Souvenirs de Campagne - Grande Guerre 14-18

10 août 2018

10 Août 1918

10 Août 1918

Notre victoire, car on peut dès maintenant l’appeler ainsi[1] se poursuit avec un succès toujours plus éclatant : Montdidier réoccupé aujourd’hui et largement dépassé, de nombreux prisonniers et des centaines de canons et de mitrailleuses en notre possession –voilà le bilan de la journée !

Ah ! que l’on voit bien que les événements obéissent maintenant à une volonté énergique et sûre, qui sait ce qu’elle veut, où elle va et coordonne habilement les efforts de tous !

Aussi, les « Berthas » se sont –elles tues et il y a tout lieu de penser que les Boches doivent être en train de les déménager en vitesse.

Pendant ma permission, le G.Q.G. a changé de Major-général ; le nouveau titulaire, successeur du Général Anthoine, est le Général Buat[2], un artilleur qui était colonel, je crois, au début de la guerre et a été, en 1916, aide-major général, chargé des opérations. Il a fait une tournée dans les services pour prendre contact avec tous.

1918 08 10 journal du général Edmond Buat

Vers février ou mars, une circulaire de Clémenceau est parue, prescrivant que, en dehors des premières lignes où seul, le casque est admis, tous les officiers devraient désormais porter le seul képi d’arme de l’ancienne tenue, à l’exclusion de tout autre.

Pour moi, cette décision ne présentait aucun inconvénient car je n’ai jamais voulu porter d’autre coiffure que l’ancien képi rouge. Mais grand a été l’émoi de nos agents supérieurs techniques des Chemins de fer, car leur ancien képi d’avant-guerre, qu’ils ont d’ailleurs porté au début de la campagne, comportait avec la calotte noire ou bleu foncé, un large ruban du plus beau rouge, leur donnant l’air de distributeurs de circulaires de chez Dufayel ou autre. Aussi, ne dérageaient-ils pas de se voir dans l’obligation de recoiffer pareille horreur.

1918 08 10 képi des agents des Chemins de fer

Képi porté par les agents des Chemins de fer avec son large ruban rouge http://lagrandeguerre.cultureforum.net/t78587-les-hommes-des-chemins-de-fer

1918 08 10 galeries Dufayel "...leur donnant l’air de distributeurs de circulaires de chez Dufayel"

Heureusement pour eux, ils ont des amis en haut lieu, et je soupçonne fort M. Lebert d’avoir profité de sa permission pour intriguer et faire agir auprès du Ministre afin qu’une amélioration soit apportée à un si triste sort… et il a réussi puisqu’il a été prescrit spécialement en leur faveur une modification à la tenue en ce qui concerne la coiffure qui devra être analogue à celle des officiers du Génie. Ce qui fait que M. Lebert, déjà nommé, vient d’arborer un superbe képi brodé, à la grande irritation de nos sapeurs, le colonel Boquet en tête, qui ne se montrent pas autrement flattés de cette légère assimilation.

Il n’y a d’ailleurs pas que cette raison qui soit une cause de mécontentement et de froissement pour les officiers combattants ; ces derniers ne peuvent, en effet, admettre que fonctionnaires des chemins de fer, de l’intendance, de la télégraphie ou autre, officiers d’administration, etc., s’arrogent des titres auxquels ils n’ont pas droit et se fassent appeler « Mon Colonel » ou « Mon Commandant »  ou « Mon Capitaine », par les troupiers. De là jaillissent parfois des paroles aigres-douces et déjà, à différentes reprises, le Colonel Lefort m’a recommandé de rappeler aux hommes de mon groupe, secrétaires, plantons ou chauffeurs, les termes du règlement à ce sujet[3].

On a un peu la manie, ici, de distribuer des surnoms et le colonel Lefort particulièrement, excelle dans ce genre de sport. Ainsi le colonel Boquet lui-même m’a pas échappé à la loi commune et s’appelle …Bil (à cause de Bilboquet évidemment). Le colonel Vanbremersch, chef du 1er Bureau… Vend la Mèche ;

J’ai déjà dit que nos camarades Uxol et Bondry ont été respectivement surnommés « Le Bolchevik »  et « Le Président », le second parce qu’il est président de tribunal dans la vie civile.

On a vu également que le général Maurin a été baptisé « C’cochon de Maurin » ;

Le colonel Valentin est surnommé … « Le Désossé » 

1918 08 10 Valentin le Désossé

Montdidier, Edme-Étienne-Jules Renaudin, dit Valentin le Désossé, Valentin Montagné ou encore Seigneur Valache (Paris, 26 février 1843 - Sceaux, 4 mars 1907) fut un danseur et contorsionniste français célèbre. Il est ici immortalisé en compagnie de La Goulue par une peinture de Toulouse-Lautrec

Le général Ragueneau –ancien Directeur de l’Arrière- « Le Petit Homme », je n’ai jamais su pourquoi ;

Le Commandant Bortoli, commissaire militaire de la Gare du G.Q.G. –tel est son titre- « Bazar-Pacha », parce qu’il possède des comptoirs et des bazars en Orient ;

Il y a encore le colonel Lorieux qu’on appelle le ……. Mais non, je ne le dirai pas car son surnom est par trop malséant, et combien d’autres dont le souvenir ne me revient pas en ce moment, sauf, toutefois, le capitaine de La Pérouse, surnommé « Le Navigateur », en souvenir de son illustre ancêtre.



[1] Par la suite, Ludendorff a écrit : « Le 8 Août 1918 a été un jour de deuil pour l’Armée Allemande. » Note de l’auteur

[2] Après la guerre, le général Buat était devenu chef d’Etat-major général de l’Armée et c’est dans ces importantes fonctions qu’il est subitement décédé en 1923. Note de l’auteur.

Le général Edmond Buat, né en 1868, est nommé major-général au GQG le 4 juillet 1918, poste qu'il quitte en octobre 1919, il y organise la manœuvre défensive des armées françaises lors des dernières grandes offensives allemandes puis la série des offensives françaises conjuguées à celles des armés alliées, et ce jusqu'à l'Armistice. À ce poste il doit s'adapter aux exigences et aux ordres, parfois contradictoires, de son chef le général Philippe Pétain et du chef des armés alliées, le général puis maréchal Ferdinand Foch. De la première journée des hostilités jusqu'à la fin de sa vie, Buat tient quasi quotidiennement son journal (NDLR)

[3] Les lois sur la réorganisation de l’Armée, votées en 1928 et 1929, ont, d’ailleurs, modifié cet état de choses, tout au moins en ce qui concerne un grand nombre d’officiers « non combattants » ; c’est ainsi que les officiers d’administration ont reçu les appellations de Lieutenant d’Administration, Capitaine d’Administration, et ainsi de suite jusqu’au grade de Lieutenant-colonel, qui a été créé en leur faveur. Ils ont donc, maintenant, le droit d’être appelés, par leurs inférieurs, « Mon Lieutenant », « Mon Capitaine », etc. Les médecins sont devenus : médecin-capitaine, médecin-colonel, médecin-général. Les fonctionnaires de l’Intendance, toutefois, ne se sont pas vu attribuer ces appellations. Cependant, les anciennes ont également été modifiées ; plus d’adjoint d’intendance, ni de sous-intendant, ni d’Intendant militaire. Ils sont dorénavant désignés sous les titres de : Intendant-adjoint, Intendant de 3e classe, de 2e classe de 1e classe, Intendant général de 2e classe ou de 1e classe. Note de l’auteur.


08 août 2018

8 Août 1918

8 Août 1918

Dans leur rage d’être obligés de renoncer définitivement à Paris, nos peu chevaleresques ennemis ont recommencé depuis plusieurs jours à tirer sur la capitale.

C’est une bien piteuse revanche qu’ils croient ainsi prendre et qui ne compense  guère le cruel échec qu’ils viennent de subir en passant du rôle d’assaillant à celui d’assailli.

1918 08 08 Erich Ludendorff en 1918 Erich Ludendorff

Laissons le mot de conclusion à Ludendorff (1865-1937) pour cette journée car il résume tout : « Le 8 août est le jour de deuil de l’armée allemande dans l’histoire de cette guerre. Je ne vécus pas d’heures plus pénibles… Au matin, par un brouillard épais rendu encore plus opaque par l’émission de brouillard artificiel, les Anglais, principalement des divisions australiennes et canadiennes, et les Français attaquèrent avec de fortes escadres de chars d’assaut… Les divisions qui tenaient ce point se laissèrent complètement enfoncer. Des chars ennemis surprirent, dans leurs quartiers généraux, des états-majors de divisions… Six ou sept divisions allemandes qu’on pouvait considérer comme particulièrement en état de se battre furent complètement mises en pièces… La situation était extrêmement grave… Nos réserves diminuaient. Par contre, l’ennemi n’avait subi qu’une dépense de forces très minime. Le rapport des forces avait considérablement changé à notre désavantage… »

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03 août 2018

3 Août 1918

3 Août 1918

Les Boches poursuivent leur offensive à rebours: nous occupons Soissons depuis hier et même au-delà ! Cela va bien et tous les espoirs sont permis maintenant. Les voilà presque revenus à leurs positions de départ du 27 Mai. Quel sanglant échec après leur avance foudroyante des premiers jours !

1918 08 03 Les Boches devant Soissons

Rêve et réalité

-       Guillaume II, devant Soissons, fixant du doigt sur la carte le point où ses généraux doivent écraser l’armée française, composition imaginaire du peintre officiel Félix Schwormstadt, publiée le 1er août par l’Illustrirte Zeitung… 

-       « Nous occupons Soissons depuis hier et même au-delà ! », rétorque Lucien dans son journal.

(in L’Illustration n°3938 du 24 août 1918, Coll. pers.)

Bien grande sera ma joie quand nous irons installer les G.Q.G. sur les bords du Rhin ; je jure d’avance que la peine que me donnera ce nouveau déménagement ne me coûtera pas et me semblera au contraire, bien douce !

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31 juillet 2018

31 Juillet 1918

31 Juillet 1918

Le retraite des Boches semble se ralentir, mais il est définitivement prouvé maintenant que leur « nach Paris » sera resté une vaine formule !

Le séjour de la capitale redevient supportable ; Les « Berthas » sont muettes, plus de visites nocturnes des « Gothas » ; aussi, les Parisiens doivent-ils commencer à respirer.

J’ai omis de signaler qu’un des amis de la D.T.M.A. et un des hôtes assez assidus de la popote, le colonel Dufieux[1], a été promu Général de brigade aux dernières promotions.

Détail amusant : pendant plusieurs jours, le maître-tailleur de la Coopérative ayant sans doute tardé à lui confectionner un képi orné d’une rangée de feuilles de chêne, il est sorti dans Provins avec ses deux étoiles de brigadier sur les manches de sa vareuse et, sur la tête, son ancien képi de colonel sur le devant duquel on avait également cousu deux étoiles. Les gens qui ne le connaissaient pas, se demandaient quel pouvait bien être ce haut fonctionnaire, un intendant, un contrôleur… ?

Nous avons aussi quelquefois à notre table, le colonel Linard[2] –un artilleur breveté, détaché auprès du G.Q.G. américain à Chaumont, qui vient déjeuner ou diner à la popote presque chaque fois qu’il se trouve venir en mission ici. Il est célèbre dans tout le G.Q.G. par le nombre formidable d’histoires drolatiques et gauloises qui ornent sa mémoire ; quand il est en verve, et il l’est presque toujours, il est intarissable ; la première histoire commencée, les autres s’enchaînent à la suite sans arrêt ni redite et il les débite avec le plus grand sérieux, ce qui les rend encore plus amusantes. C’est un précieux convive pour une tablée de gens tristes, ce qui n’est, d’ailleurs, pas notre cas, surtout en ce moment. Il y a un émule dans la personne du chef du 2ème Bureau, le Lieutenant-colonel de Cointet[3], qui possède lui aussi, un stock assez considérable d’histoires plutôt lestes, mais qui, toutefois, ne réussit pas à l’égaler.

1918 07 31 t1 p78 de Cointet & Linard GQG Jean de Pierrefeu

Un extrait de l’ouvrage de Jean de Pierrefeu, G.Q.G.(1920), décrivant la concurrence entre deux redoutables conteurs, Linard et de Cointet.

1918 07 31 Général Louis Linard 1871-1952

Jean Louis Albert LINARD fut nommé Général de Brigade en 1925, puis Général de Division en 1929, puis Général de Corps d’Armée en 1932. Il était Adjoint au Général commandant la 14ème Région, puis Commandant de la 17ème Région. Il était Commandeur de la Légion d’Honneur. (in http://museedesetoiles.fr/piece/general-de-corps-darmee-linard/ )



[1] Sur le colonel Dufieux, voir le 1er juin 1918. NDLR.

[2] La circulaire Linard : lorsque le Lieutenant-colonel Linard fut affecté à Chaumont, il eut à signer une circulaire traitant des problèmes d’intégration des soldats noirs américains aux troupes alliées. Ce document suscita l’indignation d’un certain nombre de politiques et en particulier de la part du député Blaise Diagne. On pense que Linard signa ce texte sous la pression des Américains. Pour en savoir plus : https://journals.openedition.org/rha/7328?lang=fr paragraphes 29 à 37. NDLR

[3] Fin décembre 1926, le colonel de Cointet vient d’être promu Général de brigade et nommé au commandement de l’artillerie de la 43ème Division d’Infanterie à Strasbourg. En 1930, il est Gouverneur de Verdun. (Note de l’auteur)

Léon-Edmond de Cointet de Fillain (1870-1948) est déjà cité pour les mêmes raisons par Pierrefeu en date du 10 février 1918, qui ajoute que ces assauts de verve entre Linard et Cointet furent cause de jalousie entre les deux officiers (voir document ci-dessus)  NDLR.

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30 juillet 2018

30 Juillet 1918

30 Juillet 1918

Il paraît que le changement annoncé il y a quelques jours, est provisoirement ajourné et que, jusqu’à nouvel ordre, nous restons ici. Il se pourrait, d’ailleurs, que le père Foch ne soit pas autrement pressé de voir son Etat-Major s’enfler dans d’aussi notables proportions. En somme, n’ayant pas à se préoccuper de l’organisation des Armées, des effectifs, de l’armement, des transports, du ravitaillement, des munitions, etc. toutes ces questions incombant aux généraux en chef des différentes armées alliées, auxquels il se borne à demander les décisions qui lui sont nécessaires, il n’a besoin que d’un bureau des opérations, un 3ème Bureau, autrement dit, et cette espèce de direction de l’Arrière qu’on semble vouloir lui imposer ne fera peut-être qu’alourdir considérablement son Q.G. sans utilité absolue. Ce qu’il y a de certain, c’est que si l’on demandait mon modeste avis en l’occurrence, je m’empresserais de suggérer qu’il n’est pas nécessaire de changer en quoi que ce soit l’organisation actuelle ; mais je suis bien tranquille à ce sujet, on oubliera sûrement de me consulter[1].



[1] C’est effectivement ce qui s’est produit puisque ladite décision de créer un haut organisme de coordination fut prise 8 semaines plus tard ! cf à ce sujet la note du 20 juillet 1918. NDLR

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28 juillet 2018

28 Juillet 1918

28 Juillet 1918

Les nouvelles continuent à être excellentes. Nous avons appris hier soir, que les Boches battent en retraite au Nord de la Marne ; ils ont, à la faveur de la nuit, commencé un repli… stratégique, disent-ils, et sont suivis et talonnés par nos cavaliers. On espère ainsi ne pas perdre le contact, mais où s’arrêteront-ils ?[1]

1918 07 28 Ill 3938 lutte désespérée de mitrailleurs allemands                1918 07 28 Ill 3938 prisonniers allemands ramenant un blessé

 

L'Illustration n°3938 (Coll. pers), à gauche: "Un combattant", dessin publié dans l'Illustrirte Zeitung du 8 août 1918, montrant la lutte désespérée de mitrailleurs allemands se cramponnant au terrain, et à droite, halte de prisonniers allemands ramenant un blessé.

[1] Cette deuxième bataille de la Marne, victorieuse pour les Alliés mais non décisive, constitue un tournant dans l’histoire militaire de la guerre. D’abord, l’intervention des premières divisions américaines permet aux Alliés d’obtenir la supériorité numérique face à des divisions allemandes squelettiques. Ensuite, pour la première fois depuis 1917, les Alliés réussissent à prendre et à conserver l’initiative. Enfin, près de 1 000 chars ont été mobilisés, principalement des Renault FT17, le premier char doté d’une tourelle. Les chars précèdent et accompagnent l’infanterie, en coordination avec l’artillerie et l’aviation. Depuis le début de l’année 1918, la supériorité aérienne des Alliés est incontestable. Des milliers d’avions sont employés pour remplir les missions classiques d’observation, de chasse et de bombardement. Les Alliés maîtrisent de mieux en mieux l’emploi tactique de l’aviation, en fournissant un appui au sol (mitraillage et bombardement de l’infanterie). Le succès est net même si les armées alliées manquent encore de qualités manœuvrières. Ce succès vaut au général Foch son bâton de maréchal, remis le 7 août 1918. (in http://www.coursdhistoiremilitaire.com/2015/06/cours-d-histoire-militaire-emia-1.html ) NDLR

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24 juillet 2018

24 juillet 1918

24 Juillet 1918

Je viens de recevoir un télégramme de ma femme m’apprenant que mon frère, prisonnier depuis le 6 septembre 1914, est interné en Suisse depuis le 18 de ce mois. Cette nouvelle, attendue depuis de longs mois, m’a causé la plus grande joie et je suis heureux à la pensée que mon aîné va enfin voir son sort adouci dans des proportions infinies. Décidément, ce 18 juillet aura été un jour de bonheur puisqu’il a marqué, en même temps que le début de la libération de notre chère France, une amélioration considérable dans la situation de mon frère[1].

1918 07 24 Maurice Proutaux en octobre 1925 à Baignes

Maurice Proutaux (1876-1956), frère aîné de Lucien, quelques années plus tard dans le jardin de Baignes (Charente) en octobre 1925. (Coll. pers.)



[1] Maurice Proutaux (1876-1956) avait 42 ans en 1918 et avait déjà passé 46 mois de captivité. « Au cours de la guerre, certains prisonniers ont été envoyés d’Allemagne en Suisse à cause de leur état de santé. Les conditions d’internement en Suisse ont été très strictes puis se sont adoucies au fil du temps. Par la suite, les prisonniers âgés de plus de quarante-huit ans ou qui avaient passé plus de dix-huit mois en captivité pouvaient en effet prétendre au départ pour la Suisse. La désignation au départ ne signifie en aucun cas la libération définitive mais le transfert pour Constance, siège d'une commission médicale où l’état des prisonniers est vérifié. »

(d’après https://fr.wikipedia.org/wiki/Prisonniers_de_guerre_de_la_Premi%C3%A8re_Guerre_mondiale_en_Allemagne ) NDLR.

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20 juillet 2018

20 Juillet 1918

20 Juillet 1918

Rien de changé pour le moment, ici. Toutefois, il est vaguement question d’une modification possible qui ne se réaliserait pas dans un avenir tout proche, d’ailleurs : ce serait la création d’une vaste direction de l’Arrière qui engloberait toutes les Armées Alliées et qui, de ce fait, serait rattachée à l’Etat-Major du Général Foch (à propos, l’autre jour, en me rendant à la popote pour le déjeuner, j’ai aperçu, et salué, le Général Foch qui traversait Provins en auto. Son Q.G. est actuellement établi au château de Bombon[1], près de Melun et ne comporte qu’un nombre très restreint d’officiers).

1918 07 20 Château de Bombon  Château de Bombon, près de Melun.

Toute la D.T.M.A. et une grande partie  de l’actuelle D.A. passeraient à cette nouvelle formation. Bien entendu, c’est encore un nouveau déménagement en perspective, aussi, je souhaite ardemment que ce changement s’opère le plus tard possible. On attribue à notre Directeur de l’Arrière[2] –le champ de son ambition étant illimité- la paternité de cette magnifique idée…

1918 07 20 Général Payot photographie Agence Rol

Le Colonel Charles Payot (1868-1931), général de brigade en 1918, puis général de division en 1925 (photographie de presse Agence Rol)



[1] Bombon a été le berceau de la Victoire de 1918. En effet, le général Foch a transporté son poste de commandement à Bombon en 1918. Son bâton de maréchal « lui a été remis dans la cour d'honneur du château en présence de tous les chefs d'état-major, maréchal Haig, maréchal Pershing, général Pétain et des plus hautes autorités politiques, le président de la République, Raymond Poincaré, Clemenceau […], Painlevé, ancien ministre de la Guerre et ancien président du Conseil. Le général Weygand […] l'assistait ». (in https://fr.wikipedia.org/wiki/Bombon )

[2] Lucien écrit le 10 février 1918 : « Le Directeur de l’Arrière est le Colonel Payot, chef autoritaire et exigeant devant lequel tout le monde tremble. »

Le projet dont parle Lucien se réalise effectivement quelques mois plus tard et c’est bien le colonel Charles Payot (1868-1931), devenu général par la suite, qui en fut mis à la tête : « Le décret de création de la DGCRA, daté du 19 septembre 1918 mais qui ne fut pas publié au Journal officiel, donnait au nouvel organisme les attributions suivantes :

-           l’organisation générale des lignes de communication, tant en ce qui concerne les mouvements de troupes que les ravitaillements ;

-           la coordination des services de même nature entre les armées alliées de manière à éviter les transports inutiles ;

-           la création d’installations nouvelles contenant des approvisionnements à la disposition des armées (gares régulatrices, stations-magasins, entrepôts, etc.), et leur répartition entre les armées alliées ;

-           la répartition des installations entre les armées alliées en cas de modification des zones d’occupation, et la fixation des zones attribuées aux armées alliées dans la zone de l’arrière ;

-           la répartition de tous les approvisionnements que les alliés consentaient à mettre en commun ;

-           la coordination des transports de troupes, de ravitaillement et d’évacuation.

Le colonel Charles Payot, déjà président du Comité interallié des ravitaillements mis en place à l’été 1918 et aide-major général chargé de la direction de l’arrière, fut nommé le 9  octobre à la tête de cette nouvelle direction, « véritable direction de l’arrière interalliée (…) en rapports directs avec les Alliés, d’une part, avec les grands services civils économiques, de l’autre ». La DGCRA, cependant, resta un organe militaire français, auprès duquel furent envoyés des missions ou des officiers de liaison alliés. (in https://journals.openedition.org/rha/321 ) (NDLR)

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19 juillet 2018

19 Juillet 1918

19 Juillet 1918

J’ai pu profiter de ma permission jusqu’au bout et ai réintégré le G.Q.G. ce matin, après avoir voyagé toute la nuit…

Ainsi que je l’ai mentionné plus haut, le jour de mon départ, une auto était venue me prendre rue Ste Croix, de très bonne heure, pour me conduire à Paris. Avec quelle fébrile impatience, je l’attendais cette bienheureuse auto, car j’entendais, dans le lointain, le canon tonner sans relâche et je me disais :

« Sûrement les Boches attaquent ; on va suspendre à nouveau les permissions et m’empêcher de partir ! »

Enfin, une fois en voiture, j’ai recommandé à mon chauffeur de prendre le large en quatrième vitesse, ce qu’il a fait sur le champ et, une fois à Paris, je pouvais respirer car j’étais sauvé tout au moins pour le moment. Profitant de mon séjour de quelques heures dans la capitale, j’ai été prendre mon ami Hanns[1] à son hôpital Buffon pour l’emmener déjeuner.

J’ai eu le bonheur, le lendemain, de retrouver ma femme à peu près complètement rétablie et je crois inutile d’affirmer qu’auprès d’elle et de mes adorées fillettes, que je n’avais pas embrassées depuis 6 mois, ma permission s’est passée avec la rapidité d’un songe.

Je n’étais cependant pas tranquille et consultais anxieusement les journaux tous les matins pour voir si les Boches s’étaient décidés à réattaquer et ce n’est que le 15 Juillet que j’ai appris par le communiqué, qu’ils avaient repris leur offensive la veille, jour de notre fête nationale. La canonnade était tellement violente et formidable, d’après les journaux, que les Parisiens l’ont très distinctement entendue toute la journée. Je m’attendais donc à recevoir un télégramme me rappelant sans délai ; cela n’avait, d’ailleurs, plus beaucoup d’importance pour moi, étant presque à la veille de mon départ, mais ce malencontreux télégramme n’est même pas venu.

Je suis donc parti juste à l’expiration de mon congé, m’attendant à trouver, ici, tout le monde sur les dents et les visages à l’envers comme quand les choses vont mal.

Mais en approchant de Paris, à Chartres exactement, ayant machinalement jeté les yeux sur les journaux qu’avaient en mains des voyageurs qui venaient de monter, quelle n’a pas été ma surprise, et surtout mon immense joie d’y lire en manchette, qu’à notre tour, nous avions déclenché le 18 juillet une contre-offensive ; celle-ci se développait dans des conditions favorables, déjà un nombre considérable de villages étaient tombés en notre pouvoir -17000 prisonniers et 250 canons avaient été capturés !

1918 07 19 canon pris aux Allemands

« … et 250 canons avaient été capturés ! » in L’Illustration n°3938. Le Président du Conseil français, l’Ambassadeur britannique, Lord Derby, et le Maréchal Foch, monté sur la plateforme, examinent cette pièce d’artillerie lourde sur voie ferrée, prise aux Allemands par les Australiens (Coll. perso)

Le cœur débordant d’allégresse, je n’avais plus qu’une hâte, c’était de me retrouver au G.Q.G. pour avoir la confirmation de ces bonnes nouvelles et apprendre que ce succès ne devait pas rester sans lendemain, que c’était l’offensive de la libération qui était commencée et que nous allions enfin récolter les fruits du commandement unique des Armées Alliées !



[1] Sur le docteur Hanns, avec qui Lucien Proutaux entretiendra des relations amicales jusqu’à la mort, voir les 6, 13 et 26 août, 13, 27 et 28 septembre, 2 octobre 1914, 16 mars, 20 mai, 4 juin, 10 août et fin octobre 1915, 6 avril, 10 novembre 1916. (NDLR)

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14 juillet 2018

14 Juillet 1918

Le Peuple Français ne le sait pas encore mais c'est le dernier 14 Juillet de guerre qui est fêté cette année 1918. Déjà, en 1917, l'année précédente, le journal satirique La Rosse avait introduit une pointe de facétie et d'espoir, comme le montre le document ci-dessous. Lucien est toujours à Baignes, en permission, et tout porte à croire qu'il célèbra ce 14 juillet 1918 en famille avec des voeux ardents pour une paix prochaine.

1918 07 14 journal_la_rosse

"Enfin, v'là un 14 juillet où on a le droit de se cuiter!!!"

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