Souvenirs de Campagne - Grande Guerre 14-18

10 septembre 2017

Septembre 1917

Septembre 1917

C’est en rentrant de permission de détente, passée en Charente, que j’ai connu le résultat du rapport établi par le Général qui a inspecté le secteur en juillet dernier.

1917 09 Royan en août

"C'est en rentrant de permission de détente, passée en Charente..." Royan au mois d'août 1917

Ainsi que je le pensais, ce rapport conclut à des réductions considérables, tant en officiers qu’en hommes. Je crois, d’ailleurs, que c’est parce qu’on n’a pas osé le faire d’un seul coup, mais que l’intention était bien de supprimer complètement ce malencontreux secteur. C’était cependant la meilleure solution et la plus logique ; on connaît du reste, et depuis longtemps,  mon opinion sur l’utilité de notre service. Bref, cette suppression radicale n’est pas encore pour aujourd’hui et l’on va se contenter de profiter du départ des hommes de la classe 1889, mis en sursis d’appel et renvoyés chez eux afin de travailler la terre, pour ne pas les remplacer. Les sections vont être regroupées de façon à en réduire le nombre et à rendre disponibles un certain nombre d’officiers qui vont être rayés des cadres ou dirigés sur leur dépôt, suivant leur âge ; les points à surveiller vont être étudiés à nouveau, afin d’en diminuer le nombre, ce qui est le corollaire naturel de la réduction de l’effectif.

Supprimé aussi le petit dépôt du Bastion ainsi que les magasins d’habillement et ateliers que ce dernier abritait. Un corps quelconque du G.M.P.[1] sera chargé d’habiller et de chausser ces messieurs les G.V.C. Quant au commandant du secteur, on lui permet tout juste de conserver un seul officier auprès de lui.

Comme je ne me fais aucune illusion à ce sujet et que je sais fort bien auquel iront les préférences de notre chef, cela pour des raisons que je connais, mais que je me garderai bien de dire, je suis résolu à demander le commandement d’une section. Mon sympathique ( ?) collègue le trésorier n’aura donc  pas besoin d’intriguer pour se raccrocher à son fromage que je ne disputerai pas à ce modèle de fourberie et de suffisance. Ah ! si seulement j’entendais parler du Colonel Biesse. Mais peut-être m’a-t-il oublié ? Il est vrai qu’au G.Q.G.[2], il doit avoir d’autres chats à fouetter que de s’occuper de moi.

Du reste, cela ne me déplaira pas d’avoir des fonctions un peu plus actives et, comme toutes les combinaisons  plus ou moins louches qui s’échafaudent ici me répugnent, je m’en trouverai ainsi éloigné. Il est donc convenu que, à partir du 5 octobre, date à laquelle la nouvelle organisation du secteur doit entrer en vigueur, je prendrai le commandement de la section T à Villeneuve-Saint-Georges, en remplacement de mon excellent camarade Riegger[3] qui a demandé la liquidation de sa pension d’invalidité et s’en va, écœuré de ne pouvoir obtenir son deuxième galon si largement mérité et si chèrement acheté.



[1] G.M.P. : Gouvernement Militaire de Paris. (NDLR)

[2] G.Q.G : Grand Quartier Général. (NDLR)

[3] Riegger : voir la journée du 10 février 1917. Le sous-lieutenant Riegger est invalide de guerre, amputé du bras gauche. (NDLR)


15 juillet 2017

Juillet 1917

Juillet 1917

Je viens de me décider à écrire au Colonel Biesse pour lui demander de me trouver une affectation aux Armées. Il y avait un certain temps que, après avoir mûrement réfléchi, je voulais le faire, mais ma détermination s’était trouvée retardée toujours par ma maudite blessure qui a éprouvé le besoin de se rouvrir il y a quelques jours. Mais comme elle semble en bonne voie de cicatrisation, je me suis décidé et le sort en est jeté, maintenant ! Il est très certain, d’ailleurs, que les choses ne vont pas se faire du jour au lendemain et le délai que j’ai devant moi, permettra à ma jambe de se refermer. Bien entendu, je n’ai pas soufflé mot au Commandant, ni à âme qui vive du secteur, de mes intentions.

Il est, du reste, temps de partir, je crois, car, à mon avis, ce secteur n’en a plus pour bien longtemps à exister. On est, en ce moment, tout à la compression intensive des corps et services de l’intérieur et nous venons d’avoir la visite d’un général (un divisionnaire avec galon argenté de Commandant de Corps) qui a inspecté à fond notre service, notant soigneusement toutes les suppressions d’emploi susceptibles d’être faites et les diminutions que l’on pourrait apporter au service à fournir, de façon à réduire d’autant, l’effectif du secteur. Le commandant[1] étant en permission, et le capitaine Valentin, chef de la section de St Denis, qui le remplace momentanément, n’étant au courant d’aucun des détails de l’organisation du secteur, c’est à moi qu’a incombé le soin de piloter le général, de l’accompagner partout et de lui donner tous renseignements utiles pour l’établissement de son rapport.

Aïe ! Je crains bien que ce rapport ne soit fatal à ce pauvre secteur et qu’il ne soit la cause de pleurs et de grincements de dents chez certaines gens que je connais bien…

Les G.V.C., un service encore utile en 1917? A quoi servaient les réservistes de la territoriale affectés aux G.V.C. ? http://www.1418effroyableboucherie.fr/recherche.php

GVC2 il s'agit sur cette carte postale d'une légende de propagande, en fait ces hommes sont des réservistes de la territoriale affectés à la garde des voies de communication (GVC), et leurs tenues, comportant pour certains des effets civils, suggère une affectation pas trop près du front, aucune chance qu'il reviennent d'une charge à la baïonnette, la même photo existe avec une variante de légende ("retour dans les tranchées"), voir cet article pour une analyse plus complète de cette même photo et quelques autres :  http://gvc.14-18.pagesperso-orange.fr/Regards/Regards01Propagande.html

 

GVC1  nous avons affaire ici à un groupe de gardes des voies de communication (GVC) ayant posé pour plusieurs photographies de ce type (charge le long d'une voie ferrée, défense derrière un mur, barricade sur la route...) la série de ces photos commentée est visible sur cet article : http://gvc.14-18.pagesperso-orange.fr/Regards/Regards01Propagande.html

J’ai omis de signaler que, par une coïncidence assez curieuse, le Commandant Doussaud, mon chef actuel, est le cousin germain du mari de Madame Boverie[2], l’infirmière-major de l’Hôpital de Creil, dont j’ai eu l’occasion de parler lors de mon séjour dans cette dernière ville.

1919 09 30 Mme Bovery JJournal Officiel du 30 septembre 1919: "Mme Boverie (Jeanne-Françoise-Joséphine), née Allary, à Creil: infirmière-major très méritante, a prodigué ses soins aux blessés et aux malades, du 4 octobre 1914 à ce jour, à l'Il.O.E 16 à Creil, exposé à de fréquents bombardements par avions, s'est particulièrement bien comportée au moment de l'entrée des Allemands dans cette ville."

Fait particulier et un peu grotesque, à relater également : trois fois par mois, notre sympathique trésorier se rend au Ministère des Finances pour percevoir la solde des officiers et hommes de troupe du secteur. Mais, pour bien attirer l’attention des gens en quête d’un mauvais coup à faire, notre important personnage a la précaution de faire asseoir à côté du chauffeur, un planton ostensiblement armé d’un revolver. De la sorte, tout le monde est bien prévenu que la voiture transporte un trésor…

L’occasion ne m’est jamais venue, non plus, de parler du médecin du secteur, un médecin à 4 galons, je vous prie, le Dr Keller qui, du reste, est un fort brave homme, mais qui a une marotte, c’est de vacciner à tour de bras contre la fièvre typhoïde. Et il va partout répétant que c’est lui qui a pratiqué le plus grand nombre de vaccinations de ce genre et il ne manque jamais de signaler cette particularité, en la faisant suivre du nombre d’opérations pratiquées, lorsqu’il a un rapport quelconque à fournir, même si ce rapport est complètement étranger à la question.

Il a un grand chagrin aussi, c’est de ne pas être en possession du ruban rouge… Il  a été dans la Zone des Armées (oh ! rassurez-vous, il n’a pas dépassé Châlons sur Marne) et quand on l’a renvoyé à l’intérieur, on lui a donné à choisir entre un quatrième galon et la croix ; il a opté pour le galon, se disant sans doute comme le grognard de Napoléon : « La croix, j’aurai toujours le temps de la gagner » mais les promotions se succèdent, son nom n’y figure toujours pas et mon bon docteur doit se contenter d’arborer sur sa vareuse, de modestes palmes académiques.



[1] Il s’agit du commandant Marc Doussaud, décrit précédemment (NDLR)

[2] Sur Madame Boverie, voir les journées du 8 et du 22 octobre 1914. (NDLR)

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20 mai 2017

Mai 1917

Mai 1917

La vie continue pour nous, toujours aussi calme et aussi terne. Elle est plus mouvementée, par exemple, pour nos pauvres camarades de l’avant et ces deux derniers mois, nous avons anxieusement suivi, le Commandant Doussaud et moi, sur les cartes dont j’ai tapissé deux panneaux de son bureau, les progrès de l’offensive qui s’est déclenchée le 16 avril et s’est poursuivie pendant les premiers jours de ce mois-ci. Hélas ! cette offensive semble terminée à l’heure qu’il est et nous n’avons pas encore réussi à faire la percée tant désirée ! Combien de milliers et de milliers de jeunes hommes et d’hommes jeunes ont encore sombré dans la tourmente et combien en tombera-t-il encore, surtout après les douloureux et désastreux événements de Russie ! L’abandon de nos alliés de la première heure va indiscutablement avoir une répercussion considérable sur la durée de cet affolant carnage…

1917 05 le café de la paix sur les boulevards le Café de la Paix sur les boulevards

Un de ces derniers soirs, en faisant un tour de promenade sur les Boulevards, avant de rentrer à la maison, mes yeux se sont croisés avec ceux d’un colonel qui s’installait à la terrasse du Café de la Paix et, en même temps que lui me remettait, sans se souvenir immédiatement de l’endroit où il m’avait vu, je reconnaissais en lui le commandant Biesse[1], le premier chef du 5e Bataillon du 226e, que nous avions conservé si peu de temps au début de la campagne et dont j’ai parlé plus haut. Je me suis avancé et, alors il m’a tout à fait remis, se souvenant même de mon nom quoiqu’en l’écorchant un peu ; il m’a aussitôt invité à prendre place à sa table, ce que j’ai accepté avec plaisir car j’étais très heureux de le revoir. Je l’ai félicité de son avancement rapide et il m’a appris qu’il dirigeait en ce moment le 1er Bureau du G.Q.G.[2] après avoir commandé pendant quelques mois le 153e. Nous avons ensuite évoqué les camarades communs du 226e, disparus depuis si longtemps déjà et c’est par lui que j’ai su que le Grand Quartier Général avait quitté Chantilly pour s’installer à Compiègne après être resté quelques semaines à Beauvais. Il s’est informé avec beaucoup d’intérêt de ma blessure et m’a dit que, si j’avais besoin de quelque chose, si je désirais une affectation dans un service quelconque aux Armées, de ne pas craindre de m’adresser à lui. Je lui ai alors observé que, ne m’ayant eu, en somme, que quelques jours sous ses ordres, il me connaissait à peine. « Cela ne fait rien, m’a-t-il répliqué, je n’oublie jamais mes officiers, et particulièrement ceux sur lesquels je sais qu’on peut compter ; aussi, n’hésitez pas à m’écrire, si je peux vous être utile. » Comme je lui disais combien était insipide le service auquel j’étais affecté à Paris et à quel point je me trouvais inutile alors que je croyais pouvoir rendre encore des services ailleurs, il m’a énuméré un certain nombre d’emplois dans lesquels je pourrais être utilisé aux Armées. Je l’ai, c’est inutile de le dire, chaleureusement remercié de son amicale, et je dirais même, affectueuse obligeance et je me propose fermement de lui écrire un de ces jours pour lui exposer mes désidérata[3] et lui demander de me faire caser quelque part où l’on respirera un air un peu plus pur que celui de l’arrière !

Camille Biesse

Le printemps 1917 sur les Boulevards (Illustration du 26 mai 1917, dessin de José SIMONT (1875-1968), coll. pers.)

1917 04 le lilas J    1917 04 Illustr 26 mai 1917 lilas



[1] Sur le commandant Biesse, voir les journées des 4, 5, 7 et 8 août 1914. (NDLR)

[2] G.Q.G. : Grand Quartier Général, structure assurant le commandement de l’ensemble du corps de bataille français, d’août 1914 jusqu’à 1919. (NDLR)

[3] Orthographié sans s par le Capitaine car mot latin pluriel ; la réforme de l’orthographe autorise à présent désidératas. (NDLR)

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25 mars 2017

Mars 1917

Mars 1917

Pauvre secteur, il n’a réellement pas de chance! Que nous sommes donc loin de la méthode qu’avait voulu instaurer le commandant Badel et qui avait soulevé tant de protestations ! Ce dernier ne parlait que de prison et de cellule, le commandant Doussaud[1], lui, ne veut pas en entendre parler et sa manière de commander est vraiment particulière : il commande en ne commandant pas ! Et il a une façon tout à fait à lui de mâter les fortes têtes. Il y a quelques jours, le chef d’une section avait puni de prison, pour une faute grave, un mauvais soldat. Le commandant a fait aussitôt appeler le délinquant, une espèce d’apache sortant de je ne sais quel bas fond, l’a emmené dans un couloir et là, après avoir retiré sa veste, il lui a dit : « Maintenant, à nous deux ! Comment, tu te permets de faire telle chose ? Tu vois, je n’ai plus de galons, tape si tu l’oses ! » et, en même temps,, il lui allonge une bourrade et le colle contre le mur. L’autre, par un restant de discipline, n’a pas osé répondre, mais l’aurait-il fait que le commandant n’aurait eu que ce qu’il méritait. Le type, après cette algarade, est parti avec sa punition levée et tout prêt, pour le même prix, à retomber dans le même péché à la première occasion… Cette nouvelle méthode de commandement est vraiment abracadabrante  et elle n’a pas tardé à porter ses fruits car l’indiscipline et l’anarchie règnent en maîtresses dans le secteur. Sera-t-il dit que l’on ne trouvera pas, pour mettre à la tête de ce malheureux service, un homme pondéré, au jugement sain, qui saura conserver un juste milieu entre la trop grande sévérité de l’un et le laisser-aller et le je-m’en-fichisme de l’autre ?

Avec cela, depuis l’arrivée du nouveau chef, fleurissent à plaisir les mœurs parlementaires de piston et de faveur. Le courrier quotidien ne contient que lettres recommandant tel ou tel individu et, remarque curieuse, ce sont surtout les auxiliaires, qui composent en partie l’effectif du secteur, qui sont l’objet de ces interventions. Les vieux pépères R.A .T.[2] ont été soldats, eux, et ne songent pas à solliciter quoi que ce soit ; seuls les demi-soldats, les moitiés ratés, de l’auxiliaire, ont toujours quelque chose à demander, une permission exceptionnelle, une mutation pour convenance personnelle, une affectation à un poste à proximité de Paris, etc.

Ce service de garde des voies et communications est-il, d’ailleurs, bien utile ? Peut-être a-t-il eu sa raison d’être pendant les premières semaines de la guerre, mais, maintenant, … Les forces policières ne doivent-elles pas suffire à assurer cette surveillance à laquelle sont employés des milliers d’hommes qui pourraient certainement être occupés plus profitablement ailleurs, soit aux Armées, soit chez eux.

Pas un mauvais homme que le commandant Doussaud. Mais combien fumiste ! Ah, qu’on voit bien qu’il a passé par le Palais-Bourbon et qu’il a, ma foi, grande envie d’y retourner !

Il ne s’intéresse en aucune façon aux choses du service dont il est le chef, ne cherche pas à connaître et, par cela même, à apprécier ses subordonnés, ses gradés. Au point de vue militaire, d’ailleurs, d’une nullité notoire ; toutefois, quoiqu’étant incapable, en raison de son insuffisance et de son peu de désir de s’instruire, de prendre lui-même une décision raisonnée et devant s’en rapporter complètement à ses sous-ordres, il ne lui viendrait jamais à l’esprit, en cas d’accroc, de couvrir ceux-ci et il n’hésiterait pas, au besoin, à les sacrifier tous en bloc pour lâcher du lest, s’il avait la certitude de ne pas être personnellement inquiété. Avec cela, plein de confiance en lui et s’estimant capable d’assumer toutes les responsabilités, même pour les choses qui lui sont tout-à-fait étrangères. Ainsi, il y a quelque temps, il était appelé auprès du Général commandant le Département de la Seine pour discuter et justifier un certain nombre de propositions pour l’avancement (dans le secteur, les promotions, depuis la 1ère classe jusqu’au grade d’adjudant inclus, sont faites par le Général commandant le Département de la Seine). Sans connaître un seul des candidats proposés, sans être aucunement au courant des besoins du secteur, il allait allègrement se rendre seul à l’invitation quand je lui ai suggéré qu’il ne serait peut-être pas inutile que je l’accompagne. Il a accepté, mais j’ai très bien senti qu’il se serait volontiers passé de mes services. Bien m’en a pris du reste, car le commandant Dumolin, le chef d’Etat-Major du Général, s’est montré satisfait de ma présence qui lui a permis de discuter les propositions en suspens avec quelqu’un possédant la question à fond. Il savait très bien d’ailleurs, que j’étais le seul de ses deux visiteurs, susceptible de pouvoir prendre part au débat en connaissance de cause, puisque j’avais moi-même élaboré ce fameux état d’avancement… Pendant que nous travaillions, le commandant Dumolin et moi, le commandant Doussaud, assis dans un fauteuil, tirait d’énormes bouffées de fumée de son cigare, se contentant de prendre de temps en temps part à la conversation en lançant une réflexion saugrenue et ne se rapportant que de très loin au sujet que nous traitions. Il en est à peu près de tout ainsi…

Depuis quelques jours, notre service a déménagé. Nous avons abandonné la Gare de l’Est pour nous installer rue d’Alsace, dans un immeuble appartenant à la Compagnie des Chemins de fer de l’Est.

Ce transfert avait été demandé par le Colonel Welter qui estimait insuffisants les locaux que nous occupions dans la gare. Après de nombreuses tergiversations, rapports sur rapports, l’autorisation de nous transporter rue d’Alsace est enfin arrivée et, maintenant, c’est chose faite.

Pour des raisons que je n’ai pas pu très clairement définir, le commandant a profité de ce changement pour s’adjuger un bureau à lui seul (je me demande pourquoi, par exemple, puisqu’il n’est jamais là !) et m’a relégué à celui de l’habillement, ce qui m’est du reste très indifférent car j’ai bien l’intention de ne pas moisir ici et de saisir la première occasion qui me sera offerte de décamper ailleurs. Je soupçonne fort mon excellent (?) camarade le Trésorier, d’avoir intrigué et agi en sous-main pour me supplanter auprès de notre chef ; mon opinion est faite à ce sujet et je sais à peu près à quoi m’en tenir sur les motifs qui font que le commandant, qui, cependant, affecte de ne jurer que par les combattants et de réprouver hautement ceux qui, tranquillement, sont restés à l’abri, semble se prêter aux manœuvres rien moins que nobles de mon bien peu sympathique collègue…

C’est extraordinaire le nombre considérable de visites féminines que reçoit notre chef ! Mais, fait tout-à-fait curieux, quoiqu’il soit marié, nous n’avons pas encore vu sa femme venir le voir… Il me fait le très grand honneur, lorsque le hasard me fait assister à une de ces visites, de me présenter, non comme son adjoint ou son collaborateur, mais comme son ami ! J’en suis vivement flatté, mais ne puis m’empêcher de me dire, en mon for intérieur, que le secteur a bigrement changé depuis le départ du Colonel Welter !

J’ai omis de signaler une petite particularité que j’avais remarquée lors de mon arrivée au secteur et qui m’a bien fait rire. En m’installant dans mon bureau, à la place du Lieutenant Carrangeot[3], j’aperçois, pendu au mur et à portée de ma main, un instrument bizarre que, après examen, j’ai reconnu pour être un masque à gaz ; m’étant informé auprès des secrétaires, j’ai alors appris qu’il s’agissait là d’une précaution prise par mon prédécesseur dans le cas où des Zeppelins ou des avions boches laisseraient tomber des bombes à gaz asphyxiants ! C’est une chose à laquelle je n’aurais jamais pensé et ce brave Carrangeot était un type vraiment prévoyant…

1917 03 03 3861 chevaux & masques à gaz Masques à gaz pour hommes et chevaux (Illustration 3861, coll. pers.)

1917 03 Masques à gaz Ill 3771 du 12 juin 1915 Masques à gaz (Illustration 3771, coll. pers.)

1917 03 masque à gaz Masque à gaz (https://fr.pinterest.com/pin/360710251379966206/)



[1] Cf la note du 10 février 1917 relative au commandant Marc Doussaud. NDLR

[2] R.A.T. : Réserve de l’Armée Territoriale NDLR

[3]  Lieutenant Carrangeot : voir le 27 juin 1916 NDLR

10 février 2017

10 Février 1917

10 Février 1917

Le Capitaine L.[1], dont j’ai eu l’occasion de parler ces temps derniers, vient de recevoir la juste récompense de ses bons et loyaux services…

Il est, en effet, renvoyé dans ses pénates, où il pourra se livrer tout entier à sa chère peinture, car j’ai oublié de signaler que c’est, à ce qu’on dit, un peintre distingué. Ses petites espérances auront été déçues ; il n’aura, ni reçu une quatrième ficelle[2], ni obtenu d’être maintenu comme indispensable et le ruban de sa croix, qui lui a été remise avant la Guerre, ne sera pas agrémenté de la rosette tant désirée… Pauvre homme !

Le moment est peut-être venu de parler de quelques-uns de mes camarades du secteur.

Celui, à coup sûr, auquel je porte le plus d’intérêt est le sous-lieutenant Riegger qui, depuis le départ du Capitaine L., dont il n’était jusqu’ici que l’adjoint, commande la Section T de Villeneuve-Saint-Georges. Riegger, blessé à peu près à la même époque que moi, est amputé du bras gauche ; il est le seul officier du secteur, en dehors de moi, qui soit un ancien combattant.

Ce pauvre garçon, qui n’est sous-lieutenant qu’à titre temporaire, ne peut arriver, sous prétexte qu’il est désormais inapte à faire campagne, à se faire titulariser dans son grade, ce qui lui permettrait d’obtenir automatiquement son deuxième galon. Aussi, je me propose de profiter de ma présence auprès du commandant du secteur pour veiller à ce que les demandes qu’il adresse aux autorités supérieures pour attirer l’attention sur son cas, soient appuyées de la façon la plus chaleureuse.

Le Lieutenant Dorléans également me témoigne beaucoup de sympathie. Ce n’est pas un ancien combattant celui-là et les fonctions qu’il a remplies autrefois ne l’ont guère préparé à commander une section du G.V.C.[3] ; il a été pendant très longtemps, en effet, le maître d’armes de l’Ecole de Guerre. Il a toujours un air solennel, ce que j’attribue au quart de siècle qu’il a passé dans les salles d’armes (Honneur aux Dames – A vous par obéissance – etc.). Nous sommes fort bons camarades ; par exemple, il y a peu d’officiers dans le secteur qui puissent le sentir, je ne sais pas pourquoi, d’ailleurs ; ses hommes également ne l’aiment guère car il est très dur dans son commandement et a la main lourde.

Pour mémoire je cite en passant –non pas à cause du penchant que j’éprouve pour lui, car je n’en éprouve aucun- le lieutenant-trésorier Martinon, qui n’est aimé, je crois bien, que par lui-même. C’est un ancien adjudant de cavalerie qui arbore des tenues de hussard dernier cri et des bottes d’aviateur se laçant jusqu’au genou. Il n’est plus jeune par exemple : 56 ans ! et l’heure de la retraite pourrait bien sonner pour lui un de ces jours. Oh, qu’il en serait vexé ! Il a la médaille militaire –gagnée à l’ancienneté- et est chevalier du Nicham Iftikar[4], décoration dont le ruban est vert liseré de rouge, ce qui fait qu’il ne porte jamais ses décorations, mais simplement deux très minces rubans, donnant ainsi, aux profanes, l’illusion qu’il est détenteur de la Médaille Militaire et de la Croix de Guerre gagnées au front, alors qu’il n’a jamais dépassé Villeneuve-Saint-Georges. Envieux et jaloux, comme tous les médiocres, il enrage de n’être pas encore décoré malgré ses très nombreuses annuités.

Ces quelques portraits esquissés à grands traits me remémorent une facétie dont le Colonel Welter a été l’auteur, peu de temps avant son départ. Vers l’automne de l’année dernière, on a demandé dans les différents corps et services du G.M.P[5], de désigner un certain nombre d’officiers, du grade de Lieutenant ou de Sous-lieutenant, susceptibles de pouvoir suivre avec fruit les cours du Centre Régional d’Instruction Physique de Joinville ; or le Colonel Welter qui, sous son aspect grognon et désagréable, cachait certainement un ironiste, n’a rien trouvé de mieux que de désigner les deux lieutenants les plus âgés du secteur : Monsieur Azéma, 71 ans, ancien combattant  de 1870 et que sa décrépitude physique avait réduit à l’état de véritable ruine ; le second, le lieutenant Petiteau, peut-être un peu moins invalide, avait, cependant, 64 ans ! Inutile de dire que les deux candidats n’ont pas eu besoin de se présenter deux fois à l’Ecole de Gymnastique, une a largement suffi et, aussitôt, on les a très vivement remerciés de leur bonne volonté qui ne trouverait pas son emploi dans ce lieu. Peu de temps après, ces deux Messieurs ont fait partie de la charrette qui, en reconduisant le Colonel chez lui, les a, par la même occasion, délicatement déposés chez eux.

 

Julien Le Blant Le restaurant cour de la gare 1917

Ci-dessus: Le restaurant - cour de la gare de l'Est, par Julien Le Blant (1917)

http://www.dessins1418.fr/wordpress/les-croquis/la-gare-l-est-par-julien-le-blant/

Dans mes recherches pour découvrir qui se cache derrière le Capitaine L., je me suis attaché à la figure du peintre Julien Le Blant (1851-1936). Il ne s’agit pas du Capitaine L., mais Lucien Proutaux aurait pu le rencontrer également dans les environs de la gare de l’Est, où étaient implantés les services des G.V.C.

Le peintre Julien Le Blant a 63 ans lors de la déclaration de guerre. C’est à Paris dans le quartier de la gare de l’Est en pleine effervescence qu’il dessine de quelques coups de crayons ces poilus discutant, jouant, marchandant et faisant la queue à la cantine installée dans les locaux de la gare. . Cet artiste, reconnu comme peintre spécialiste des guerres de Vendée dans les années 1880, a réalisé plus de 500 dessins, gravures et aquarelles de poilus ignorés à ce jour. Il nous laisse une œuvre humaniste où l'on rencontre les soldats en permission dans toute leur réalité, éloignée des images de propagande. Ces poilus épuisés physiquement et moralement , errant aux alentours de la Gare de l'Est, Julien Le Blant les a rencontrés, observés avant de les croquer. Très souvent il a noté leur nom, leur provenance et leur métier. Rares sont les artistes qui ont essayé de montrer que la guerre ne couchait pas des pièces numérotées sur un jeu d'échecs, mais des êtres humains. C'est sans doute pour cette raison que son œuvre a passé inaperçu à cette époque et qu'un siècle après il est urgent de la redécouvrir.

(in http://www.leblant.com/index.php?option=com_content&view=article&id=2&Itemid=8 )

ci-dessous: les Territoriaux, par Julien Le Blant, 1917, gare d'l'Est

 

Julien Le Blant Les territoriaux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

http://www.dessins1418.fr/wordpress/les-croquis/la-gare-l-est-par-julien-le-blant/)

[1] j'ai une hypothèse concernant l'identité de ce fameux Capitaine L., mais il me reste à trouver la preuve tangible de celle-ci, à savoir, un officier, artiste-peintre de profession, né en 1853 et mis définitivement à la retraite (militaire) en 1917, dont l'initiale est L (NDLR).

[2] Argot militaire, pour galon (NDLR)

[3] G.V.C. : Garde des Voies de Communication (NDLR)

[4] En réalité orthographié Nichan Iftikhar, du turc İftihar Nişanı (Ordre de la Fierté), c’est un ancien ordre honorifique tunisien souhaité entre 1835 et 1837 par Moustapha Bey et réellement formalisé par Ahmed Ier Bey, alors bey de Tunis. Ce premier ordre tunisien de par sa date de création, est attribué pour récompenser des services civils et militaires aussi bien aux ressortissants tunisiens qu'étrangers. Il est décerné jusqu'à l'abolition de la monarchie husseinite le 25 juillet 1957. In Wikipédia (NDLR)

[5] G.M.P. : Gouvernement Militaire de Paris (NDLR)

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08 février 2017

10 Février 1917

10 Février 1917

Le Capitaine L., dont j’ai eu l’occasion de parler ces temps derniers, vient de recevoir la juste récompense de ses bons et loyaux services…

Il est, en effet, renvoyé dans ses pénates, où il pourra se livrer tout entier à sa chère peinture, car j’ai oublié de signaler que c’est, à ce qu’on dit, un peintre distingué. Ses petites espérances auront été déçues ; il n’aura, ni reçu une quatrième ficelle[1], ni obten

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05 février 2017

5 Février 1917

5 Février 1917

Au cours de ma permission, qui vient de se terminer, j’ai appris par un de nos adjudants-secrétaires, rencontré dans une promenade, que, ainsi que je l’avais prévu, le Secteur possède un nouveau chef et j’ai fait la connaissance de ce dernier en rentrant il y a 2 ou 3 jours. C’est un chef de bataillon de territoriale, le Commandant Doussaud ; il a été député de la Corrèze, qui ne l’a pas réélu aux élections de 1914[1]. Avant la guerre, il a pris une part prépondérante à l’organisation de différents raids hippiques courus exclusivement par des officiers de réserve. Je me souviens très bien de ce fait et l’impression de ma première rencontre avec lui n’est pas trop défavorable. Mais, attendons de le voir à l’œuvre pour nous faire une opinion définitive sur son compte.

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9 mars 1913, raid hippique, arrivée député Doussaud, sous-lieutenant Escudier [les deux concurrents se disputant la première place sur la pelouse de Bagatelle au Bois de Boulogne] : [photographie de presse] / [Agence Rol] (Source Gallica)

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11 au 17 septembre 1912 :  L’aéronautique militaire utilise pour la première fois ses avions en nombre, une soixantaine, dont les cinq premières escadrilles (...)  Le Capitaine Marc Doussaud, député de la Corrèze, y figure en tant que pilote de complément, dans l’escadrille A. (source : http://aeroplanedetouraine.fr/manoeuvres_1912/



[1] Marc Doussaud est un homme politique français, né le 6 juin 1871 et décédé le 8 septembre 1944 à Lubersac (Corrèze). Ingénieur agronome, il exploite ses domaines. Il est député de la Corrèze de 1910 à 1914 et de 1919 à 1924, siégeant au groupe de l'Action républicaine et sociale (Source Wikipédia). Son père, Emile, décédé en 1882, est le fondateur de la Société scientifique, historique et archéologique de la Corrèze, créée en 1878 et sise à Brive-la-Gaillarde. Marc Doussaud en fut membre de 1912 à sa mort. (NDLR)

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25 janvier 2017

25 Janvier 1917

25 Janvier 1917

Depuis une dizaine de jours, le Capitaine L. assure le commandement du Secteur et je crois inutile de dire que toutes les petites innovations du Commandant Badel ont été plantées là ! Plus d’astiquages, plus de boutons flamme en l’air et, bien vite, j'ai du donner l'ordre de suspendre la fabrication des maudites grenades rouges!

Le Capitaine L. se montre charmant pour moi et je  crois bien qu’il a le secret espoir de voir ses fonctions provisoires devenir définitives et qu’il pourra ainsi éviter d’avoir l’oreille fendue[1]… Ce en quoi je pense qu’il s’illusionne.

C’est pendant son intérim que l’insigne des blessés de guerre, récemment créé par le Ministre de la Guerre, a été distribué. Et, chose curieuse, il s’est trouvé dans le Secteur un nombre de postulants à cet insigne que l’on n’aurait jamais soupçonné étant donné que bien peu des gens qui le composent ont vu le feu ! Il paraît, cependant, que cet insigne peut être accordé, en dehors des vrais blessés de guerre, aux militaires retraités, mis hors cadres, versés dans l’auxiliaire, ou réformés, pour maladie contractée ou aggravée au service, au cours des hostilités. Or, la plupart de nos S.X.[2] n’ont évité d’aller au front qu’à force de passer devant des commissions de réforme qui les ont versés ou maintenus dans l’auxiliaire ; et, à ce qu’on dit, cette catégorie d’individus a droit au port de ce ruban… Moi, je veux bien ; s’il leur plaît de porter cette simili-décoration, je n’y vois aucun inconvénient, quoique trouvant tout de même un peu scandaleux que rien ne les différencie de ceux qui réellement ont été se faire casser la figure… Enfin, ne sont-ce pas les embusqués[3] et les non-combattants qui gouvernent l’arrière ?

1917 01 25 Charles Ridel Les embusqués Charles Ridel - Les Embusqués

1917 01 25 embusqués Caricature parue dans L'Illustration - année 1917

En attendant, je pars ce soir en permission pour quelques jours et n’en suis pas fâché car j’ai besoin de me changer un peu les idées. Je dois dire que, contrairement au Colonel Welter qui m’avait presque envoyé promener lorsque je lui avais demandé ma dernière permission, le Capitaine L. m’a accordé celle-ci, à laquelle j’ai, d’ailleurs, on ne peut plus droit, avec le sourire.

Peut-être à mon retour trouverai-je un nouveau chef…



[1] avoir l'oreille fendue: se dit d'un fonctionnaire mis en demeure de prendre sa retraite

[2] S.X pour soldats auxiliaires.

[3] Les embusqués : Terme désignant les hommes échappant indûment au combat. Le terme est relatif à la position de celui qui l’emploie : pour un combattant, un militaire affecté à l’arrière, à la surveillance des trains ou aux bureaux peut être un embusqué ; les civils peuvent également employer le terme. Les embusqués sont soupçonnés d’avoir obtenu leur position privilégiée à travers de l’argent et/ou des relations. Le terme est fréquemment employé de manière ambiguë, les embusqués étant à la fois fortement stigmatisés et (parfois de manière inavouée) enviés pour la sécurité dont ils bénéficient. Plus près des lignes, même, les combattants ont critiqué les « embusqués du front ». Par extension est employé le verbe « embusquer ». http://www.crid1418.org/bibliographie/commentaires/ridel_saintfuscien.htm

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15 janvier 2017

15 Janvier 1917

15 Janvier 1917

Les intrigues, que j’ai signalées ces temps derniers, ont porté leurs fruits et abouti à ce que je prévoyais : le Commandant Badel s’est vu retirer le commandement de secteur et renvoyer au dépôt de son régiment…

Les choses étant arrivées à l’état tout à fait aigu, le Général Parot qui commande le Département de la Seine et sous les ordres directs duquel se trouve placé la Secteur, a procédé à une enquête personnelle et nous l’avons vu arriver un soir de la semaine dernière, accompagné d’un des officiers de son état-major. Il a eu un entretien d’environ 3/4 d’heure avec le Commandant et, après son départ, lorsque je réintégrais le bureau, mon chef m’a accueilli par ces mots : « E finita la Commedia ! » Aussitôt, ordre était donné au plus ancien capitaine de venir prendre provisoirement le commandement du Secteur et l’on sait que le plus ancien capitaine du Secteur est toujours le fameux capitaine L…

1917 01 13 Ill ce n'est pas parce qu'on est à Paris qu'on ne doit pas être élégant... (dans L'Illustration n°3854 du 13 janvier 1917)

Après lui avoir transmis une consigne sommaire, consigne consistant principalement et presque uniquement à compter la caisse, dont j’étais le détenteur momentané, le Commandant Badel a cru devoir adresser un petit laïus à ses sous-ordres directs en leur disant à la suite de quelles menées il devait partir et en leur donnant communication des différentes citations dont il avait été l’objet au front. Puis il a pris congé de tous, m’a serré très affectueusement la main et est parti en écrasant le capitaine L. de son mépris. Scène plutôt pénible, en définitive.

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01 janvier 2017

1er Janvier 1917

1er Janvier 1917

Aujourd'hui Jour de l'An - le 3e depuis le début de la Guerre - tous les officiers de secteur sont réunis pour présenter leurs vœux au Commandant et celui qui se charge d'être le porte-parole de tous ses camarades, n'est autre que le capitaine L..., celui-là même qui s'est mis à la tête de la cabale dirigée contre notre chef... Cette manière de faire, que je ne trouve pas très honorable, frise de bien près la trahison.

01 01 Calendrier 1917Calendrier de l'année 1917, annoté

Il est probable, d’ailleurs, que le capitaine en question recevra avant longtemps la récompense qu’il mérite, car une nouvelle circulaire du Ministre prescrit d’une façon encore plus pressante le renvoi des très vieux officiers et il se trouve tout à fait visé en l’occurrence avec ses 64 ans passés, mais ce n’est pas sans larmes et sans récriminations qu’il partira et, dans le fond de son coeur, il espère bien qu'il sera fait une exception en sa faveur et qu'on se décidera à le déclarer "indispensable", afin de lui conserver son bon petit fromage, jusqu'à la fin des hostilités...

DANTOINE La Guerre La mémoire de 14-18 en Languedoc n° 11 fédération Audoise des Oeuvres Laïques CARCASSONNELes planqués de l'Administration et leur mépris

Le Commandant se douterait-il de quelque chose? il a reçu son « compliment » assez froidement et n’y a autant dire pas répondu. Lorsque tous les officiers des sections ont été partis, il m’a dit : « S’ils comptent sur moi pour leur faire des discours, ils se trompent » et m’a amené prendre … l’apéritif.

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