11 Juin 1918

Hier, le colonel Boquet m’en ayant très aimablement donné l’autorisation, j’ai accompagné le commandant Virlet, que ses fonctions appelaient au Ministère des Travaux Publics, auprès du « Pépère[1] »…

1918 06 11 Albert Claveille en 1917

Albert-André Claveille est un ingénieur et homme politique français, né le 1er janvier 1865 à Mouleydier (Dordogne) et mort dans cette commune le 6 septembre 1921. Ingénieur en chef puis inspecteur général des Ponts et Chaussées, il fut le grand promoteur de l'usine hydroélectrique de Tuilières. Il fut membre du Gouvernement de 1916 à 1920 (ministre des Travaux publics et des transports du 12 septembre 1917 au 20 janvier 1920 dans les gouvernements Painlevé et Clemenceau)(in https://fr.wikipedia.org/wiki/Albert-Andr%C3%A9_Claveille )

Il y avait longtemps que je désirais faire cette fugue pour me rendre compte par moi-même de l’état de notre pauvre maison et m’assurer qu’elle n’avait pas eu à souffrir des bombardements d’avions ou de Berthas.

Il ne fallait, d’ailleurs, pas manquer d’une certaine témérité pour tenter cette escapade, car n’allais-je pas affronter le feu du canon….

Partis en auto de Provins vers 8 heures, nous étions à Paris à 10 heures  ¼ et, après avoir déposé mon compagnon au Ministère, je filais aussitôt sur Clichy où je trouvais notre « home » intact, mais dans quel état de poussiéreux abandon !

J’ai ensuite, été demander à déjeuner à une de nos parentes, celle-là même qui était arrivée la première[2] à mon chevet de blessé à Creil, en octobre 1914, et puis, j’ai fait un tour de promenade et, ainsi, ai pu me rendre compte que bon nombre d’habitants de la capitale ont abandonné leur bonne ville, certains quartiers semblant absolument vides ; d’autres, toutefois, présentaient presque leur animation habituelle. Cinq ou six coups de canon lointains se sont fait entendre pendant mes quelques heures de séjour, mais les Parisiens n’ont réellement pas l’air d’y faire trop attention.

1918 06 11 Paris déserté

Ci-dessus, une marchande de fleurs, en face du 53 rue Cambon, en juin 1918 : carte postale colorisée qui donne à la fois l’impression que Paris est désert et que ceux qui y sont restés vaquent à leurs occupations sans se soucier du bruit du canon… (in http://www.nouvelobs.com/galeries-photos/photo/20130125.OBS6744/en-images-paris-en-couleur-il-y-a-100-ans.html )

A 17 heures ½, je retrouvais le commandant Virlet et nous reprenions aussitôt le chemin du G.Q.G. où nous arrivions juste pour le diner.



[1] Comme indiqué en date du 30 mars 1918, il s’agit du ministre Claveille

[2] Voir en date du 22 octobre 1914 la visite de la cousine Marie Nouailhetas