19 Février 1919

Les journaux du soir nous ont appris qu’un affreux criminel nommé Cottin –un Français !- a tenté de tuer Clémenceau. Il l’a heureusement manqué et la blessure légère qu’a reçue le vieux « tigre » ne met en aucune façon ses jours en danger ; après quelques jours de repos, il n’y paraîtra plus.

Dans L'Illustration du 22 février 1919 (Coll. pers.)

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L'auteur de l'attentat: Emile Cottin, 23 ans, dit Milou, anarchiste, ayant décidé seul de commettre son acte

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Cottin court derrière l'automobile de M. Clémenceau en tirant avec un browning.

L'arrestation: un maître d'hôtel et une servante d'un hôtel voisin, des passants prêtent main-forte aux agents.

(Croquis de Lucien Jonas d'après les récits des témoins oculaires, recueillis sur place)

Je crois que c’est une chance pour la France que ce forfait ait avorté car on se demande qui aurait pu prendre le gouvernail dans les circonstances actuelles.

J’espère que le misérable, que l’on a arrêté, sera châtié d’une façon exemplaire ; mais je voudrais aussi que soient dévoilés et punis ceux qui, par leurs paroles et leurs écrits, échauffent les têtes faibles comme celle de ce pitoyable avorton[1], et sont responsables de son crime au même titre que s’ils lui avaient réellement armé le bras !

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19 février: Emile Cottin sortant du cabinet de M. Tanguy, chef adjoint des services de la Sûreté, se cache le visage pour ne pas être photographié.

[1] Louis Émile Cottin (Creil, 14 mars 1896 - province de Saragosse, 8 octobre 1936) est un militant anarchiste français auteur d'un attentat contre Georges Clemenceau et mort sur le front d'Aragon pendant la révolution sociale espagnole de 1936. Le 14 mars 1919, Émile Cottin est condamné à la peine capitale par le 3e conseil de guerre de Paris pour sa tentative d’assassinat  sur la personne du Président du Conseil. Celui-ci va demander sa grâce auprès du Président de la République, Raymond Poincaré, et sa peine sera réduite à 10 ans de travaux forcés. Libéré en 1924, toujours fidèle à ses idées révolutionnaires, il s'engage dans la guerre d’Espagne comme mitrailleur au groupe international dans la colonne Durruti et tombe, en octobre 1936, sur le front d'Aragon. NDLR