Souvenirs de Campagne - Grande Guerre 14-18

01 juillet 2019

Pentecôte 1935 (2ème partie)

Vers trois heures de l’après-midi, nous reprenons la route et piquons directement sur Saulxures-lès-Nancy. C’est à cet endroit que, après un repose de quelques heures, nous avons dit définitivement adieu à la Lorraine, le 28 septembre 1914, avant de nous embarquer le soir-même, à la gare de Nancy, pour une direction qui nous était alors inconnue et qui devait être l’Artois.

Je me remémore parfaitement les lieux : voici la grande ferme où, au complet, était installée ma compagnie, ainsi que moi-même, et dans la vaste cour de laquelle, devant les hommes en armes et rassemblés pour le départ, j’ai adressé un suprême adieu aux braves qui dormaient de leur dernier sommeil en cette terre lorraine qu’ils avaient si bien défendue. Ah ! que ce jour-là j’avais donc su trouver les paroles qu’il fallait pour toucher les hommes au cœur, car plus de vingt ans après, certains m’ont encore rappelé cette allocution et combien elle les avait émus ! Je ne me savais pas à ce point orateur, mais il est vrai que, quand on laisse parler son cœur, on est toujours éloquent.

Suivant la tradition qui voulait que presque tout le temps, la popote du bataillon soit installée dans mon logement, elle fonctionnait ce jour-là dans cette ferme.

Elle comprenait le capitaine Bérault, commandant le 5e Bataillon, Hanns, le capitaine Durand, commandant la 19e, moi, qui commandait la 18e, Bertin, la 20e et les sous-lieutenants Argant, Goury du Roslan et de Caladon. Cotelle qui, avec sa 17e, était détaché à la défense du « Rembêtant[1] » au moment où l’on avait quitté les cantonnements d’Einville, n’avait pu rejoindre à temps pour embarquer avec nous et une compagnie du 6e Bataillon avait été désignée pour remplacer la 17e.

C’est à la fin de notre déjeuner qui avait été des plus gais car chacun rivalisait d’entrain, que Sirantoine[2], le porte-drapeau, avait apporté au capitaine Bérault les ordres pour le départ et l’embarquement du soir.

Ces souvenirs rapidement évoqués, nous mettons le cap sur Lenoncourt et passons à proximité de la Chartreuse de Bosserville aux cent clochetons –coin réellement délicieux- et à Art-sur-Meurthe.

 Bosserville Pentecôte 1935 Chartreuse

La Chartreuse de Bosserville est une ancienne et importante chartreuse de style classique érigée au XVIIe  siècle en Lorraine, sur une rive de la Meurthe, dans l'actuelle commune d'Art-sur-Meurthe (Meurthe-et-Moselle), au sud de Nancy. (https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=4921125 )

Lenoncourt, c’est dans ce village que nous sommes venus nous reposer et nous refaire, au soir du combat si meurtrier de Courbesseaux. Hanns et moi, nous reconnaissons très bien l’entrée du village ainsi que la route qui y accède. Lenoncourt n’a du reste, pas beaucoup souffert et, par cela même, a conservé son aspect de 1914. Nous y avions cantonné plusieurs fois.

De Lenoncourt, nous filons sur Buissoncourt, puis Haraucourt. C’est entre ces deux villages, à deux ou trois cents mètres à l’Est de la route que nous suivons et à proximité immédiate de la tour de Domèvre, vestige certain d’une ancienne abbaye, s’élevant au milieu du petit cimetière de Haraucourt, que j’ai tenu de bien précaires et bien misérables tranchées du 6 au 12 septembre au soir. J’ai passé des heures bien pénibles et bien agitées dans ce petit coin où nous avions l’impression d’être abandonnés du reste des humains !

C’est là qu’un beau matin, alors que je croyais bien que personne ne pensait plus à moi, je vis arriver Hanns brandissant une énorme tranche de melon qui m’était destinée.

C’est également là, ou plus exactement, c’est de l’emplacement même de la tour de Domèvre, qu’occupait Costelle avec la 17e, que j’ai vu des francs-gardes allemandes[3] remonter délibérément vers le Nord, sans doute le 8 septembre, mouvement qui me sembla bien bizarre sur le moment, mais qui présageait le recul général du Boche, consécutif à la victoire de la Marne, que nous ignorions encore. Le lendemain de ce jour ne reparurent plus les trois horribles saucisses qui, au Nord, à l’Est et au Sud, ne cessaient de nous observer depuis le début de notre séjour en cet endroit.

Haraucourt ne ressemble plus en rien à ce qu’il était en 1914. Entièrement détruit, il a complètement été réédifié et l’église nouvelle ne rappelle plus le modeste sanctuaire dans lequel Monseigneur Ruch, aumônier du 20e Corps –avant la guerre, coadjuteur de Nancy, et depuis la paix, évêque de Strasbourg- avait célébré, à la lueur tremblotante de quelques cierges, un service à la mémoire des braves de ce Corps tombés à l’ennemi ; c’est le 30 Août au soir, qu’avait eu lieu cette cérémonie.

Haraucourt ruine église    Haraucourt eglise de nos jours

Ruines de l’église d’Haraucourt (https://journals.openedition.org/lha/240 )     L’église de nos jours (http://patrimoine-de-lorraine.blogspot.com/2016/01/haraucourt-54-eglise-saint-epvre-xvie.html )

C’est dans ce village aussi que j’ai vu pour la première fois celui qui devait conduire les armées alliées à la Victoire, le Général Foch, alors commandant pour quelques heures encore, du 20e Corps. A cette époque, celui qui m’eût prédit que plus de quatre ans après, la fin de la Guerre me trouverait à l’Etat-Major de ce grand chef, m’aurait laissé bien incrédule, d’abord parce qu’il n’était dans l’idée d’aucun de nous que la guerre puisse durer plusieurs années et, ensuite, parce que je n’imaginais pas que je pourrais un jour appartenir à un aussi grand Etat-Major ; je ne pouvais, il est vrai, prévoir qu’une grave blessure me forcerait, à mon grand chagrin, à abandonner définitivement tout espoir de revenir dans la troupe.

Nous traversons ensuite Gellenoncourt, que j’ai vu flamber, et arrivons à Courbesseaux, point culminant de notre campagne du Grand Couronné[4], car c’est là que la 70e Division a pris part à cette rude contre-offensive des 24 et 25 Août 1914.

Je ne retracerai pas les phases du combat, me contentant de dire que notre pauvre régiment y fut cruellement éprouvé et que de toute la campagne, il ne se releva jamais complètement de l’anéantissement presque total de ses cadres qui en fut pour lui le résultat.

En effet, tout ce que le 226e comptait en officiers jeunes et pleins d’entrain, fut presque en entier fauché ce jour-là. Particulièrement, parmi les quelques officiers d’active que nous possédions, la mort frappa ceux sur lesquels on pouvait fonder les plus grands espoirs, n’épargnant, comme par un fait exprès, que des officiers déjà âgés, braves, c’est entendu, mais ayant quitté un commandement actif depuis plusieurs années et manquant de l’allant et de l’ardeur indispensables à de vrais chefs de guerre.

Un petit cimetière militaire est installé à la sortie Nord de Courbesseaux ; quoiqu’il contienne peut-être deux mille tombes, je le qualifie de petit en comparaison des nombreuses et immenses nécropoles qui, en d’autres endroits, jalonnent l’ancien front.

Toutes les tombes sont identiquement composées d’une simple croix blanche et d’un petit tertre semé de cailloux également blancs ; seuls font exception quelques rares sépultures d’Israélites ou de Musulmans, où la croix a fait place à une sorte de petit mausolée.

Un immense Christ et un grand pavillon tricolore hissé au sommet d’un mât élevé, dominent le champ de repos et semblent étendre leur protection sur toutes ces tombes.

A l’entrée du cimetière s’offre à la vue des visiteurs un monument aux dimensions restreintes érigé là en commémoration de cette journée du 25 Août 1914. Le bas-relief représente un guerrier non pas casqué, mais coiffé du képi de nos fantassins du début de la guerre et ceci est très symbolique car tous les braves qui sont couchés ici sont de ceux qui tombèrent revêtus de l’uniforme de leurs devanciers d’un demi-siècle : képi, capote bleue et pantalon garance.

Courbesseaux Pentecôte 1935 monument aux morts   Courbesseaux Pentecôte 1935 bas-relief

Monument aux morts 1914-1918. Stèle commémorative au général de Castelnau                                  Création du bas-relief en 1920

http://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/courbesseaux

Nous trouvons facilement la sépulture d’un brave officier du régiment, le Capitaine Fischer, tué le 25 Août, justement, l’un de ces jeunes officiers disparus avant d’avoir pu donner toute leur mesure. Non loin de lui repose un officier de sa compagnie, le sous-lieutenant de Bricy. Le Capitaine Fischer commandait la 17e Compagnie, qui formait l’avant-garde de notre colonne d’attaque et, en même temps que lui, ses deux sous-ordres, le Lieutenant Lacroix et le sous-Lieutenant de Bricy, avaient été tués en cette terrible journée.

Dans le soleil qui, de ses rayons dorés, inonde la plaine, une alouette s’élève d’un champ voisin et, à mesure qu’elle monte, elle lance vers le ciel les notes de sa gaie chanson, sans se soucier des tombes toutes proches et sans égard pour les tristes pensées que celles-ci éveillent en moi.

Ah, chers camarades que nous aurions tant de joie à sentir à côté de nous aujourd’hui ! Bertin, soldat sans reproche au moral si élevé, qu’il disait : « On ne fait jamais tout son devoir ! » Cotelle, si franc, si gai et que j’aimais à l’égal d’un frère plus jeune, et tous ceux que ma chère 18e, qui sont restés ici ou en Artois, soyez assurés que votre souvenir est impérissablement gravé dans nos cœurs !

Il faut cependant nous arracher à nos méditations car notre pèlerinage n’est pas achevé et nous partons pour Réméréville qu’il nous est également impossible de reconnaître, le village ayant totalement été réédifié. Il n’a plus, grâce à Dieu, l’aspect sinistre qu’il avait lorsque nous l’occupions du 13 au 16 septembre 1914. Toutes les maisons, sauf deux ou trois peut-être, avaient été incendiées et ne possédaient plus de toiture ; des cadavres d’animaux domestiques, de place en place jonchaient la chaussée, dégageant une odeur pestilentielle ; d’autres bêtes, affamées, erraient ça et là et le clocher de la petite église avait été percé à jour par un obus allemand.

Autour du village, d’innombrables tués français et boches, attestant qu’on s’était furieusement battu aux environs.

Réméréville n’était certes pas un séjour enchanteur à cette époque ! Heureusement, rien à présent, sauf cependant le monument aux morts et la croix de guerre sculptée dans la pierre au fronton de la mairie, ne rappelle les féroces scènes de carnage d’antan. Fasse le ciel qu’on ne les revoie plus jamais et que pareilles horreurs soient épargnées à nos enfants !

Réméréville Pentecôte 1935 monument aux morts (1) Réméréville Pentecôte 1935 monument aux morts (2)

Réméréville Pentecôte 1935 monument aux morts (3)  Monument aux Morts de Réméréville (remerciements à la Mairie de Réméréville et tout particulièrement à M. David Pierre pour l'envoi de ces clichés). La croix de guerre gravée mentionnée par Lucien semble avoir disparu, la mairie ayant été complètement rénovée.

Par Hoéville, Serres et Valhey, nous arrivons à Einville-aux-Jards, terme de notre voyage, car, en raison de l’heure déjà avancée, nous devons renoncer à nous rendre à Bauzémont et les abords de la forêt, où je tenais les avant-postes le 27 septembre, lorsque, le soir, le Colonel me fit parvenir l’ordre de rallier le régiment après, toutefois, avoir été relevé par une Compagnie de chasseurs.

Einville ! le souvenir le plus agréable de notre campagne de Lorraine –dix à douze jours de repos seulement entrecoupé de courtes heures de travail afin de ne pas laisser les hommes complètement oisifs. Plus de bombardement, plus de coups de fusil, les Boches au Nord et à l’Est, rejetés à plusieurs kilomètres en arrière et ne semblant en aucune façon animés de dispositions agressives et, pour couronner le tout, un ravitaillement abondant, ce qui était toujours apprécié. Et puis, les nouvelles nous parvenant toujours, même les bonnes, l’assurance qu’une grande et décisive victoire avait été remportée par nous.

Einville 1   Einville 2

 

à gauche: un jeune d'Einville explique le 12 septembre 1914 la raison pour laquelle Einville est devenu si calme, après le départ des Allemands. C'est ainsi que le Régiment de Lucien a pu y faire une pause réparatrice d'une dizaine de jours.

à droite: recueil de témoignages de la guerre recueilli par le Foyer Rural d'Einville, édité en 2014.

Il n’en fallait pas tant pour être presque heureux et trouver la vie belle !

Einville n’a autant dire pas souffert ; aussi, retrouvons-nous aisément la maison du notaire qui abritait notre popote (par extraordinaire, cette fois, elle n’était pas installée chez moi) et où nous nous réunissions plusieurs fois par jour, et celle de Monsieur Michel, entrepreneur de peintures, où j’habitais. Ma chambre était au premier étage et, un beau jour, de ma fenêtre, je jetai ma pipe –que j’étais en train de savourer- à Hanns, qui flânait par là, afin qu’il en tire quelques bouffées et s’initie ainsi à cette manière de fumer qu’il n’avait pas encore pratiquée.

A l’évocation  de ce dernier souvenir, Madame Hanns me dit, avec une moue un peu mélancolique : « Vous auriez bien dû vous abstenir de satisfaire son désir, ce jour-là, car, depuis, il n’a que trop fait usage de la pipe. »

C’est fini, nous n’avons plus rien à voir maintenant et nous reprenons le chemin de Nancy par Maixe, Crévie –ici, en longeant le canal, nous passons au pied du bois de Crévic dans lequel, fin août et début septembre, j’ai passé des heures plus que lugubres –Varangéville et Saint-Nicolas du Port, Dombasle, aux puissantes et gigantesques soudières[5] et nous entrons dans l’élégante capitale lorraine par le faubourg Saint-Georges et la porte du même nom.

Pentecôte 1935 Porte St Georges 17e siècle Nancy en 1934   Pentecôte 1935 Porte St Georges Nancy en 2018

La Porte St Georges à Nancy, du XVIIe siècle, photographiée par Lucien et de nos jours .

Cette journée du 9 juin 1935 restera à tout jamais gravée dans ma mémoire et je suis infiniment reconnaissant à Hanns de m’avoir procuré cette occasion de revoir des lieux que je n’espérais plus retrouver et de remuer avec lui des souvenirs vieux de plus de vingt ans déjà !

Mais nous ne pouvions en rester là ; il faudra bien un jour que nous allions ensemble revoir cette plaine d’Artois dans laquelle nous avons débarqué le 30 septembre 1914.

Drocourt, Hénin-Liétard, Bois-Bernard, Acheville, Vimy, autant de noms auxquels s’accroche  un souvenir, autant de pays où nous avons laissé des camarades dont nous aurions voulu conserver l’amitié toute la vie…

Cher ami Hanns, mon vieux camarade, il ne faudra pas attendre d’être tout à fait au seuil de la vieillesse pour accomplir ce second pèlerinage[6].

L. Proutaux

Clichy, juillet 1935



[1] Une bataille s’est déroulée sur la colline du Rembêtant le 23 août 1914. C’est sur cette colline que les « Bavarois » ont été stoppés, sauvant ainsi Nancy d’une invasion certaine.

[2] Sous-lieutenant Emile Adrien Sirantoine

[3] Par francs-gardes allemandes, Lucien veut parler de corps franc, appelé Freikorps en allemand, groupe de combattants civils ou militaires rattachés ou non à une armée régulière et dont la tactique de combat est celle du harcèlement ou du coup de main. Il peut également s’agir d’unités paramilitaires organisées par un État, ou d’unités formées spontanément par des civils. Parfois improvisés et sous-équipés, les corps francs sont généralement dotés d’un encadrement autonome.

[4] Le « Grand-Couronné » désigne une série de hauteurs dominant la plaine à l’Est de Nancy. Voici les noms des collines du Nord au Sud : la côte Sainte-Geneviève (394m), le Mont Toulon (375m), le Mont Saint-Jean (400m), le plateau du Bois-du-Chapitre (400m), le plateau du bois de Faulx avec l’éperon de la Rochette (406m), le plateau de Malzéville, le Rembettant (ou Rembêtant). Ces hauteurs dominent nettement la plaine et constituent d’excellents postes d’observation. (in Témoignages 1914-18, Territoire du Sânon et ses environs)

[5] Soudière : usine où l'on fabrique de la soude artificielle. (NDLR)

[6] Le destin ne permettra pas à Lucien d’accomplir ce second pèlerinage… (NDLR)


09 juin 2019

Pentecôte 1935 (1ère partie)

Pour la Pentecôte de 1935, exactement le 9 Juin, mon vieil ami et camarade de guerre de la première heure, Hanns, et moi, nous avons mis à exécution un projet formé depuis près de deux ans : revoir tous les pays où nous avons passé en août et septembre 1914, retrouver les coins où nous séjournâmes à cette époque et qui furent témoins de nos souffrances et de nos peines, les endroits où nous nous étions battus et refaire la route alors parcourue…

Il me faut d’abord dire que le Dr Hanns, établi médecin à Nancy avant la guerre, n’a pas repris sa place dans cette ville après les hostilités. Alsacien d’origine, tout le poussait à se fixer, celle-ci ayant retrouvé sa mère patrie, en Alsace, berceau de ses pères, et il est devenu professeur agrégé à la faculté de médecine de Strasbourg.

Très cultivé, quelque peu érudit, je n’ai pas à faire, ici, son éloge. Je dirai simplement qu’au Régiment, les hommes l’adoraient, d’abord parce qu’il était profondément humain, ensuite, parce qu’il payait de sa personne et qu’on le voyait partout où il y avait danger. Un fait qui contribua énormément à le faire mieux qu’aimer, vénérer de tout le régiment, c’est quand, le 10 Octobre 1914 (cinq jours après ma blessure), à La Targette, le Colonel Fernier venant d’être mortellement blessé –beaucoup disent que celui-ci avait cherché la mort, et je suis enclin à partager leur conviction- il sortit de la tranchée distante seulement d’une vingtaine de mètres de celle des Boches, pour relever le corps de notre chef et le ramener dans nos lignes.

Il sortit donc en faisant à tout hasard signe aux Allemands de s’abstenir de tirer pendant quelques minutes, ce qu’ils firent, lui permettant ainsi de ramener sans encombre le corps du pauvre colonel et celui de son adjoint.

Nombre d’hommes du 226e virent dans ce fait d’avoir, par un simple geste, obtenu cette sorte de suspension d’armes, quelque chose d’un peu surnaturel et n’étaient pas éloignés de trouver en lui un certain caractère de mysticisme.

Ce qu’il y a de certain, c’est que Hanns a fait en l’occurrence preuve d’un grand courage, car s’il ne s’était pas trouvé, comme la chose s’est produite, qu’en face de lui, il y eut des gens encore pourvus de quelques sentiments d’humanité, il aurait subi le sort du colonel Fernier, ainsi que de tant d’autres médecins tombés dans des conditions analogues.

Bref, c’est à Nancy que nous nous étions donné rendez-vous pour accomplir notre pèlerinage et nous avions décidé de le faire en deux étapes : le matin, la région Nord de Nancy, correspondant à la période du 2 au 23 Août, l’après-midi, la région Est, correspondant à celle du 24 Août à fin septembre.

Le dimanche matin, vers huit heures et demie, accompagnés de sa charmante femme et de ma fille Denise, nous mettons donc, en voiture, le cap sur Toul, car nous voulions reprendre la chose par son début et partir de Pierre-la-Treiche, village où notre brave 226e se mobilisa dans les premiers jours d’Août 1914.

Favorisés par un  temps exceptionnellement beau, ce qui est assez miraculeux après les semaines de pluie persistante que nous venons de subir, nous nous égarons malheureusement un peu en utilisant, à tort, une certaine route stratégique pleine d’ornières et d’excavations qu’en d’autres temps, on eut pris pour des trous d’obus ; du fait de cette légère erreur d’itinéraire, nous perdons un certain temps avant d’aborder Pierre-la-Treiche.

Enfin, voici la localité où nous ne nous arrêtons pas, mais au passage, nous reconnaissons la maison qu’habita le Capitaine Dard et où s’installa notre première popote.

Pauvre popote, hélas ! car sur les six membres qui la composaient alors, quatre ne sont plus de ce monde et seuls, Hanns et moi sommes encore en vie, après, toutefois, avoir failli également laisser notre peau dans la tourmente puisque l’un et l’autre, nous avons été grièvement blessés !

Le commandant Biesse[1], après une rapide et brillante carrière, mort d’une angine de poitrine à Mayence, au début de 1923, général et chef d’Etat-Major de l’Armée du Rhin et ayant commandé une Division d’Infanterie au front ;

Le Capitaine Dard[2], tué le 25 août 1914, à Courbesseaux ;

Ce charmant Deseilligny[3], tué le même jour au même combat ;

Argant[4], tué par un obus, en demi-repos à Mont-Saint-Eloi, le 1er Octobre 1914.

Nous prenons ensuite la route de Toul que j’avais parcourue plusieurs fois à pied, dans les deux sens au début d’Août et j’y retrouve, à proximité de la place forte, la voie de 0m60, desservant les différents forts et ouvrages de la défense, et sur laquelle s’époumonaient ces étranges petites locomotives semblant formées de deux machines accolées par l’arrière et dont je ne me souviens plus du nom[5] ; à cette époque, elles remorquaient de longues rames de wagonnets garnis d’obus destinés aux canons des forts.

Pentecôte 1935 locomotive Péchot-Bourdon in les petits trains de la Grande Guerre  locomotive Péchot-Bourdon (in les petits trains de la Grande Guerre)

Nous nous contentons d’apercevoir seulement Toul et les tours de sa cathédrale ; nous laissons en effet la ville à notre gauche pour prendre à droite, et après avoir traversé la Moselle, la route de Gondreville, en longeant la rivière, toujours aussi jolie.

Nous passons à Fontenoy et à proximité du pont qu’un parti composé de francs-tireurs et de quelques éléments réguliers, sous la direction du Capitaine Coumès, et s’étant constitué dans la région de Neufchâteau, réussit à faire sauter le 21 Janvier 1871, après avoir franchi la Moselle à l’aide de bacs à Pierre-la-Treiche, justement. Exploit d’autant plus hardi et audacieux que le pays était complètement occupé par les Prussiens, mais se produisant malheureusement un peu trop tard pour amener de sérieuses perturbations dans les lignes de communication de l’ennemi, car on était à la veille de l’armistice.

Ceci, d’ailleurs, ne diminua en rien le mérite de ceux qui l’accomplirent et ce fait d’armes est commémoré par un modeste monument élevé sur l’un des côtés de la route.

Pentecôte 1935 le pont du chemine de fer qui sauta   Pentecôte 1935 monument à Fontenoy  

à gauche,le pont du chemin de fer qui sauta.  

à droite, monument  commémoratif à Fontenoy (in blog http://aufildesmotsetdelhistoire.unblog.fr/2009/02/21/les-chasseurs-des-vosges/)

 

En poursuivant sur la rive droite de la Moselle, nous apercevons le pittoresque village de Liverdun, perché en nid d’aigle sur un rocher et qui est un lieu de promenade pour les Nancéiens, puis les hauts-fourneaux de Pompey.

Pentecôte 1935 Liverdun pittoresque                     Pentecôte 1935 les hauts-fourneaux de Pompey en 1966 usine fermée en 1986

 

              Liverdun pittoresque                                                                       les hauts-fourneaux de Pompey en 1966 usine fermée en 1986

A Frouard, le canal de la Marne au Rhin traverse la rivière sur un pont qui enjambe celle-ci ainsi que notre route et, en levant les yeux, nous avons la stupéfaction de voir, en l’air, une péniche voguant paisiblement … sur le pont !

Pentecôte 1935 le pont-canal                        Pentecôte 1935 les trois ponts de Liverdun sur la Moselle route-canal-train

 

                           le pont-canal                                                                               les trois ponts de Liverdun sur la Moselle route-canal-train

De nouveau, nous traversons la Moselle, montons franchement au Nord, et, après avoir franchi la Meurthe cette fois (bien moins jolie que la Moselle, la Meurthe…), nous arrivons en trombe à Custines, deuxième étape de notre route de 1914 –la première était Champigneules, mais nous n’avons pas jugé nécessaire d’y passer aujourd’hui.

Nous cantonnâmes à Custines du 9 au 10 Août 1914. C’est là que, pour la première fois, en qualité de commandant de compagnie (à ce moment, j’étais le seul lieutenant du régiment à commander une compagnie, le commandement des sept autres étant assuré par des capitaines de l’active), je pris le jour comme fonctionnaire capitaine, présidai aux distributions et le soir, reçus l’appel de toutes les unités du régiment.

Sans aucune peine, je retrouve la maison où je couchai cette nuit-là. Elle est voisine de la Moselle et, si j’ai bonne mémoire, son propriétaire était un peu fou. Je ne le vis du reste pas, car il ne quittait pas sa chambre et sa gouvernante me fit les honneurs de cette demeure d’assez belle apparence et dont les murs s’ornaient de nombreux trophées de chasse. C’est là que fonctionna la popote.

Continuant toujours vers le Nord, nous arrivons à Bézaumont, pauvre village en avant duquel j’ai ébauché mes premières tranchées…

Quelques kilomètres plus tard, nous passons au pied de Sainte-Geneviève, colline surmontée d’une statue de la Sainte, ou de la Vierge[6], je ne sais pas au juste ; notre 6e Bataillon y effectua quelques travaux. Un peu plus tard, après le passage de notre division, elle devait être le théâtre d’une lutte sanglante au cours de laquelle un régiment de réserve[7], comme on les appelait à cette époque, se couvrit de gloire en se faisant complètement décimer plutôt que de céder la position.

Pentecôte 1935 Landremont ND de la Consolation  Landremont, Notre-Dame de la Consolation

Abandonnant la direction du Nord, nous fonçons vers l’Est pour nous rendre au col de Bratte, en passant par Landrecourt, Belleau, Sivry et enfin Bratte.

Nous descendons de voiture au col de Bratte et, tant la topographie des lieux est fidèlement gravée dans ma mémoire, je reconnais sans aucune hésitation, et la gorge serrée d’émotion, le bois Rumont et le bois du Chapitre qui le prolonge.

Pentecôte 1935 Bois Rumont Col de Bratte le 9 juin M

Le Bois-Rumont et le col de Bratte avec le docteur et Mme Hanns cheminant, photo prise par Lucien le 9 juin 1935

Le temps un peu brumeux ne nous permet pas d’apercevoir les tours de la cathédrale de Metz, qu’on voit par temps clair. Je cherche vainement aussi l’observatoire d’artillerie boche qui se dressait en face de nous en 1914.

Disparus également nos petites tranchées creusées sur la pente descendant vers Belleau et Bratte et aucun vestige non plus ne subsiste des réseaux Brun[8] que nous avions tendus en avant de ces tranchées !

Pentecôte 1935 réseau Brun                    Pentecôte 1935 réseau Brun diamètre 1,30m longueur 30 m trois éléments assemblés= obstacle efficace

 

  Réseau Brun, diamètre 1,30m,  longueur 30 m, les trois éléments assemblés constituent un obstacle efficace

En revanche, à notre gauche, s’élève toujours la côte de Mousson.

Nous avons occupé ce col consécutivement les 12, 13, 14 Août, puis le 16, le 18 et le 22 du même mois.

Lorsque nous le quittions, c’était pour y revenir quelques heures ou quelques jours plus tard et c’est pendant notre insipide faction à ce poste que j’ai vu, en avant de notre front, tomber les premiers 201 allemands sur le pauvre petit village de Belleau, aux abords duquel était installé un parc d’artillerie, et que nous avons traversé tout à l’heure. A la jumelle, on pouvait se rendre compte des blessures irréparables faites aux maisons par les gros projectiles. Aussi, les habitants ne tardèrent-ils pas à abandonner leur village et nous les vîmes passer poussant devant eux leur bétail et jetant en arrière des regards de détresse sur leurs pauvres demeures. Malgré le temps passé, j’ai toujours la vision de leur pitoyable cortège, composé de vieillards, de femmes et d’enfants, dans les yeux desquels je croyais lire, à notre adresse, comme un reproche de n’avoir pas su leur éviter pareille misère…

Le col de Bratte, à cet instant, nous nous demandions bien si ce ne serait pas là que nous aurions à supporter le premier choc des hordes allemandes et ce n’était pas sans appréhension que je constatais le précarité des ouvrages que, en vue de cette redoutable éventualité, nous avions construits avec des moyens insuffisants !

J’ai revu ces lieux que, bien certainement, je ne pensais jamais revoir et leur souvenir, qui était toujours vivace en moi, s’est imprimé avec plus de force encore dans ma mémoire et, quoiqu’il puisse arriver maintenant, je ne pourrai plus jamais les oublier !

Nous ne pouvons cependant nous éterniser en cet endroit si nous voulons poursuivre notre programme jusqu’au bout, et il nous faut repartir sur l’heure. Un dernier regard au Bois-Rumont et au panorama que l’on aperçoit de col et nous remontons en voiture.

Nous descendons par Faulx-Saint-Pierre, Montenoy (où nous cantonnâmes trois fois, peut-être) pour remonter de nouveau au Nord, Leyr, en direction de Han.

Ici, je retrouve la grande ferme où j’ai logé le 19 Août 1914, avec toute ma compagnie. Cette localité de Han possède cette particularité d’être enfermée dans une boucle de la Seille, ce qui a fait donner à ce coin le nom de presqu’île de Han. En ce temps-là, la Seille séparait sur une certaine partie de son cours la Lorraine annexée de la Lorraine restée française.

D’une terrasse dominant la rivière, nous en contemplons comme il y a près de vingt et un ans les flots jaseurs s’enfuyant, rapides, à gauche. Il n’y a qu’une différence, c’est que maintenant, l’autre rive est redevenue française.

Comme je signale que notre popote avait été installée dans la ferme que j’habitais, Madame Hanns et ma fille nous font remarquer que nos souvenirs de guerre se bornent, en somme,  à rappeler les endroits où nous avons mangé et dormi… Ah ! on voit bien, et combien c’est heureux pour elles ! qu’elles n’ont aucune idée de ce qu’est la guerre… Elles sauraient en effet que ces deux questions sont ce qui préoccupe le plus le soldat en campagne ; les dangers courus du fait des engins de guerre ne sont rien auprès de la crainte de n’avoir rien à se mettre sous la dent quand la faim vous tenaille, et le manque de repos lorsqu’on est harassé de fatigue.

Pour terminer notre première étape, nous devons encore aller à Manhoué. Il nous faut pour cela revenir sur nos pas afin de sortir de la presqu’île de Han et, par Armaucourt et Lanfroicourt, nous atteignons Manhoué, autrefois annexé, après avoir franchi la Seille sur un pont de béton qui n’est plus le pont de bois à la sortie duquel se dressait le poteau-frontière.

Pentecôte 1935 pont-frontière à Lanfroicourt  Pont-frontière à Lanfroicourt

Ah ! combien mon cœur était gonflé d’espérance, comme il débordait de fierté lorsque je faisais présenter les armes par ma compagnie en mettant le pied sur la terre annexée, le 20 Août 1914 ! Hélas ! joie de bien courte durée puisque, la mort dans l’âme, nous devions retraverser la Seille six heures plus tard, en pleine nuit, et l’ennemi à nos trousses. Et de là-haut, j’avais eu la sinistre et sauvage vision de Nomény en flammes et celle, terrible et désolante, de nos troupes refluant en désarroi, affreux cauchemar me remettant en mémoire les désespérants chapitres de « La Débâcle » !

Dans cette partie de la Lorraine anciennement annexée, comme en Lorraine restée française, les villages conservent toujours, même ceux qui ont été reconstruits, leur aspect pauvre et misérable, avec leurs tas de fumier et de bois en permanence devant les portes ; Manhoué ne fait pas exception à la règle.

Mais cette fois, il faut en quatrième vitesse revenir sur Nancy où l’on nous attend pour déjeuner à midi et demi et cette heure est passée depuis longtemps déjà.

A toute allure, nous rentrons en jetant, au passage, un coup d’œil au plateau d’Amance, à celui de Malzéville[9], terrain de manœuvres de la garnison de Nancy, à la butte Sainte-Geneviève et nous faisons notre entrée dans Nancy, par Essey-lès-Nancy et le pont d’Essey, après avoir traversé Seichamps.

Pentecôte 1935 Vue générale plateau de Malzéville

Vue générale du plateau de Malzéville aujourd’hui, in Supercell54 [CC BY-SA 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0)]

Pentecôte 1935 Le pont d'Essey à l'entrée de Nancy  le pont d'Essey à l'entrée de Nancy

Pentecôte 1935 Place Stanislas Nancy en 1934 (1)   Pentecôte 1935 Place Stanislas Nancy en 1934 (2)

 Vues de la place Stanislas à Nancy, photos prises par Lucien

[1] Voici toutes les dates où le Commandant Biesse est cité dans les Mémoires du Capitaine : 4-5-7-8 août 1914, mai-juillet-septembre 1917, 10 novembre 1917, 30 janvier, 10 février et 3 juin  1918. Je rappelle que ce blog m’a permis d’entrer en contact avec le petit-fils du Colonel Biesse, Renaud Seynave qui a réalisé un blog passionnant sur la guerre de son aïeul.

[2] Pour retrouver le Capitaine Dard : 2, 5,7, 8, 10, 11, 20, 23,25 et 26 août, puis 6 et 17 septembre,  et enfin 2 octobre 1914

[3] Cf 10, 11 et 25 août 1914

[4] Cf 2, 5, 10, 11, 25, 26 et 27 août, puis 2, 13 septembre 1914

[5] Il s’agit de la locomotive Péchot-Bourdon, du nom de ses deux inventeurs, le capitaine Prosper Péchot et l’ingénieur Charles Bourdon. La chaudière comporte deux foyers placés dos-à-dos au centre de la machine, envoyant la flamme dans deux faisceaux tubulaires. L’ensemble repose sur deux bogies, donnant l’impression que la locomotive est double.

[6] Il s’agit très probablement de la Vierge Notre Dame de la Consolation, à Landremont, située à 1500 mètres du lieu où se déroula la bataille de Sainte-Geneviève.

[7] Le 4 septembre 1914, la position de Sainte-Geneviève est défendue par un bataillon du 314e d'infanterie (59 e DI) sous les ordres du commandant de Montlebert.

[8] Réseau Brun : Rouleau de fil de fer barbelé, prêt à l’emploi, qui a l’avantage de pouvoir être déployé et déplié  rapidement en avant des tranchées. On l’employait spécialement pour défendre une position conquise, ou pour obstruer un passage ou une brèche.

[9]  La situation du plateau de Malzéville est devenue stratégique pour la défense de Nancy à la suite de la guerre de 1870. La frontière avec l'Alsace-Lorraine annexée n'était distante que de quatorze kilomètres. Le plateau a été utilisé comme aérodrome militaire jusqu'en 1926. Le plateau a servi de champ de manœuvres pour l'armée de terre, et c'est à présent un espace de loisirs.

02 juin 2019

Le docteur Hanns

Lettre du Docteur Hanns[1]

1930 01 10 lettre Dr Hanns page 1 - Copie

Strasbourg, le 10 janvier 1930

Mon cher ami

Nos meilleurs vœux de nouvelles années pour vous et les vôtres. Nous espérons que vous allez tous bien, et vous souhaitons bonne santé et l’accomplissement de tous vos désirs. Il arrive parfois que les jeunes filles (et même leurs parents) formulent certains vœux. Nous souhaitons en ce cas qu’ils se réalisent pour votre plus grand bonheur à tous.

Ici la petite famille va bien. Je voudrais bien qu’une occasion se présente enfin de vous la présenter. Dire que vous ne la connaissez pas et qu’il y a bientôt dix ans que je vais être marié ! Mais aussi, pourquoi ne venez-vous jamais à Strasbourg ?

Mesdemoiselles Simone et Denise continuent-elles leur carrière étudiante et artistique ? Quelles grandes et belles demoiselles doivent-elles être maintenant ! Certainement, elles m’intimideraient.

Mon fils André a, lui, 7 ans ½ bientôt (en avril). C’est encore un enfant bien bébé et naïf, malgré qu’il soit long comme une asperge, et le plus grand de sa classe. Il est au lycée, en 9e. Ce n’est pas encore bien sérieux, heureusement pour le petit gamin remuant et maladroit.

Au-revoir, mon cher Proutaux, mes souvenirs respectueux à Mme Proutaux, et encore une fois, mes bonnes amitiés.

Signé A. Hanns

1924 05 24 Alfred Hanns - Copie  Le Docteur Alfred Hanns en 1924, photo dédicacée à Lucien

Voici quelques éléments de biographie sur le docteur Antoine Alfred Hanns (1882-1966):

Alfred Hanns Légion d'honneur

Etats de service d'Alfred Hanns

Après la guerre, Alfred Hanns s'établit à Strasbourg, où il réside quai Koch.

En 1923 : Recherches cliniques sur le rôle antihémorragique de l'extrait d'hypophyse, par Maurice Perrin, Alfred Hanns et Milan Stefanovitch (Revues n°229-230-231-232)

Il participe activement au Bulletin de la Société Médicale St Luc St Côme St Damien : La Société médicale Saint-Luc, Saint-Côme et Saint-Damien est créée en 1884 par des médecins catholiques, à des fins apologétiques et scientifiques, à l'époque de la construction de la République laïque. L'étude sociologique, géographique, statistique et institutionnelle de ce groupe, montre que les praticiens catholiques ne se distinguent que faiblement de leur corps professionnel et présentent des visages variés. Ils favorisent l'éclosion d'une science originale fondée sur une morale et une doctrine, à des fins de défense ou de conversion, parfois mise au service de l'Eglise, lorsqu'il s'agit par exemple de défendre le sanctuaire de Lourdes, parfois indépendante. Le concept de « médecine catholique », en débat à cette époque, doit être interrogé par les historiens. Le médecin chrétien, figure contradictoire de la fin du XIXe siècle, paraît jouer un rôle important dans le processus de sécularisation de la société et dans ce que nous appelons aujourd'hui éthique.

Mars 1946 : il est élu vice-président de la Société Médicale St Luc St Côme St Damien

Février 1947 : Le racisme au point de vue médical et anthropologique, article rédigé par le docteur Alfred Hanns, p 27 (Revue de la Société Médicale)

Novembre 1948, réélu, vice-président de la Société Médicale.
Lucien Proutaux et Alfred Hanns gardèrent toute leur vie cette amitié qui naquit pendant la guerre.
C'est ainsi, qu'à l'invitation du docteur Hanns, Lucien prendra la route de l'Alsace et de la Lorraine à deux reprises, en 1934 et en 1935, pour revoir son vieux camarade. Voici des photos de ce temps passé en Alsace en 1934:

1934 Cathédrale de Strasbourg le fils Hanns - Copie                       1934 Famille Hanns - Copie

 

Cathédrale de Strasbourg, avec André, le fils d'Alfred, âgé d'une douzaine d'années                               la famille Hanns chez elle

1934 Famille Hanns (2) - Copie  les époux Hanns

1934 Mme Hanns (1) - Copie                 1934 Mme Hanns (2) - Copie

 

la mère d'Alfred dans son jardin

1934 Retour en Alsace Famille Hanns  1934 Retour en Alsace Fuchs am Bruckel Mme Hanns

 

                toute la famille réunie avec Lucien à droite                              Madame Susanne Hanns, née Ramspacher


[1] Le docteur Hanns est cité à multiples reprises dans les Mémoires de Lucien : voir les 6, 13 et 26 août, 13, 27 et 28 septembre, 2 octobre 1914, 16 mars, 20 mai, 4 juin, 10 août et fin octobre 1915, 6 avril, 10 novembre 1916 et le 19 juillet 1918.

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25 mai 2019

Visite au fort et à l'Ossuaire de Douaumont en 1932

L'ossuaire de Douaumont est un monument à la mémoire des soldats de la bataille de Verdun de 1916, situé à la limite des communes de Douaumont-Vaux et Fleury-devant-Douaumont, à quelques kilomètres de Verdun, dans le département de la Meuse en région Grand Est.

00 ce que j'ai vu à Douaumont  01 fort le plus puissant de Verdun tombé le 25 février 1916 et repris le 24 octobre 1916

 

 fort le plus puissant de Verdun tombé le 25 février 1916 et repris le 24 octobre 1916

02 lieu d'explosion le 20-05-1916 de grenades installé par Allemands  04 plaque scellée à l'endroit où périrent 7 mitrailleurs tués par un obus de 420

 

lieu d'explosion le 20-05-1916 de grenades installé par Allemands       plaque scellée à l'endroit où périrent 7 mitrailleurs tués par un obus de 420 

L'Ossuaire est conçu au lendemain de l'armistice de 1918 à l'initiative de Mgr Charles Ginisty, évêque de Verdun. Inauguré le 7 août 1932 par le président de la République, Albert Lebrun,  en présence de nombreux dignitaires français et étrangers, d'anciens combattants et des familles de soldats disparus. Il abrite les restes de 130 000 soldats inconnus, Français et Allemands.

10 ruines de l'entrée principale du Fort  05 effet d'un obus français de 400 tombé la veille de la reprise du fort le 23 octobre 1916 à l'emplacement des pionnier

 

Ruines de l'entrée principale du fort                                         effet d'un obus français de 400 tombé la veille de la reprise

                                                                                              du fort le 23 octobre 1916 à l'emplacement des prionnier 

 

06 murs en chicane dans une galerie  07 emplacement d'une cantine à l'extrémité d'une galerie

 

murs en chicane dans une galerie                                        emplacement d'une cantine à l'extrémité d'une galerie

08 poste de commandement avec table et casiers à plan  03 vestiges de guerre dans casemate

 

 poste de commandement avec table et casiers à plan                                    vestiges de guerre dans une casemate

En face de l'ossuaire, la nécropole nationale de Douaumont rassemble 16 142 tombes de soldats français, majoritairement catholiques, dont un carré de 592 stèles de soldats musulmans. Le cimetière militaire contient également deux mémoriaux respectivement consacrés aux soldats de confessions juive et musulmane.

11 tourelle de 155  12 emplacement d'une mitrailleuse contre avion sur la face sud du Fort

 

                    tourelle de 155                                                                    emplacement d'une mitrailleuse contre avion sur la face sud du Fort

13 tourelle de mitrailleuse détruite par le bombardement   14 abri et monument du 3e Bataillon du 74e RI qui perdit 72% de son effectif

 

            tourelle de mitrailleuse détruite par le bombardement       abri et monument du 3e Bataillon du 74e RI qui perdit 72% de son effectif

15 abri n°4296  abri n°4296

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21 mai 2019

Appendice Texte 9

La Mort de Joffre (janvier 1931)

Le 3 janvier 1931, celui qui fut le premier artisan de la Victoire, le glorieux vainqueur de la Marne, s’est éteint après une longue agonie de plusieurs semaines.

009 mort de Joffre Ill 3 janvier 1931 L'Illustration, non encore informée, publiait le jour de sa mort: "Le Maréchal Joffre qui a subi il y a quelques jours une grave opération" "Voici la France tout entière penchée sur le lit de souffrance d'un de ses enfants les plus glorieux et les plus chers. Le Maréchal Joffre, le vainqueur de la Marne, est en danger et la patrie, qu'il a sauvée, est dans l'angoisse." (in L'Illustration du 3 janvier 1931, Coll. pers.)

Ses obsèques furent nationales et le Ministre de la Guerre, Monsieur Louis Barthou, y prononça le discours suivant :

Monsieur le Président de la République,

Monseigneur,

Messieurs,

En venant apporter à la mémoire du Maréchal Joffre, au nom du gouvernement de la République, l’hommage unanime de la reconnaissance nationale, j’ai le souci de mesurer mon éloge, si profondes que soient l’admiration et l’émotion du pays, au caractère même de ce grand soldat.

De la méditation à l’action.

Il n’aimait pas les mots inutiles. C’est par la méditation et par la réflexion longuement muries qu’il se préparait à l’action. Le brièveté décisive du commandement procédait chez lui de la clarté d’un esprit pénétrant et logique, qui pesait les chances avant de courir les risques et qui avait envisagé, au moment de prendre une résolution, tous les aspects du problème. Son silence n’avait aucune affectation : il était la loi de sa nature, qui se refermait sur elle-même pour mieux se posséder et pour se vaincre.

Dès sa jeunesse, on l’avait appelé « Le Taciturne ». Ce mot ne le révélait qu’en partie et même il le dépeignait mal. S’il répugnait aux éclats excessifs, Joffre avait gardé un fond de gaieté qui s’exprimait par la finesse de son sourire et par la bonne humeur, toujours sensée, de ses réparties. On ne le prenait au dépourvu qu’en apparence. Sa parole avait une lenteur qui ne ressemblait pas à la vivacité de son esprit, mais il ne se livrait et il ne se décidait qu’à bon escient, ayant l’habitude de s’observer, de calculer et de prévoir.

Brièvement, le Ministre de la Guerre retrace les étapes de la carrière coloniale du Maréchal, où déjà se révélaient ses traits essentiels : l’intelligence, le sang-froid, la mesure, la méthode, la volonté. Ces qualités continuent  de s’affirmer, de 1903 à 1914, dans les divers postes qu’il occupe, au Ministère de la Guerre, à la tête d’une division, puis d’un corps d’armée ; il était prêt véritablement à assumer les responsabilités les plus hautes.

Depuis trois ans, Joffre était chef d’état-major général de l’armée, quand la guerre éclata.

La Mobilisation

Attaquée, menacée, envahie, sûre de son droit et confiante dans sa force, la France entière accepta avec un sang-froid magnifique le défi brutal qui lui était injustement porté. La mobilisation et la concentration, dont la moindre défaillance aurait pu être mortelle, se firent dans un ordre qui attestait à la fois l’organisation minutieuse dirigée par Joffre et l’union d’un peuple résolu à ne pas périr.

L’invasion criminelle de la Belgique, ce petit pays qui fut si grand par l’héroïsme de son souverain et de ses soldats, eut pour résultat de briser, en août 1914, la manœuvre offensive projetée dans le plan de l’état-major. Etait-ce donc 1870 qui recommençait ? Allions-nous subir de nouvelles défaites et de nouveaux sacrifices ? Quels démembrements et quels déchirements nous menaçaient ? Jamais un plus grand péril n’avait succédé à un plus grand enthousiasme. Tout paraissait perdu, la guerre, le sol, l’armée, la liberté, la Patrie. Dans cette heure tragique, un homme fit face au destin. Joffre savait qu’un général est battu alors seulement qu’il se croit battu. Il n’accepta pas la défaite ; il voulut et organisa la victoire. Pour l’obtenir, il ne recula devant aucune des décisions que le salut du pays exigeait. Sa froide raison, éclairée par l’expérience, lui imposa des sacrifices dont son cœur souffrait, mais qu’il accomplit sans souci de la camaraderie ou de l’amitié, avec le courage d’une haute et impartiale conscience. Il ne connaissait que son devoir.

Le repli nécessaire

Puisque la bataille des frontières avait échoué, il ordonna un repli nécessaire. Ce n’était pas une « retraite forcée », mais un mouvement calculé pour préparer les « opérations ultérieures ». toujours pénétré de l’idée que « l’offensive seule a des résultats positifs », il voulait se donner le temps qui lui permettrait de « chercher la bataille ». dès le 25 août (1914, NDLR), cette volonté s’affirmait avec une précision qui dénotait son autorité et son sang-froid. D’une part, il s’attachait à contenir les efforts de l’ennemi ; de l’autre, il constituait une « masse capable de reprendre l’offensive ». A aucun moment, il ne renonçait à conserver la « priorité de l’action », mais il se refusait à la compromettre en la précipitant. Washington, pressé par l’impatience de La Fayette pour terminer sur un « Coup heureux » la guerre d’Amérique, lui écrivait : « Nous devons plutôt consulter nos moyens que nos désirs, et ne pas essayer d’améliorer l’état de nos affaires par des tentatives dont le mauvais succès les ferait empirer ».

La Victoire de la Marne

C’était la méthode de Joffre. Il voulait organiser ses moyens, reconstituer ses forces, assurer la liaison avec l’armée anglaise, combiner ses efforts avec les groupes mobiles de l’Armée de Paris, attendre et préparer l’heure. Quand les chances de succès furent assurées et que les fautes de l’ennemi se prêtèrent à la manœuvre que Joffre avait combinée, il décida de passer à l’attaque. Douze jours avaient suffi pour opérer un rétablissement dont l’Histoire n’offre peut-être pas un autre exemple. Joffre tenait entre ses mains le sort de la France. Il le savait. Il avait mesuré avec un sang-froid où l’ambition personnelles ne prenait aucun rôle, les conséquences d’un échec, qui aurait été une irréparable catastrophe. Mais il avait confiance. Les conditions de guerre s’étaient modifiées à notre avantage.

L’attaque brusquée des Allemands n’avait pas réussi, malgré ses premiers succès, à paralyser nos armées dans leur action et dans leur moral. Il y avait un élément psychologique qui n’était pas entré dans les prévisions de l’Ecole de Guerre de Berlin. Sa science ne suffisait pas à tout. Elle ignorait de quel ressort, touchant presque au miracle, le soldat français est capable. Le Général von Kluck en a fait l’aveu : « Que des hommes ayant reculé pendant dix jours, que des hommes couchés par terre, à demi-morts de fatigue, puissent reprendre le fusil et attaquer au son du clairon, c’est là une chose avec laquelle nous n’avons jamais appris à compter. »  Joffre comptait avec elle. Il avait pour ses soldats « une tendresse infinie » Comme il les a bien loués ! « On ne peut les voir sans les admirer, les regarder sans leur sourire, les commander sans les aimer ». Il savait tout ce qu’on peut attendre, tout ce qu’il devait attendre, de leur bonne humeur, de leur gaieté affectueuse, de leur bravoure native, de leur esprit de sacrifice, de leur héroïsme. C’étaient des citoyens armés appelés à une guerre de justice et de délivrance, qui défendaient, avec leurs foyers envahis, l’honneur d’une nation laborieuse et pacifique. Entre leur chef et eux, l’union des cœurs et des volontés, supérieure aux règlements eux-mêmes, assurait la discipline et le respect des droits réciproques. Aussi, le généralissime, secondé par d’admirables commandants d’armée, pouvait-il écrire le 5 septembre (1914, NDLR), au Ministre de la Guerre, qu’en présence d’une « situation stratégique excellente », il était résolu à engager ses troupes  « à fond et sans réserve, pour conquérir la victoire. »

Au bout de cinq jours, la bataille était gagnée. Tous, officiers, sous-officiers et soldats, « admirables de moral, d’endurance et d’ardeur », avaient par leur élan irrésistible, mis l’ennemi en retraite. Tous, ils avaient bien mérité de la Patrie, et la victoire de la Marne, voulue, préparée, dirigée par Joffre, s’inscrivait, d’un nom immortel, parmi les plus glorieuses que le droit menacé ait remportées dans l’histoire du monde.

009 après la bataille de la Marne Blessés allemands soignés à la mairie de Varreddes Ill 28-09-14             009 Foch Ill 3-10-14

 

à gauche Après la bataille de la Marne, blessés allemands soignés à la mairie de Varreddes (L'Illustration du 28 septembre 1914, Coll. pers.)

à droite portrait du Maréchal Joffre en 1914 (L'Illustration  du 3 octobre 1914, Coll. pers.)

Hommage à l’Armée anglaise

L’armée anglaise que Guillaume II, alors empereur d’Allemagne, s’était efforcé de tourner en dérision, avait montré par sa première opération sur le champ de bataille, à vingt jours de la guerre, qu’elle « se formait en combattant » et déjà son « sang-froid imperturbable » et son « courage opiniâtre » la rendaient digne de la réputation glorieuse que nous avions dans le passé, et il y avait tout juste un siècle, éprouvée à nos dépens. Cette fois, elle combattait à nos côtés, jetée dans l’ardente fournaise par les devoirs d’un même idéal. Ses chefs illustres furent pour Joffre, comme plus tard pour Foch, mieux que des alliés. Leur amitié loyale, après s’être pénétrée des vues du commandement français, seconda ses efforts et s’employa de tous ses moyens au but commun.

« Seul il était le Chef »

La bonhomie familière de Joffre excellait dans l’art de la persuasion. Il ne se flattait pas d’être éloquent et il ne cherchait pas à l’être. Mais il y avait dans ses desseins, une volonté, une clarté et une logique qui emportaient la conviction. D’autre part, il savait commander, écouter les questions, recueillir les suggestions, mettre ou garder chacun à sa vraie place, donner des ordres, réparer des fautes, parer à l’imprévu. Son jugement avait une finesse et une sûreté qui furent rarement en défaut. Au-dessus de tout, il était digne de diriger : son courage ne redoutait aucune responsabilité.

La bataille de la Marne avait ouvert les hostilités par un problème qu’aucune autre guerre n’avait encore posé avec les difficultés complexes d’un front aussi étendu. Seul Joffre en tenait dans les mains tous les éléments. Seul il devait les coordonner. Seul il pouvait, de Paris à Belfort, ramener à une vue d’ensemble tous les détails de l’exécution. Il eut la bonne fortune d’être aidé par des lieutenants illustres qui, chacun à son rang de bataille et selon son tempérament, le comprirent et le servirent avec une admirable fraternité d’armes. Ils partagent sa gloire. Mais seul il était le chef. Aussi l’instinct populaire dont les polémiques ne troublent pas l’esprit d’équité, avait-il devancé le jugement, aujourd’hui définitif, de l’Histoire, qui salue dans le Maréchal Joffre l’immortel vainqueur de la Marne Immortelle.

Joffre aux Etats-Unis

Cette popularité que ni l’héroïque résistance de Verdun, ni les premiers succès de la Somme n’étaient de nature à diminuer dans la confiance de l’opinion publique avait passé les mers. M. Barthou évoque le voyage aux Etats-Unis effectué en avril 1917 par Joffre, accompagné de Viviani, et l’accueil triomphal qui lui fut réservé.

Quand il repartit, laissant un souvenir inoubliable, il avait rendu à la France, ce qu’il avait fait aimer encore davantage par ses « frères de la même cause », le plus grand service. Il avait deviné et éveillé, au milieu des foules américaines qui l’acclamaient, une sympathie impatiente d’agir et prête à tous les sacrifices. Il ne s’était pas trompé. La « fraternelle accolade » des deux peuples réalisa ses espérances et nul n’a mieux que lui rendu justice à ces « millions d’hommes », s’arrachant volontairement aux occupations de la paix, pour passer la mer semée d’embûches et venir, à des milliers et des milliers de kilomètres de leur Patrie, donner leur vie pour une noble cause, pour une grande idée.

De tels succès ne troublèrent pas la sérénité du Maréchal Joffre qui, à son retour, déclina tous les honneurs publics.

Le Maréchal sous la coupole

Son élection à l’Académie française lui fit, au contraire, une vraie joie, dont il ne dissimula pas le prix. Notre compagnie, en se faisant l’honneur de l’accueillir, restait fidèle à la loi de son institution. Elle se renierait elle-même si elle ne faisait pas leur place à tous les grands serviteurs d l’intérêt national, quelle que soit leur façon de servir.

Parmi les maréchaux illustres qui avaient sauvé la France, le Maréchal Joffre était de toutes les façons, le premier. La bataille de la Marne, par sa conception, par son exécution, et pas l’harmonieuse disposition de ses parties, réglées comme des actes parfaits, ressemblait à une sorte de chef d’œuvre qui relevait de l’art classique.

Le Maréchal Joffre se plaisait au milieu de nous. Assidu et exact, sobre et précis, il prenait part à nos travaux au milieu du respect que lui valait sa gloire, toujours parée de la simplicité la plus affable. Nous perdons en lui un confrère attentif, délicat et sûr.

Les derniers jours

Aucun homme ne chercha moins que le Maréchal Joffre à attirer sur lui les regards et à occuper l’attention publique. Il se dérobait avec le même soin aux manifestations de la rue et aux polémiques de presse. Pour le mettre à sa place, vers laquelle il n’allait jamais de lui-même, il fallait l’arracher à sa modestie. Il avait connu les épreuves de l’injustice, et son cœur, qui était susceptible, en avait souffert, mais il n’avait exhalé aucune amertume, rectifié aucune erreur, exercé aucune représaille. Ayant la dignité de devoir accompli, qui suffisait à sa forte et probe conscience, il ne voulait rien dire, même pour servir sa propre mémoire, qui risquât de nuire à la France. Il se taisait, il travaillait, et, comme Washington à Mount-Vernon, il jouissait, à Louveciennes, des bienfaits d’une belle nature, ayant à ses côtés une femme admirable qui lui a prodigué jusqu’à la fin les trésors d’un dévouement incomparable. Son agonie a ressemblé à une bataille. Il a lutté contre la mort en soldat qui ne veut pas être vaincu.

Ces journées tragiques, si malheureuses pour les siens et pour ses amis ont révélé l’étendue de la renommée qu’il s’était acquise dans l’univers civilisé, d’où parvenait à son chevet l’anxiété de tous ceux qui portent dans leur cœur l’amour du Droit et le respect de la Justice. C’est parce qu’il a servi ces nobles causes, c’est parce qu’il a sauvé les libertés du monde que Joffre, le vainqueur français de la Marne, a pris une place éternelle parmi les serviteurs de l’Humanité et de la Paix.

Hélas ! l’un après l’autre, nos grands chefs de la guerre, disparaissent ! Après Foch, voici Joffre, celui dont les massives et robustes épaules ont supporté l’effroyable responsabilité que représentait le commandement des Armées lorsque la guerre éclata.

On peut dire qu’il s’est montré à la hauteur de sa tâche, car, malgré notre infériorité en nombre d’hommes, en matériel, devant l’outil merveilleux qu’était l’Armée allemande, il a su assurer, par l’éclatant rétablissement de la Marne, succédant aux cruels et terribles revers du début, la victoire finale.

Pour lui aussi, la Nation s’est montrée bien ingrate, en lui retirant d’abord son commandement fin 1916, et en l’abandonnant ensuite dans l’oubli, après avoir sauvé la Patrie[1] ! Ainsi va l’ingratitude humaine…

009 mort de Joffre Ill n°4583  Le chef des armées françaises à son G.Q.G en 1916, juste avant son éloignement (in L'Illustration n°4583, Coll. pers.)

Peu de semaines après lui est mort également un de ses collaborateurs du début, qui avait eu une brillante destinée au cours de la Guerre, le Général Berthelot, aide-major général chargé des opérations au moment de la Marne et auquel on attribue la paternité du fameux ordre du Jour adressé aux troupes, avant la bataille.

Coïncidence singulière, les trois premiers maréchaux disparus –Fayolle, Foch et Joffre- sont les trois anciens Polytechniciens ; les trois survivants, Pétain, Lyautey et Franchet d’Espérey, sont issus de Saint-Cyr.



[1] Pour un approfondissement sur le rôle (et les erreurs) du Maréchal Joffre, se reporter à l’ouvrage de Rémy Porte, « Joffre », éditeur Perrin, 2014. NDLR

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18 mai 2019

1930

Une nouvelle décennie pour Lucien qui a 49 ans. Sa jambe le fait toujours souffrir, mais il ne se plaint jamais. Il consacre beaucoup de son temps aux associations d'anciens combattants. Denise, sa fille aînée aura 21 ans le 18 août.

1930 01 04 Lucien 3e droite  

Commémoration d'Anciens Combattants le 4 janvier 1930. Lucien est le 3ème à partir de la droite.

1930 avec un ami de guerre   Lucien (à gauche) en compagnie d'un de ses amis de guerre, Paris 1930.

1930 08 31 dimanche Royan Julie Lucien Simone Guy L'été 1930 à Royan, de gauche à droite, debout, Julie, Lucien, et deux amis des enfants, Denise Dunesme et Guy Massé. Assise dans le sable, Simone.

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15 mai 2019

Les Gueules cassées

Yves Émile Picot est un colonel d'infanterie et un homme politique français né à Brest le 17 mars 1862 et mort à La Valette-du-Var le 19 avril 1938. Il est engagé volontaire en 1881 puis entre à Saint-Cyr, promotion des Pavillons Noirs (1882-1884).

Le 15 janvier 1917, Picot à la tête de son régiment, est sorti sous les bombes dans la plaine de Corbery, et ce qui devait arriver arriva. Un sifflement, un éclatement d'obus, et le colonel projeté à terre porte instinctivement ses mains au visage. Il les retire pleines de sang, mais il ne peut les voir, car il est aveuglé. Un liquide chaud coule sur sa face, il est blessé. L'œil gauche est crevé, une partie du front et la base du nez sont arrachées. Le colonel est transporté au Val-de-Grâce où il fait connaissance d’autres grands blessés de la face. Ils fondent alors l'association des Gueules Cassées. Picot en fut le premier président et représenta, en tant que sous-secrétaire d'État à la Défense, l’intérêt de la France pour ce qui est de sa dette envers les États-Unis. Il est bon de savoir que l'association des Gueules Cassées est l'inventeur de l'actuel Loto Français qui était la Loterie Nationale et le fondateur de La Française des jeux, permettant aux brisés de la face d'avoir les moyens financiers de survivre, de payer les soins et les recherches médicales mais surtout de redonner le sourire aux blessés.

Colonel Picot président des Gueules Cassées    Fanion des Gueules Cassées

                         le Colonel Yves Picot (1862-1938)                                                                             le fanion de l'association

Inauguré en 1927 par le colonel Picot, le château de Moussy est la demeure "historique" des "Gueules Cassées". Il est situé à 35 km au nord de Paris. Dans ce domaine, les grands mutilés de la face de la guerre de 14-18 venaient en convalescence entre chacune des multiples interventions chirurgicales qu'ils avaient à subir pour retrouver un visage. Ce fut ensuite le tour des blessés de la Seconde Guerre mondiale, d'Indochine puis d'Algérie.

1927 06 20 Inauguration maison de retraite par Gaston Doumergue Pdt Rép  Domaine des Gueules Cassées Moussy-le-Vieux Seine et Marne

 

Inauguration du domaine de Moussy-le-Vieux en 1927

La colonie de vacances  La ferme

Les enfants des Gueules cassées en colonie de vacances                                                   La ferme de Moussy-le-Vieux

La cour de la ferme   Le château et le parc

 

 La cour de la ferme                                                                              Le château et le parc

Le château vu du parc   Le château

 

Le château vu du parc                                                                                  Le château

Le cheptel   Les communs

 

                                         Le cheptel                                                    Bâtiments abritant les cuisines, les écuries, les garages

Jane Poupelet (1874-1932) est une sculptrice de la fin du XIXe siècle et du début du XXe de la mouvance d’Auguste Rodin et d’Antoine Bourdelle. Elle a mis à partir de 1917 ses talents au service des Gueules Cassées. En effet à partir de cette date elle réalise dans le cadre de la Croix rouge américaine des masques pour dissimuler les mutilations des visages des soldats défigurés.

1919 Jeanne Poupelet    IMAG3941_1

 

              Jane Poupelet dans son atelier, avec une "Gueule cassée"            Sculpture de Jane Poupelet "Baigneuse descendant dans l'eau", bronze                          

 

moulage pour gueules cassées

 

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13 mai 2019

La vie a repris son cours normal

Nous sommes en 1925, Lucien a retrouvé après guerre son ancien employeur, les établissements Dormeuil Frères où il exerce son métier de comptable. Les vacances, comme d'habitude se passent en Charente, à Baignes:

1925 07 Julie Denise Lucien de gauche à droite, Julie, Denise et Lucien Proutaux à Paris en 1925

1925 08 Baignes Simone Marie Broussard Denise Lucien Chiffon une tablée dans le jardin de Baignes: à l'extrême gauche, Simone Proutaux, la benjamine, au centre, debout, tante Marie (Broussard), soeur aînée de Julie, Denise Proutaux, l'aînée; assis, Lucien Proutaux, l'été 1925.

1926 08 Lucien Baignes dans la grande allée du jardin de Baignes, Lucien durant l'été 1926.

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11 mai 2019

Les fêtes de la Victoire en 1919

Bien que Lucien n'ait pas écrit ses impressions sur les premières célébrations de la Victoire, en l'année 1919, nous pouvons bien imaginer qu'il fut présent à toutes les cérémonies. En voici quelques images:

Le Petit Journal Supplément 6 avril 1919 numéro d'avril 1919 consacré à l'héroïque Dunkerque

Les grands Chefs de l'Armée Française Ceux qui auront marqué l'Histoire...

1919 07 13 fêtes de la Victoire Paris le maréchal Foch décore un poilu à l'Hôtel de Ville le 13 juillet 1919, le Maréchal Foch décore un Poilu devant l'Hôtel de Ville.

1919 07 14 fêtes de la Victoire Paris le cénotaphe sous l'arc de triomphe L'Arc de Triomphe illuminé le 14 juillet 1919

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09 mai 2019

Appendice Texte 8

La mort de Clémenceau (novembre-décembre 1929)

Le mécontentement de la Légion Française

Faut-il que dans ce pages de souvenirs se rapportant à la Guerre, celles consacrées à la mort du Grand chef militaire qui avait su nous conduire à la victoire, soient immédiatement suivies d’autres relatant la disparition du Grand Français qui, avec Foch, fut l’illustre artisan de cette victoire ?

Clémenceau est, en effet, décédé dans la nuit du 23 au 24 novembre 1929, après une agonie de plusieurs jours. Grâce à son admirable énergie, et à sa robuste constitution, il avait pu résister, malgré son grand âge, aux assauts de la maladie, qui s’étaient renouvelés à différentes reprises, au cours de ces dernières années ; mais, cette fois, l’assaut a été plus acharné encore que les précédents et il a succombé ! Il avait 88 ans.

La disparition du grand patriote a été cruellement sensible à tous les anciens combattants et si, parmi eux, il en est un grand nombre qui n’ont pas approuvé Clémenceau dans tous les actes de sa vie publique d’avant la Grande Guerre, il n’en est aucun qui n’admire le rôle magnifique qu’il a joué à partir du moment où il a pris le pouvoir, c'est-à-dire en novembre 1917. Presque octogénaire déjà à cette époque, il ne recula pas devant l’effroyable responsabilité qui s’offrait à lui : la Guerre durant depuis plus de trois ans, son issue plus incertaine que jamais, une armée sortant à peine d’une crise de découragement où, travaillée par les plus louches et les plus abjectes menées pacifistes et antifrançaises, elle avait failli sombrer dans la mutinerie et l’indiscipline, la défection honteuse de la Russie, notre alliée de la première heure, etc. ; rien ne l’arrêta dans son œuvre et, par son énergie et son courage, il sut bientôt galvaniser toutes les forces saines de la nation, mettre impitoyablement dans l’impossibilité de nuire, ceux dont les sourdes campagnes et les ignobles manœuvres, frisant la trahison, mettaient le moral du pays en danger, défendre sans faiblir, contre les attaques des politiciens à la recherche de victimes expiatoires, et couvrir les chefs militaires qu’il savait n’avoir manqué ni de science, ni de caractère, et, faisant ainsi, il sauva la Patrie…

008 Clémenceau en Alsace Ill 3912  Appelé à la fonction de Président du Conseil, Clémenceau, presque octogénaire, parcourt inlassablement la France pour raviver la flamme. Le voici en Alsace, sortant de l'église, accompagné du curé et d'un groupe de généraux et d'officiers, nous sommes en février 1918, il occupe ses nouvelles fonctions depuis trois mois (in L'Illustration du 23 février 1918, Coll. pers.)

On lui a reproché d’avoir perdu la paix, après avoir gagné la guerre… Mais, sommes-nous bien sûrs que tout autre eut mieux fait à sa place ? Il y avait trop de belligérants ; nous avions eu besoin de trop de concours pour nous aider à vaincre nos ennemis et, dans ces conditions, la voix de la France pouvait-elle se faire entendre d’une façon tout à fait prépondérante ?

Ce qu’il y a de certain, c’est qu’on a fait preuve, à son égard, de la plus terrible et de la plus atroce des ingratitudes, en lui refusant la seule récompense qui pouvait lui être offerte, la première magistrature de la République[1], et en lui préférant un personnage, qui avait toujours su, durant une assez longue carrière parlementaire, se maintenir à l’écart des responsabilités et devait s’effondrer dans le gâtisme, quelques mois après !

Il se retira alors de la scène publique et cette retraite si digne, au cours de laquelle plus jamais sa grande voix ne se fit entendre, ne put qu’augmenter encore l’admiration et le respect que les anciens combattants professaient pour lui.

Il avait voulu que sa mort ne fût le prétexte à aucune parade, à aucun cérémonial, et il en fut suivant sa volonté[2].

Toutefois, le Gouvernement, en l’absence de funérailles solennelles, désira associer les anciens combattants au deuil de la France et décida qu’une cérémonie à laquelle seraient invités à participer toutes les Fédérations, Unions et Associations d’Anciens Combattants, se déroulerait le dimanche 1er décembre 1929.

Cette manifestation a donc eu lieu à la date prévue. Dès 9 heures du matin, toutes les associations se groupaient autour de leurs drapeaux, dans les avenues avoisinant le Rond-Point des Champs-Elysées. A 10 heures 30, l’immense cortège se mettait en marche et, débouchant dans l’Avenue par rangs de huit, montait vers l’Arc de Triomphe. Tout le long du parcours, une double haie de soldats rendait les honneurs. Quelques instants avant 11 heures, un coup de canon immobilisait le cortège et chaque assistant s’absorbait dans une minute de recueillement.

Un second coup de canon et la colonne reprenait sa montée. Aux abords de la place de l’Etoile, les rangs s’ouvraient de façon à défiler sous l’Arc de Triomphe, de part et d’autre de la dalle du Soldat Inconnu[3]. Les membres du gouvernement se tenaient sur le terre-plein, à l’entrée  et à la sortie de la voute et la dislocation se faisait sur l’Avenue de la Grande Armée, à cent ou deux cents mètres de la Place.

Hommage était ainsi rendu à la Mémoire du Grand disparu, de celui qui avait dit, en parlant des soldats de la France : « Ils ont des droits sur nous ! » Mais cet hommage, est-il certain qu’il eut été accepté par lui s’il lui avait été possible de manifester sa volonté ?

Il est peut-être permis d’en douter et, comment ne pas de demander si les camarades de la Légion Française[4], qui ont fait distribuer au cours de la manifestation, le tract dont ci-dessous copié, n’ont pas raison…

La Légion Française ne défile pas aujourd’hui

La Légion Française ne défilera jamais plus

La Légion Française est une formation

d’attaque, non de parade.

On a empêché la Légion Française de suivre Foch.

La Légion Française a défilé « contre la ratification des dettes », derrière les Croix de Bois, symbole de tous nos morts… défilé inutile. Le sang des combattants, morts et vivants, n’a pas d’équivalent en dollars, n’a pas cours en Bourse !

Le Tigre[5] seul sut invoquer ce prix du sang. Il écrivit aux U.S.A. : « La France n’est pas à vendre, même à ses amis… Nous ne l’accepterons jamais… » Malgré lui, malgré nous, on a cependant accepté que la France soit vendue… Honte à vous, Combattants ! Celui des nôtres, qui vient de mourir, nous l’avons lâchement renié. Il est resté seul, irréductible, jusqu’à sa dernière heure, sur le front, à l’avant. Toutes les associations d’Anciens Combattants ont été dupées, puis vaincues par l’arrière.

Combattants ! Croyez-vous honorer par cette promenade inutile et semblable à tant d’autres, sur commande cette fois-ci, ce grand mort ? Allez-vous l’affliger d’un tel aveu de votre impuissance ? Il a voulu dérober son corps à toute mascarade officielle. Combattants, vous ne valez pas mieux que tous ceux qu’il a voulu fuir.

Simple salut du fond de nos cœurs pour cet homme que nous avons aimé et qui nous aima et sut souffrir avec nous. Il a écrit : « Si les Combattants voulaient. » Le jour où : « ils auront voulu », un seul d’entre nous ira chuchoter au-dessus de ce bout de tranchée où il attend : « Victoire encore… France encore… » Il se rendormira tranquille, nous lui devons ce repos qu’il redoutait ne pas avoir, au spectacle que nous lui offrîmes…

Combattants, il y a parmi vous tout le potentiel de force inutilisée dont la France a besoin. Accepteriez-vous longtemps de courber la tête ? Y a-t-il donc une seule voie, qui, partant de l’arrière-bistrot, puisse permettre d’atteindre au pouvoir ? Ne peut-on pas servir son pays autrement, quand il faut ? Accepterez-vous donc toujours de ne pas faire « ce qu’ils appellent faire de la politique » ?

Combattants, La Légion Française n’acceptera que ceux qui viendront sous le signe du « Tigre » et notre devise reste :

Que sommes-nous : Rien

Que devons-nous être : Tout

008 tombe de Clemenceau Mouchamps Vendée La stèle toute simple sur la tombe de G. Clémenceau à Mouchamps (Vendée) (in https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=7500924, François Sicard — Travail personnel, CC BY-SA 3.0)



[1] Clémenceau, Président du Conseil à partir de 1917, bien que très populaire dans l'opinion publique, refuse de se présenter à l'élection présidentielle de janvier 1920 après avoir été mis en minorité lors du vote préparatoire du groupe républicain à l'Assemblée nationale. Il quitte alors la tête du gouvernement et se retire de la vie politique. C’est Paul Deschanel qui devient président de la République en 1920, mais il doit démissionner quelques mois après pour raisons de santé mentale. L'année suivante, il est élu sénateur et le reste jusqu'à sa mort. NDLR d’après Wikipedia

[2] Testament de Clemenceau rédigé huit mois avant sa mort, le 28 mai 1929 :

" Ceci est mon testament. Je veux être enterré au Colombier à côté de mon père. Mon corps sera conduit de la maison mortuaire au lieu d’inhumation sans aucun cortège. Aucune ablation ne sera pratiquée. Ni manifestation, ni invitation, ni cérémonie. Autour de ma fosse, rien qu’une grille de fer, sans nom, comme pour mon père. Dans mon cercueil, je veux qu’on place ma canne à pomme de fer qui est de ma jeunesse, et le petit coffret recouvert de peau de chèvre qui se trouve au coin de l’étage supérieur de mon armoire à glace. On y laissera le petit livre qui y fut déposé par la main de ma chère maman. Enfin, on y joindra deux bouquets de fleurs desséchées qui sont sur la cheminée de ma chambre qui donne accès dans le jardin. On mettra le petit bouquet dans l’obus qui contient le grand, et le tout sera déposé à côté de moi. " NDLR

[3] De quand date la tombe du Soldat Inconnu ? - Le 11 novembre 1920, après une cérémonie émouvante au Panthéon, ce cercueil est déposé dans l'une des salles de l'Arc de Triomphe aménagée en chapelle ardente. Le 28 janvier 1921, Le « Soldat inconnu » est inhumé dans un caveau sous l'arche principale face aux Champs-Élysées. NDLR

[4] Je n’ai trouvé aucune entrée pour Légion Française, ni trace de ce tract. Par Légion Française, il faut donc entendre par là, Légion Etrangère Française datant de 1831, mais on ne saurait dire si ce tract émanait de tout ou partie des éléments de la Légion. Il ne faut pas confondre avec la Légion Française des Combattants, organisation créée en 1940, mise en place par le régime de Vichy et issue de la fusion de l'ensemble des associations d'anciens combattants. NDLR

[5] Surnom donné à Clémenceau. Il fut aussi baptisé « Père la Victoire ». NDLR

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