Souvenirs de Campagne - Grande Guerre 14-18

17 novembre 2018

17 Novembre 1918

17 Novembre 1918

Nous n’allons certainement pas rester ici ; on chuchote tout bas, mais je ne sais ce qu’il y a de fondé dans ce bruit, que nous irions à Luxembourg[1]. Allons ! Encore un déménagement de plus à mon actif. Espérons que ce sera le dernier !

1918 11 17 Luxembourg Ill 7 décembre (1)

L’armée d’occupation américaine dans le Luxembourg, l’infanterie en marche vers l’Allemagne.

1918 11 17 Luxembourg Ill 7 décembre (2)

Sur le balcon du Palais, à partir de la gauche, la grande-duchesse Marie (2ème), le général Pershing, commandant en chef des forces expéditionnaires américaines (3ème),  le major général E. Dickman, commandant la 3ème armée (6ème) .

(in L’Illustration du 7 décembre 1918, Coll. pers.)



[1] Luxembourg fut successivement choisi comme siège du G.Q.G par les armées allemande et française au cours de la guerre :

30 août au 28 septembre 1914 : Le Grand Quartier Général de l'état-major de l'armée allemande est transféré d’Esch-sur-Alzette à Luxembourg. Son siège se trouve dans le bâtiment d'école situé en face de la Poste centrale. C'est de Luxembourg que l'état-major allemand dirige les opérations militaires de la première bataille de la Marne (6 au 13 septembre 1914).

15 décembre 1918 : Le Maréchal Foch est reçu par le Grand-Duchesse Marie-Adélaïde. Il établit son Quartier général dans le bâtiment du Conservatoire.

16 décembre 1918 : Le Maréchal Foch nomme le Général de la Tour commandant de la place de Luxembourg. Le Général de la Tour établit son bureau dans l’immeuble du « Cercle » à Luxembourg. (in Le Luxembourg durant la Première Guerre mondiale (1914 et 1918) – repères Chronologiques) (NDLR)

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13 novembre 2018

13 Novembre 1918

13 Novembre 1918

Ayant été de service toute la journée du 11 et pendant la nuit du 11 au 12, j’étais de repos hier matin ; aussi ai-je profité de cette circonstance pour faire une fugue en auto jusqu’à Paris. J’avais, en effet, le désir de me rendre compte de l’émotion qu’y avaient produite les récents événements.

J’ai trouvé à la capitale un aspect bien différent de celui qu’elle a habituellement : beaucoup de maisons pavoisées et une animation inaccoutumée ; de nombreuses bandes de gosses, de troupiers et de midinettes parcourant les rues en chantant et en faisant du chahut… Il paraît, d’ailleurs, que ce n’était rien en comparaison de la veille ; j’avoue que j’aurais préféré un peu plus de calme et de retenue car, pour moi, les grandes joies comme les grandes douleurs doivent être muettes. Il est vrai qu’il ne faut pas trop demander de sagesse à notre bon peuple de France, qui a si vaillamment souffert pendant plus de quatre ans. Du reste, c’est l’affaire de deux jours et je suis sûr que, déjà aujourd’hui, les choses sont rentrées dans l’ordre normal à cette différence près que les familles qui comptent des membres sous les armes, sont délivrées de toute inquiétude et de toute appréhension à leur sujet.

1918 11 12 scènes de liesse à Vincennes

Scène de joie dans les rues de Vincennes à l'annonce de l'armistice en 1918. (in Rue des Archives)

Très impressionnante, la place de la Concorde est ornée d’un nombre considérable de trophées ennemis : canons lourds et de campagne, mitrailleuses et minenwerfers en quantité, avions et jusqu’à un petit tank…

On a retrouvé un certain nombre de ces trophées abandonnés dans tous les coins de Paris, à des distances quelquefois très grandes de leur point de départ, par des Parisiens qui les avaient entrainés avec eux dans le feu de leur enthousiasme.

Suivant l’exemple du Kaiser, l’empereur d’Autriche a abdiqué hier.

La révolution gronde, paraît-il, en Allemagne et en Autriche-Hongrie.

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12 novembre 2018

12 Novembre 1918

12 Novembre 1918

Voici le dernier communiqué fait à la presse le 11 Novembre à 21 heures, par le Général Pétain :

"  Au 52e mois d’une guerre sans précédent dans l’histoire, l’Armée française avec l’aide de ses alliés, a consommé la  "défaite de l’ennemi.

" Nos troupes animées du plus pur esprit de sacrifice, donnant pendant quatre années de combats ininterrompus "l’exemple d’une sublime endurance et d’un héroïsme quotidien, ont rempli la tâche que leur avait confiée la Patrie.

"Tantôt supportant avec une énergie indomptable les assauts de l’ennemi, tantôt attaquant elles-mêmes et forçant la "Victoire, elles ont, après une offensive décisive de quatre mois, bousculé, battu et jeté hors de France la puissante "armée allemande et l’ont contrainte à demander la paix.

"Toutes les conditions exigées pour la suspension des hostilités ayant été acceptées par l’ennemi, l’Armistice est entré en "vigueur ce matin à onze heures. "

                                                                                              Signé : Ph. Pétain[1].

1918 11 12 Pétain

 Philippe Pétain dans son wagon (in Le Petit Journal  - Supplément Illustré, 16 février 1919, Coll. pers.)

A la date d’aujourd’hui, le Maréchal Foch a adressé aux Armées Alliées l’ordre du jour suivant :

Commandement en chef                                                                                                           République Française

     des Armées Alliées

     Quartier Général                                                                                                  G.Q.G.A. le 12 novembre 1918

               

                                                               Officiers, Sous-officiers, Soldats

                                                                                              Des Armées Alliées,

 

Après avoir résolument arrêté l’ennemi, vous l’avez pendant des mois, avec une foi et une énergie inlassables, attaqué sans répit.

Vous avez gagné la plus grande bataille de l’Histoire et sauvé la cause la plus sacrée : la liberté du Monde.

Soyez fiers.

D’une gloire immortelle vous avez paré vos drapeaux.

La postérité vous garde sa reconnaissance.

                                                                    

                                                     Le Maréchal de France,

                                                     Commandant en chef les Armées Alliées

                                                                     Signé : F. Foch

1918 11 12 Foch

 Portrait équestre du Maréchal Foch (in L’Illustration du 7 décembre 1918, Coll. pers.)

Hier après-midi, le vieux Clémenceau, dernier représentant au Parlement des députés protestataires de 71, a lu à la Chambre des Députés et au Sénat, les clauses de l’Armistice et, dans sa péroraison, s’est écrié, en parlant des soldats de France :

« Grâce à eux, la France, hier Soldat de Dieu, aujourd’hui Soldat de l’Humanité, sera toujours le Soldat de l’Idéal ! »

 1918 11 12 Clémenceau

Georges Clémenceau parlant à la France

Et, par acclamations, le Parlement a voté la motion suivante :

« Les Armées et leurs chefs, le Gouvernement de la République –le citoyen Georges Clémenceau- le Maréchal Foch, ont bien mérité de la Patrie. »

Cet hommage rendu aux artisans de la Victoire, sera gravé sur toutes les mairies et écoles de France.



[1] L’Histoire dit que le Général en chef a fait suivre sa signature, sur l’original de ce communiqué, de la phrase suivante : « Fermé pour cause de Victoire ! »

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11 novembre 2018

11 Novembre 1918

11 Novembre 1918

Ce matin, l’Armistice a définitivement été signé. Hier soir, à 22heures1/2, le Colonel Payot a réuni tous les officiers présents dans les services pour leur annoncer que la signature aurait lieu aux premières heures du jour et a offert le champagne en l’honneur de cet événement si attendu et tant désiré.

Dans la matinée, vers onze heures, étant à la fenêtre de mon bureau,  qui donne sur les bois, et que j’avais ouverte pour goûter la douceur de cette fin d’automne encore ensoleillée, j’ai entendu toutes les cloches des pays environnants qui sonnaient à la volée pour apprendre à l’Univers que la tuerie était terminée, que le sang avait cessé de couler et que la défaite du Boche était enfin consommée !

1918 11 11 signature de l'armistice

Signature de l’Armistice après trois jours de négociation à Rethondes (in https://www.lemonde.fr/series-d-ete-2018-long-format/article/2018/07/13/11-novembre-1918-le-calvaire-de-rethondes_5330992_5325928.html )

Voici les principales conditions de l’Armistice :

"Cessation des hostilités 6 heures après la signature, soit 11 heures;

"Evacuation immédiate des pays envahis, Belgique, France, Luxembourg et Alsace-Lorraine, dans un délai de 15 jours ;

"L’Allemagne abandonne aux Alliés : 5000 canons, dont 2500 lourds, 25.000 mitrailleuses, 3000 Minenwerfers, 1700  "avions ;

"Les troupes alliées occuperont dans un délai fixé, les pays de la rive gauche du Rhin avec garnisons et têtes de pont à "Mayence, Coblence, Cologne ;

"Il sera livré aux Alliés 5000 locomotives montées, 150.000 wagons (ceci intéresse particulièrement la D.T.M.A.), 5000 "camions automobiles. Les chemins de fer d’Alsace-Lorraine seront livrés avec personnel et matériel, dans un délai de 31 "jours ;

"Les prisonniers de guerre seront restitués immédiatement sans réciprocité."

Suivent d’autres clauses relatives au front d’Orient, à l’Afrique Orientale, aux opérations navales, etc.

L’Armistice a une durée de 36 jours et peut être renouvelé ou dénoncé.

1918 11 11 après la signature

Photo prise au moment où le Maréchal Foch part à Paris remettre le texte de l’Armistice qui vient d’être signé. De gauche à droite au premier plan : le contre-amiral anglais G. Hope, le général Weygand, l’amiral Sir R. Wemyss, Ferdinand Foch, le capitaine Mariott. (in https://www.estrepublicain.fr/guerre-et-conflit/2008/11/10/dans-le-wagon-de-l-armistice )

Guillaume II a abdiqué le 9 novembre et est en fuite vers la Hollande, suivi de près par son digne rejeton et héritier, le Kronprinz de la « Guerre fraîche et joyeuse ».

Avesnes dernière étape de l'ex-Kaiser avant la fuite

Guillaume II conférant devant la Caisse d’Epargne avec Ludendorf, Hindenburg et le gouverneur d’Avesnes avant de prendre la fuite (in https://picclick.fr/59-avesnes-derniere-Etape-De-L-Ex-Kaiser-Avant-La-332289329035.html#&gid=1&pid=1 )

Quelle fin de règne peu glorieuse pour ce Kaiser dont la vie n’avait été qu’une longue parade militaire ! J’ai souvenance d’un roman évoquant la guerre future et dans lequel l’auteur, prophétisant la défaite de l’Allemagne, faisait mourir ce Guillaume, qu’il supposait évidemment beaucoup plus chevaleresque, à la tête de ses derniers escadrons, chargeant une dernière fois pour sauver l’honneur… Ah ! que la réalité ressemble peu au rêve !

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10 novembre 2018

10 Novembre 1918

10 Novembre 1918

Pendant que se poursuivent les pourparlers de l’Armistice, nous avons occupé Charleville et Mézières.

J’ai rempli un petit rôle –oh, bien modeste, assurément- dans l’immense événement qui s’accomplit en ce moment : c’est en effet moi qui ai fourni l’essence nécessaire à la mise en marche du groupe électrogène chargé d’éclairer les deux trains[1]. On avait pensé à tout sauf à ce petit détail ; alors mon camarade Toubeau[2], dont j’ai signalé plus haut la présence à Rethondes, a songé à moi pour combler cette lacune et m’a téléphoné à la popote à l’heure du diner avant-hier, pour demander mon aide. On doit se douter que j’ai fait aussitôt diligence pour lui donner satisfaction et vingt minutes après la réception de la communication téléphonique, la camionnette de mon groupe automobile partait pour Rethondes, emportant un chargement de bidons d’essence et ainsi, un peu grâce à moi, les délégués alliés et ennemis ont pu, malgré la nuit, poursuivre leurs travaux.

1918 11 10 Groupe électrogènes dans un Blockhaus à Coume       1918 11 10 groupe électrogène première guerre mondiale

A gauche, groupe électrogène français de la guerre de 14-18 (in https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Fichier:Groupes_%C3%A9lectrog%C3%A8nes_dans_un_Blockhaus_a_Coume.JPG )

A droite, groupe électrogène allemand de la guerre de 14-18 (in https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Fichier:Groupes_%C3%A9lectrog%C3%A8nes_dans_un_Blockhaus_a_Coume.JPG )



[1] Le premier train est constitué de trois fourgons, deux voitures équipées de couchettes, deux wagons-lits à cabines individuelles, un wagon-restaurant, le wagon 2443 comprenant chambre et salon, enfin le wagon-restaurant 2419-D, réaménagé pour l’occasion en une grande salle de réunion et une petite pour les dactylographes. Un groupe électrogène installé à bord assure l’éclairage et le fonctionnement d’un central téléphonique et d’appareils de télégraphie. (in https://www.lemonde.fr/series-d-ete-2018-long-format/article/2018/07/13/11-novembre-1918-le-calvaire-de-rethondes_5330992_5325928.html ) (NDLR)

[2] Voir le 8 novembre 1918 pour le portrait de Pierre Toubeau. (NDLR)

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08 novembre 2018

8 Novembre 1918

8 Novembre 1918

Hier, les Américains ont pris Sedan ! Par ce fait d’armes se trouve effacée à jamais, et de la façon la plus éclatante, la honte d’il y a 48 ans et, pendant que s’accomplissait cet événement, et comme pour le rendre encore plus symbolique, des plénipotentiaires allemands, dont l’arrivée avait été annoncée la veille par un radiotélégramme ennemi, traversant nos lignes sur le front de l’Aisne.

 

1918 11 08 décorations de guerre US Ill 3969

Décorations américaines: A gauche, la D.S.M. (Distinguished Service Medal), Médaille du Service Distingué, Au milieu, the Congressional Medal of Honor, Médaille d’Honneur du Congrès, A droite, la D.S.C. (Distinguished Service Cross), Croix du Service Distingué (in L’Illustration n°3969, Coll. pers.)

Aujourd’hui, ces plénipotentiaires ont eu leur première entrevue avec le Maréchal Foch, dans le train de ce dernier. C’est à Rethondes, au milieu de la forêt de Compiègne que les deux trains, celui du Maréchal et celui des émissaires de nos ennemis, sont garés. Un de nos ingénieurs des Chemins de fer, le sous-chef de service Toubeau[1], a été chargé, au point de vue technique, de régler la marche de ces trains. Il se trouve donc sur les lieux et a assisté à la descente de wagon des délégués boches. Il a téléphoné au Colonel Lefort et lui a fait le portrait des personnages en question à mesure qu’il les voyait passer. Cette délégation a, à sa tête, le Secrétaire d’Etat Erzberger et compte parmi ses membres, le Général de Winterfeld, ancien attaché militaire à l’Ambassade d’Allemagne, et dont l’accident d’automobile dont il a été victime aux manœuvres de 1913, a fait assez de bruit.

De notre côté, le Maréchal Foch est assisté de l’Amiral anglais Wemyss et du Général Weygand, son Major-général.

 

1918 11 08 début négociations wagon rethondes Le 8 novembre à 3 heures 45 du matin, la délégation allemande est conduite en gare de Tergnier. Un train, spécialement aménagé à son intention, quitta aussitôt Tergnier pour l'épi de tir de Rethondes. A 9 heures, la délégation allemande est reçue par le Maréchal Foch qui , après lui avoir fait lire les conditions d'un armistice , demande une réponse pour le 11 novembre avant 11 heures du matin.

1-Maréchal Foch 2-Amiral Rosslyn Wemyss 3-Délégué américain 4-Général Maxime Weygand 5-M. Matthias Erzberger 6-Général Erich von Gündell 7-Général Detlof von Winterfeld 8-Comte Oberdorff (in http://www.maquetland.com/article-1009-batailles-armisitice-de-1918-rethondes )



[1] Pierre Toubeau (1861-1952) est lui-même fils de cheminot. Capitaine, il rédige avec son père, le chef de gare Pierre Toubeau, en 1914, des Notes manuscrites concernant les chemins de fer en Thiérache. Le capitaine Pierre Toubeau fut appelé en 1918 comme correspondant de la Compagnie du chemin de fer du Nord à I’État-major du maréchal Foch. Celui-ci lui assigna comme mission, en novembre 1918, de rechercher un emplacement discret destiné à garer les trains des plénipotentiaires. Il proposa l’épi d’artillerie lourde de Rethondes qui

fut retenu et passa à la postérité. Il deviendra ingénieur au réseau Alsace-Lorraine après la première guerre mondiale, puis ingénieur en chef des Chemins de fer et finira sa carrière comme président du détachement d’occupation des chemins de fer de Sarre (in « Transports dans la France en guerre », par Marie-Noëlle Polino –Publications des Universités de Rouen et du Havre). Il adoptera une attitude de résistance pendant la seconde guerre mondiale et en subira les conséquences : l'ingénieur en chef Toubeau, qui occupe le poste stratégique de «chef de la division marchandise» du «service du mouvement», est ainsi destitué au motif qu'il «n'est pas décidé à collaborer loyalement avec les services allemands et qu'il cherche plutôt à entraver par la résistance passive l'exécution des mesures prescrites par la Direction des transports militaires». (in https://www.lexpress.fr/actualite/politique/1940-1944-la-sncf-sous-la-botte_492528.html ) (NDLR)

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06 novembre 2018

6 Novembre 1918

6 Novembre 1918

Ce n’est vraiment pas la peine d’appartenir à un super état-major pour n’être renseigné sur les opérations que par les journaux ! C’est cependant notre cas. Quand nous étions à Provins, presque heure par heure, nous savions ce qu’il se passait, mais ici, personne ne pense à nous qui sommes perdus au fond des bois. Aussi regrettons-nous tous, sans aucune exception, notre ancienne résidence !

1918 11 06 Lucien "ici, personne ne pense à nous qui sommes perdus au fond des bois"

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04 novembre 2018

4 Novembre 1918

4 Novembre 1918

C’en est fait pour l’Autriche, elle a signé l’Armistice hier.

Voilà les Serbes rentrés complètement chez eux, les Italiens à Trente et à Trieste et, désormais, les Boches sont seuls contre tous les Alliés ! Malgré  leurs indéniables qualités guerrières et quoiqu’ils soient toujours de terribles adversaires, ils sont bien ébranlés et tout fait prévoir qu’ils vont bientôt être entièrement à notre merci.

Ah ! que ne suis-je encore au milieu de mes soldats pour vivre avec eux l’inoubliable minute où nos barbares ennemis demanderont grâce !

Lorsque nous étions à Provins, cela n’est pas si vieux, je rencontrais, presque chaque jour en allant déjeuner, un petit sous-lieutenant d’infanterie, je dis petit, non pas parce qu’il était sous-lieutenant, mais bien à cause de sa taille qui n’était pas très haute et parce qu’il était tout fluet ; il n’avait, d’ailleurs, à part cela, rien de bien particulier qui puisse attirer l’attention et j’aurais continué sans doute longtemps encore à le croiser sans faire plus attention à lui si l’on ne m’avait appris, un beau jour, qu’il appartenait au 2ème Bureau et était chargé spécialement et à peu près uniquement, de la rédaction du communiqué des opérations qui paraît deux fois par jour dans la presse. Homme de lettres en temps de paix, le sous-lieutenant Jean de Pierrefeu[1], c’est ainsi qu’il s’appelle, assume ces fonctions délicates, on peut le croire, car il s’agit de dire la vérité tout en ménageant l’opinion publique, depuis le courant de 1915 et l’on peut affirmer sans exagération, que les quelques lignes qu’il libelle chaque jour sont attendues et lues avec anxiété et avidité par des multitudes de gens et cela, dans les coins les plus reculés de notre pays.

1918 11 04 Jean de Pierrefeu pendant la guerre           1918 11 04 Jean de Pierrefeu âgé

                                       Jean de Pierrefeu pendant la guerre. (cf note ci-dessous)                                Jean de Pierrefeu âgé (1883-1940)

C’est d’après les renseignements fournis par les Armées et dont un résumé succinct est donné 2 fois par jour aux différents services du G.Q .G. –j’ai signalé cette particularité quelques temps après mon arrivée à la D.T.M.A.[2]- qu’il rédige ses communiqués bi-quotidiens.

Maintenant que nous appartenons au G.Q.G.A.[3], notre secteur postal ne porte plus, comme au G.Q.G. le n°1, mais le n°58.

1918 11 04 secteur postal 58  Le secteur postal n°58 disparu le 16 août 1918 avant d'être réutilisé après le 17 octobre 1918 pour desservir l'état major de Foch ainsi que la Direction Générale des Communications et Ravitaillement aux Armées et la Direction des Transports Militaires aux Armées avant de disparaître définitivement le 9 février 1919. (in http://cartesfm1418.pagesperso-orange.fr/obliterations/secteurpostal/tresor58.htm )

 

Pendant quelque temps également, ordre avait été donné de désigner les Grands Etats-Majors par un nom d’homme célèbre ; ainsi, l’Etat-Major du Maréchal Foch était devenu : Etat-Major Bacon[4], mais cette décision est maintenant tombée dans l’oubli.

Le Château du Prince de Broglie, qu’occupe actuellement la D.G.C.R.A., avait abrité, avant cette dernière, le Q.G. du Général Fayolle, commandant le G.A.R. –Groupe des Armées de Réserve.

Pour obvier à l’inconvénient de l’éloignement des logements des officiers, il m’a fallu, sur l’ordre de notre chef, demander à la D.S.A.[5], une dotation de 12 bicyclettes ; mais, par une idée assez baroque du Colonel Boquet, ce dernier n’a pas voulu que chaque machine soit affectée à tel ou tel officier. Elles doivent servir à la collectivité ; ce qui fait qu’elles sont remisées au bas de l’escalier de mon bureau et que personne ne s’en sert, sauf de temps en temps, un planton ou un secrétaire qui en enfourche une en contrebande. Aussi je m’attends bien, puisque personne n’est responsable de ces machines, à en voir disparaître quelques unes avant longtemps et je suis toujours occupé à en faire le recensement.



[1] Depuis la Guerre, sous le titre « G.Q.G. Secteur 1 », Jean de Pierrefeu a publié un ouvrage en deux volumes sur le Grand Quartier Général, ouvrage dans lequel il a rassemblé tous les souvenirs que lui a laissés un séjour de 4 années dans cette formation. C’est un petit chef-d’œuvre de fine observation, légèrement agrémenté, quelquefois, de la plus spirituelle ironie. Ayant moi-même appartenu au G.Q.G. et connaissant un bon nombre des personnages évoqués dans ce livre, on doit penser avec quel intérêt je l’ai lu. (note de l’auteur)

Jean de Pierrefeu (1883-1940)

L’histoire l’a oublié, pourtant, après la guerre, ses livres ont fait scandale, provoquant la fureur des officiers. Jean de Pierrefeu était chargé de rédiger le communiqué. Ce récit quotidien des combats était transmis à la presse et placardé dans les villes et les villages.

Qui était Jean de Pierrefeu?

Blessé, Jean de Pierrefeu ne peut plus combattre. L’armée utilise la plume allègre de ce journaliste, au sein de la section d’information. Il faut donner confiance au pays. Pierrefeu n’oubliera jamais son premier communiqué, en novembre 1915.  Sueurs froides : ne pas confondre Vosges et Alsace, Artois et Picardie; résumer les bombardements en évitant la monotonie, mais quand il transmet la trentaine de lignes au major général Pellé, celui-ci supprime tout et écrit « Rien à signaler sur l’ensemble du front »!

Pierrefeu est le loup dans la bergerie. L’œil grand ouvert, le journaliste note les tics et faiblesses des officiers qui pensent d’abord à leur carrière.  Les brevetés de l’école de guerre sont dans sa ligne de mire. Il les juge incapables de s’adapter à cette guerre nouvelle. Le cran, l’audace leur tiennent lieu de stratégie. « Dans toute cervelle militaire une croyance ferme existe, à savoir qu’un breveté  est apte à remplir tous les emplois ».

Chantilly, Beauvais, Compiègne, Pierrefeu est de tous les déménagements et il côtoie les grands chefs qui se succèdent au GQG : Joffre le mutique, Nivelle l’inquiet, Pétain le prudent, son héros.

Celui-ci ajoutera ce commentaire au dernier communiqué, écrit le 11 novembre 1918.  « Fermé pour cause de victoire »

(in https://france3-regions.francetvinfo.fr/hauts-de-france/picardie/oise/histoires-14-18-jean-pierrefeu-redacteur-du-communique-1168471.html ) (NDLR)

[2] D.T.M.A. : Direction des Transports Militaires aux Armées (NDLR)

[3] G.Q.G.A. : Grand Quartier Général des Armées Alliées (NDLR)

[4] Le lieu de l'Etat-major appelé GQGA est resté secret jusqu'à l'Armistice du 11 novembre 1918. Pour le désigner son nom de code était "Bacon". (in http://bombon77.canalblog.com/archives/2018/09/29/36743056.html )

[5] D.S.A. : Direction du Service Automobile. Pour plus d’explications, se référer au 10 févier 1918. (NDLR)

31 octobre 2018

31 Octobre 1918

31 Octobre 1918

Les événements continuent leur marche foudroyante. Après la Bulgarie, c’est la Turquie qui demande grâce et qui vient de signer un armistice à la date d’hier.

D’un instant à l’autre, on escompte l’effondrement de l’Autriche ; quant à l’Allemagne, l’heure de son châtiment est proche aussi…

1918 10 31 armistice signé sur HMS-Agamemnon 30 octobre

Le 30 octobre 1918 est signé l'armistice par lequel l'empire ottoman se retire de la guerre contre la Grande-Bretagne et ses alliés.

La séance a lieu sur le cuirassé anglais HMS Agamemnon, en face de la rade de Moudros, sur l'île grecque de Lemnos, au débouché du détroit des Dardanelles. Elle met face à face le ministre ottoman de la Marine Rauf bey et l'amiral britannique Arthur Calthrope. L'amiral Gauchet, bien que présent à Moudros, n'a pu représenter la France aux négociations et à la signature finale. (https://www.herodote.net/30_octobre_1918-evenement-19181030.php )

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20 octobre 2018

20 Octobre 1918

20 Octobre 1918

Enfin, ce nouveau déménagement est achevé et notre installation, qui me fait l’effet de devoir rester assez précaire, se poursuit cahin-caha…

Nous avons dû laisser des malades à Provins, entre autres, mon camarade Uxol[1], atteint de cette néfaste grippe, mais qui est, heureusement, en voie de guérison.

La popote, et par conséquent, mon logement, puisque j’habite la maison où elle se trouve, est distante de 15 ou 1800 mètres des bureaux ; c’est un peu beaucoup pour moi[2]. Par bonheur, nos voitures nous ont suivis et je compte bien m’en servir le plus possible. Certains camarades sont encore plus mal partagés que moi et ont 3 ou 4 kilomètres à parcourir quatre fois par jour, pour se rendre à leur service. Il est vrai qu’ils ont leurs jambes en bon état, eux.

Toutes ces villas que nous occupons présentent bien des inconvénients pour nous et pour moi en particulier, vers qui on se tourne pour obvier[3] à ces incommodités ; l’une de ces incommodités, et non la moins ennuyeuse, c’est que ces maisons, n’étant pas habitées par leurs propriétaires, il est impossible d’avoir des draps pour garnir les lits. Aussi a-t-il fallu que je me débrouille et obtienne qu’un hôpital à Chantilly m’en prête un certain nombre de paires.

Aujourd’hui, il tombe une de ces pluies d’automne qui semblent ne jamais vouloir s’arrêter et qui vous mettent du gris dans l’âme. En pleine forêt comme nous sommes, la lamentable impression que ce triste temps fait éclore, est encore bien plus aigüe. Gare aux crises de cafard !

Et pourtant, malgré cela, les bois sont bien jolis et quand une légère éclaircie se produit, on a plaisir à voir s’ébattre une nuée d’écureuils qui sautent gaîment de branche en branche ; et ces gracieuses bestioles ne composent pas, à elles seules, la faune de notre coin car des camarades viennent d’apercevoir un magnifique dix cors qui traversait tranquillement la route à cinquante pas d’eux. Le soir en rentrant, on entend aussi de temps en temps, le cri de la hulotte, ce sinistre ululement qui ressemble vaguement à un éclat de rire diabolique.

1918 10 20 cerf dix cors en forêt de Chantilly

Cerf dix cors en forêt de Chantilly (in http://10cors.free.fr/chph/chantilly/chantilly_007.html )



[1] Sur le capitaine Eugène Uxol, se reporter aux 30 janvier, 10 février, 10 août et 10 octobre 1918. (NDLR)

[2] Rappelons que Lucien a été blessé au début de la guerre, en octobre 1914 et qu’il gardera une jambe raide toute sa vie. (NDLR)

[3] Obvier : Faire obstacle à un évènement fâcheux; prendre les précautions nécessaires pour éviter sa survenue; remédier. (NDLR)

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