3 Avril 1918

On se souvient que la bonne dame au nom de qui était établi mon billet de logement, en s’apercevant que j’étais blessé, n’avait pas voulu qu’il soit dit qu’elle me refuserait l’hospitalité et m’avait, dans un élan généreux, donné sa propre chambre… Eh bien ! elle s’est sans doute ravisée depuis, car elle a signalé au commandement qu’un de ses petits-enfants était atteint de la scarlatine et le résultat de cette démarche a été que l’on m’a fait déménager en vitesse. Je n’affirmerais pas, par exemple, que cette maladie soit bien réelle, mais le plus clair de l’histoire, c’est que me voici installé dans un nouveau logement, avenue de la Gare, et, comme par hasard, encore chez une vieille dame ! Celle-ci me paraît assez bavarde et m’a déjà raconté toute son histoire et ses revers de fortune. Elle s’est beaucoup inquiétée de ma conduite, auprès de mon ordonnance, et de savoir si j’étais un homme menant une vie bien réglée et, sur l’assurance formelle qu’il lui a donnée qu’avec moi, elle n’avait rien à redouter à ce sujet, elle s’est rassérénée et m’a accepté comme locataire. Je tâcherai de ne pas faire mentir ce brave Bessault[1] et de justifier l’excellente réputation qu’il m’a faite, mais, néanmoins, il est probable que je ne resterai pas éternellement ici car je suis très éloigné de mon bureau et de la popote.

04 03 Provins La Gare

Gare de Provins en 1918 (in https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=14868719)

A propos, celle-ci a trouvé à s’installer encore très confortablement dans un petit hôtel actuellement inhabité. C’est moins luxueux, bien entendu, qu’à Compiègne et nous en sommes réduits à n’utiliser que notre seul matériel puisque la maison est vide, mais nous disposons d’une vaste et belle salle à manger, d’une petite pièce destinée au même usage, d’une très grande cuisine et nous avons, en outre, la jouissance du jardin, des communs, écuries, etc.



[1] Nous venons de faire connaissance de l’ordonnance les 25 et 26 mars (NDLR)