres du colonel Ragueneau, ils ont réalisé ces chefs d’œuvre de concentration rapides, la course à la mer et Verdun. Plus tard, sous le colonel Payot, ils pareront aux terribles difficultés de la campagne de France. Ils ont gagné la victoire, ma foi, autant que le 3e bureau. […] (in http://www.cahiersdechantilly.com/cahiers-pdf/cahier1.pdf )

Autre extrait du livre de Jean de Pierrefeu, GQG Secteur 1 : « Le Colonel Ragueneau, chef de la Direction de l’Arrière, avec la collaboration du commandant Girard, chef du Service automobile, organisait cet admirable circuit de camions automobiles qui parvint à subvenir entièrement pendant six mois au besoins de l’armée de Verdun. Le Général Ragueneau multipliait les tours de force, aidé de son adjoint, un homme d’une terrible énergie, d’une autorité tyrannique, le lieutenant-colonel Payot. Tous ces hommes travaillaient nuit et jour, réparant à force d’ingéniosité et de labeur les imprévisions du début… » (pages 136-137 tome 1) (NDLR)

[10] C’est en mai 1917 que le Colonel Payot a succédé au Général Ragueneau dans ses fonctions d’A.M. général, chargé de la D.A. (note de l’auteur).

Extrait de l’ouvrage de Jean de Pierrefeu, GQG Secteur 1 : « Le colonel Payot est le type même de ces hommes qui auront joué dans la guerre moderne un rôle décisif que le public ignore ; il a été une des pièces essentielles de l’énorme machine anonyme, qu’on peut véritablement appeler la machine à gagner ou à perdre la guerre, dont aucun chef ne pourrait se passer…. Le colonel Payot déployait toute sa valeur dans ces moments de crise. Au physique, il offrait un visage paterne et blanc, peu expressif ; de petite taille, il avait le corps replet du bureaucrate, mais dans sa voix, au parler traînant, vibrait un bizarre accent faubourien qui surprenait l’interlocuteur et l’inquiétait. Dans cet accent dormait comme une menace, on devinait sous ce ronronnement le grondement du fauve prêt à s’éveiller. Ses colères étaient terribles ; domptés par sa volonté, ses bureaux ne connaissaient pas le repos. Cerveau lucide et simplificateur, réalisateur puissant, il a été le plus précieux auxiliaire du commandement pendant la campagne de 1918. Violent, de tempérament despotique, âprement ambitieux, sûr de lui, son autorité incomparable émanait de sa supériorité d’organisateur autant que de son énérgie. Comme tous les militaires de race, il y avait en lui du tyran… » (page 156 tome 2) (NDLR)