Souvenirs de Campagne - Grande Guerre 14-18

20 novembre 2017

20 Novembre 1917

20 Novembre 1917

Contrairement à ce qu’on m’avait laissé entendre, mon apprentissage vient de se trouver terminé d’une façon prématurée et beaucoup plus tôt que je ne l’espérais.

Cette nuit, vers minuit ou une heure du matin, un planton armé d’un falot est venu me réveiller dans mon pigeonnier, avec un ordre écrit du Capitaine Clerc m’enjoignant d’avoir à remplacer immédiatement, et au pied levé, l’officier de service à l’embarquement des détachements dans les trains de ravitaillement.

J’ai donc obtempéré dans le délai le plus rapide et me suis rendu à l’endroit indiqué. Là, j’ai appris que celui que je venais relever, devait, quelques heures plus tard, rejoindre une gare de ravitaillement nouvellement ouverte. Ils étaient un certain nombre dans ce cas et ces mutations inattendues étaient motivées par une offensive brusquement déclenchée par les Anglais en direction de Cambrai. Cette opération, préparée en grand secret, semble vouloir réussir et un certain nombre de villages français sont déjà délivrés, paraît-il.

11 20 La bataille de Cambrai 

L'offensive décrite par Lucien Proutaux fait partie de la première bataille de Cambrai (1917).

En attendant, me voilà livré à moi-même dans un service que je ne connais guère. Installé dans une espèce de petite baraque au-milieu des voies, à 500 mètres au moins de la Gare, je me morfonds pendant que, de demi-heure en demi-heure, partent mes trains de ravitaillement dans lesquels j’embarque, au petit bonheur, les isolés et les détachements qu’un planton m’amène. Muni de ma lampe électrique de poche, je vérifie également la composition des rames et m’assure qu’elle correspond bien à celle indiquée sur le tableau que j’ai entre les mains.

Ce métier dure jusqu’à 4 heures ½ du matin. A ce moment, je retourne à ma chambre pour continuer ma nuit si malencontreusement interrompue, mais pas pour bien longtemps car, à 8 heures ½, je suis de retour. Cette fois, mon rôle consiste à attendre le passage de trains remontant vers le Nord et transportant des divisions de cavalerie destinées à exploiter, si nous avons la chance que cela nous soit permis, les succès des Anglais et à assurer la poursuite des Boches pendant leur retraite.

Chaque fois qu’un train paraît et s’arrête, je m’enquiers de l’officier le plus élevé en grade qui commande ce train pour lui demander son ordre de transport afin d’y inscrire le nom de la prochaine station qui, en l’occurrence, est Longueau (mais, voyez comme c’est astucieux, dans le service des chemins de fer : afin de dépister les ennemis dans le cas, où ce document tomberait entre leurs mains, on m’a bien recommandé de déformer l’orthographe du nom de Longueau que j’écris Longo ! Après cela, si les Boches ne sont pas trompés sur la destination du train, c’est qu’ils sont bien malins…)

Plusieurs officiers de ces régiments de cavalerie m’ont dit qu’ils étaient en route pour l’Italie lorsqu’on leur a fait rebrousser chemin pour les diriger vers le Nord. Ils ne m’ont pas caché leur déception en apprenant ce fâcheux contretemps et je conçois très bien leur désillusion car, à cette époque de l’année, il aurait, en effet, été bien préférable de fuir vers le ciel de l’Italie plutôt que de s’enfoncer dans les brumes de l’Artois ou des Flandres !

Chose curieuse, pendant que nos cavaliers remontent vers ces peu hospitalières contrées, un courant de transport (on appelle courant de transport l’ensemble des trains successivement mis en marche pour transporter une grande unité – Division en général) descend en sens inverse emmenant des troupes anglaises d’infanterie qui, plus heureuses, elles, vont en Italie. Les trains anglais, avec une régularité de chronomètre, font leur entrée toutes les trente minutes en moyenne, mais, en ce qui  les concerne, mon rôle consiste uniquement à les regarder passer.

Afin de dérouter les curiosités indiscrètes, les inscriptions indiquent les numéros de Régiment, Brigade, Division, etc. figurant sur les voitures des troupes transportées, cuisines roulantes, affuts de mitrailleuses, voitures médicales, fourgons à vivres, etc. sont soigneusement dissimulées.

11 20 cuisine roulante

Ce genre de cuisine roulante devait être acheminée par rail jusque qu’au front

(http://pages14-18.mesdiscussions.net/pages1418/QUESTIONS-SUGGESTIONS/roulante-3d-sujet_521_1.htm)

11 20 Affut en position haute

Affut de mitrailleuse : http://www.mitrailleuse.fr/Allemandes/Mg08/MG08.htm

L'affût doit être robuste, stable et permettre une mise en position très rapide. Son transport dit être particulièrement facile. Les pieds avant de l'affût sont réglables et permettent de le placer dans différentes positions.

Si j’ai bonne mémoire, on m’a appris, lorsque j’usais mes fonds de culotte (rouge) sur les bancs de l’Ecole d’Instruction, qu’en principe, il fallait un train complet pour enlever :

-       1 Bataillon d’Infanterie ou

-       1 Escadron de cavalerie ou

-       1 Batterie d’Artillerie.

Malgré les modifications importantes apportées à la composition de ces différentes unités depuis le début de la Guerre, je pense qu’il doit toujours en être à peu près ainsi :

en voyant défiler tous ces trains remplis de soldats se dirigeant vers la bataille prochaine, je ne peux m’empêcher de faire un retour en arrière et de me remémorer le moment –il y a déjà plus de 3 ans de cela, hélas !- où, moi aussi je remontais vers le Nord avec ma pauvre 18e[1] dont j’étais si fier, pour être jeté au devant des Boches et, en retardant le plus possible leur marche, les empêcher de gagner Calais et Dunkerque, et de tourner la gauche des Armées de France. C’était notre destinée qui nous appelait et il était écrit que, de l’immense circuit que nous avions effectué en chemin de fer, je devais revenir à jamais invalide, après avoir perdu mes camarades les plus chers…



[1] Lucien Proutaux fut commandant de la 18e Compagnie du 226e Régiment d’Infanterie au début de la guerre, jusqu’à sa blessure d’octobre 1914.

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19 novembre 2017

19 Novembre 1917

19 Novembre 1917

Depuis deux jours, je fais l’apprentissage de mon nouveau métier et cet apprentissage consiste à accompagner l’officier de service pour me familiariser avec tous les détails des fonctions que je suis appelé à remplir seul incessamment ; ces dernières ne me semblent pas, d’ailleurs, d’un intérêt particulièrement palpitant et consistent principalement, d’après ce que j’ai pu voir jusqu’ici, à faire un peu le gendarme dans la gare et à renseigner le mieux possible, les militaires isolés, permissionnaires, etc. et les détachements passant par la Régulatrice[1]. Je ne serai livré à mes propres moyens que dans quelques jours, m’a-t-on assuré.

11 19 transports de troupes officiers et soldats montant dans leurs wagons respectifs 

transport de troupes,officiers et soldats montant dans leurs wagons respectifs (coll. pers. L'Illustration n°3792)

Avec les notions que je possédais déjà sur une gare régulatrice, et ce que j’ai appris depuis mon arrivée, je puis me faire une idée, maintenant, du rôle de cet important organisme du service des chemins de fer et du ravitaillement.

En principe, chaque armée est desservie par au moins une gare régulatrice qui dispose d’une grande ligne de communication – Creil en particulier, ravitaille la IIIème Armée, dont le chef est le Général Humbert[2] et dont le Q.G se trouve à Noyon, et exploite un important tronçon de la grande ligne de Paris à Calais[3].

11 19 Général Georges-Louis Humbert  11 19 Général Humbert portrait

portraits du Général Georges-Louis Humbert (1862-1921)

A la tête de la Régulatrice  se trouve placé un officier supérieur, en général de l’active, breveté d’Etat-Major ; un agent supérieur des Chemins de fer, technicien, lui est adjoint et il est secondé par une commission régulatrice[4] comprenant un nombre variable d’officiers.

La régulatrice ravitaille en vivres et munitions toutes les divisions de l’Armée qu’elle dessert et, dans sa composition, on retrouve, en petit, tous les éléments d’une Armée.

Elle a, en effet, une sous-intendance, un médecin régulateur et un H.O.E (Hôpital d’Evacuation), une R.P.S. (Réserve de Personnel Sanitaire d’Armée), une R.M.S. ( Réserve de Matériel Sanitaire), une réserve de matériel d’Artillerie, du Génie, d’Aviation, etc.et tous ces services et réserves, placés sous les ordres du Commissaire Régulateur, sont destinés à répondre aux besoins immédiats de l’Armée (Elle possède également une maréchaussée et le chef de cette maréchaussée est un capitaine de gendarmerie appelé Demange. Le Capitaine Demange est très gentil et nous faisons souvent d’assez longues causettes ensemble. A la mobilisation, il était à Quimper et il connait très bien mon vieux camarade, le Commandant Maunoury).

Devant acheminer les détachements et les isolés sur les unités auxquelles ils sont destinés, elle est en possession de l’ordre général de bataille ; elle comprend, en outre, un bureau frontière pour le service de la poste aux Armées et une commission de contrôle postal (le rôle de cette dernière consiste à s’assurer que les correspondances émanant de l’avant ne contiennent pas d’indiscrétions susceptibles de pouvoir nuire aux opérations et, également, à se rendre compte, par le même procédé de sondages et d’investigations, du moral des troupes).

La régulatrice[5] met tous les jours en marche un certain nombre de trains de ravitaillement désignés par les initiales R.Q. (Ravitaillement Quotidien). A Creil, en particulier, ces trains se forment dans une gare distante de quelques kilomètres et créée spécialement à cet effet, au Petit-Thérain (du nom d’un affluent de l’Oise). Les trains, une fois formés à cet endroit, sont acheminés sur Creil ; ils comprennent toujours un nombre plus ou moins grand de voitures de voyageurs dans lesquelles on embarque, à Creil, les petits détachements de renfort se dirigeant vers le front, et sont au nombre d’une dizaine dont les départs, en direction des gares de ravitaillement, s’échelonnent entre 6 heures du soir du soir et 4 heures du matin.

En outre, passent en gare, dans les 24 heures, quatre trains, deux dans chaque sens, dénommés trains de rocade parce qu’ils longent parallèlement le front dans toute sa longueur. Ils partent, l’un d’Is-sur-Tille, l’autre de Gray, tous deux à destination de Dunkerque ; deux autres convois font le même parcours dans le sens inverse. Ils sont mis en marche aux frais de l’état et desservent toutes les gares régulatrices ; leur usage est uniquement réservé aux transports militaires, personnel et matériel[6].

Comme ils ont de longs arrêts dans les régulatrices (l’un d’eux, le train ID-Is-sur-Tille-Dunkerque, reste plus de deux heures en gare de Creil, de 7h53 à 9h55), on doit penser que le temps qui leur est nécessaire pour effectuer leur trajet total est assez long : 34 à 35 heures en moyenne !

En dehors de tous ces trains, de ravitaillement, de rocade, commerciaux -c'est-à-dire de l’horaire régulier du réseau- circulent encore les trains de permissionnaires, strictement employés au transport de cette catégorie de militaires ; venant du front, ils se dirigent sur Survilliers et, à destination du front, ils viennent d’Orry-la-Ville. Ces deux stations sont les deux grandes gares de triage de permissionnaires du réseau du Nord.

Pour clore cette nomenclature, il me faut encore citer les trains sanitaires, permanents et semi-permanents transportant blessés et malades et circulant périodiquement. Ils me font l’effet d’être autrement confortables et mieux aménagés que celui qui m’a déposé ici en Octobre 1914.

La régulatrice dépend, d’une part, de la D.A. (Direction de l’Arrière) du G.Q.G. en ce qui concerne toutes les questions de ravitaillement et, d’autre part, pour la question transports, de la Commission de Réseau du Nord. Un mot d’explication au sujet de ce dernier organisme : auprès de chaque grand réseau de chemin de fer, est placé, dès le temps de paix, un officier supérieur d’Etat-Major, qui prend le nom de Commissaire Militaire du Réseau, et ayant comme adjoint technique l’ingénieur en chef, directeur du Réseau. Il dispose, en outre, d’une commission de réseau composée d’un nombre variable d’officiers.

Le Commissaire Militaire du réseau du Nord est le Colonel Dumont[7].

Deux visions bien différentes de la fonction et du prestige militaire - le général de brigade Dumont versus l'aviateur Nungesser, en 1924. duquel de ces deux personnages se souvient-on de nos jours?

11 19 Dumont versus Nungesser

Extrait de L’Oiseau Blanc – l’enquête vérité, Nungesser et Coli, premiers vainqueurs de l’Atlantique,  par Bernard Decré & Vincent Montgaillard, éd. Arthaud

 

Il emploie, pour circuler sur son réseau, une de ces voitures comprenant machine et wagon d’un seul tenant qui font, ou faisaient, la navette entre la station de la petite ceinture[8] « Ornano » et la Gare du Nord. Des loustics ont donné le surnom de « Poupoule » à ce véhicule aussi peu gracieux qu’inesthétique.

11 19 automotrice_a_vapeur_nord_vv4_1024px_72dpi

Des loustics ont donné le surnom de « Poupoule » à ce véhicule aussi peu gracieux qu’inesthétique. Automotrice dite cage à poule : train composé d'une loco type 011 encadrée par deux voitures dont l'une était occupée, jusqu'à mi-hauteur par un coffre à bagages, fermé par des portes grillagées, d'où ce surnom.

https://www.petiteceinture.org/Le-materiel-roulant-du-service-metropolitain-de-la-Petite-Ceinture.html



[1] Explication de Jean-Claude Poncet : Gare régulatrice,  organe de grande importance dont le rôle principal est d'assurer tous les transports à destination ou en provenance de l'armée. C'est une gare terminus pour les expéditions venant de l'intérieur ; c'est une gare de formation et d'expédition pour les ravitaillements vers l'avant ou les évacuations sur l'intérieur. Toutes les commandes viennent y converger et deux organes importants y ont leur siège, l'un pour coordonner les demandes, l'autre pour en assurer le transport. Ce sont : la commission régulatrice et le commandement d'étapes de la Gare Régulatrice.

http://pages14-18.mesdiscussions.net/pages1418/forum-pages-histoire/commissaire-militaire-gare-sujet_1017_1.htm (NDLR)

[2] Georges-Louis Humbert (né le 8 avril 1862 à Gazeran, décédé le 9 novembre 1921 à Strasbourg des suites d'une maladie), est un militaire français de la Première Guerre mondiale. Chef de la IIIème Armée du 22 juillet 1915 au 7 avril 1919. (NDLR)

[3] A l’heure actuelle, les Régulatrices qui s’échelonnent le long, et en arrière du front, sont les suivantes :

-Boulogne sur mer et Abbeville – Régulatrices anglaises.

- Creil – Le Bourget – Noisy-le Sec – Connantre –Saint Dizier- Is-sur-Tille et Gray.

Pour mémoire, on peut citer également les gares de triage de permissionnaires qui ont un rôle tout à fait particulier et qui sont, pour le Réseau du Nord : Survilliers (Permissionnaires en provenance du front) et Orry-la-Ville (Permissionnaires à destination du front) Note de l’auteur.

[4] Explication de Jean-Claude Poncet : La Commission régulatrice est uniquement un organe de chemin de fer. Elle est composée comme une sous-commission de réseau (1 officier supérieur, commissaire militaire ; 1 agent technique de l'exploitation ; 1 officier d'état-major ). Elle est chargée de régler tous les transports demandés à la gare régulatrice. Son action s'étend exclusivement sur les voies ferrées dont l'usage a été réservé à l'armée desservie par la gare régulatrice et qui ont été fixées, aussitôt après la concentration, par le directeur de l'arrière. C'est ce que l'on nomme la zone d'action de la commission régulatrice. http://pages14-18.mesdiscussions.net/pages1418/forum-pages-histoire/commissaire-militaire-gare-sujet_1017_1.htm (NDLR).

[5] Ainsi qu’il a été dit plus haut, la régulatrice de Creil ravitaille la 3ème Armée.

A l’heure actuelle, les Armées françaises s’échelonnant sur notre front, sont au nombre de dix et se décomposent comme suit :

-           1ère Armée – Général Anthoine (remplacé courant Janvier 1918 par le Général Debeney qui quittait les fonctions de major-général du G.Q.G., pour les passer au Général Anthoine).

-           2ème Armée – Général Guillaumat.

-           3ème Armée – Général Humbert.

-           4ème Armée – Général Gouraud.

-           5ème Armée – Général Micheler.

-           6ème Armée – Général Duchêne.

-           7ème Armée – Général Baucheron de Boissoudy.

-           8ème Armée – Général Gérard.

-           9ème Armée – Général de Mitry.

-           10ème Armée – Général Maistre (remplacé quelques mois plus tard, par le Général Mangin)

Ces Armées sont groupées au :

-           G.A.N. (Groupe des Armées du Nord), Général Franchet d’Espérey.

-           G.A.C. (Groupe des Armées du Centre), Général Fayolle.

-           G.A.E. (Groupe des Armées de l’Est), Général de Castelnau. (Note de l’auteur)

[6] On dirait que ces trains sont, à dessein, formés avec le matériel de rebut de tous les réseaux. Les voitures sont du modèle le plus suranné et n’offrent pas la moindre homogénéité. La plupart des portières et des vitres n’existent plus et sont remplacées par des planches. Quelques wagons portent encore les marques toutes fraiches des bombardements par avion qu’elles ont eu à subir ces derniers temps dans le Nord. Lorsque ces rames s’arrêtent ou se mettent en marche, c’est le plus extraordinaire et le plus effarant bruit de ferraille que l’on puisse entendre. (Note de l’auteur)

[7] Juillet 1927 – Le Colonel Dumont –un cavalier, breveté naturellement- promu Général de Brigade peu de temps après la guerre, est attaché militaire à Washington depuis plusieurs années. C’est, sans doute, sa connaissance très approfondie de la langue anglaise qui lui a valu ce poste. Il vient de passer en cadre de réserve en Août 1918. (Note de l’auteur)

Autres témoignages sur le Général Georges Armand Louis Dumont, né le 31 juillet 1868, décédé le 31 mai 1951, Général de .Brigade (cavalerie), 74e promotion de l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr (1889-1891), promotion du Dahomey, Commandeur de la Légion d’Honneur. Retraite en 1928, rappelé en 1940 dans le cadre de missions spéciales pour le Ministère des Armées.

Source http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k295205f/texteBrut - Le Figaro, juillet 1927 : Le général Dumont, attaché militaire à l'ambassade de France à Washington, et Mme Dumont, ont donné une réception restreinte en leur résidence de Neuilly.

Source http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5409540.texte.langFR Le Gaulois, juillet 1927: Le général Dumont, attaché militaire à l'ambassade de France à Washington, et Mme Dumont, avaient convié à déjeuner, avant-hier, en leur résidence de Neuilly: la vicomtesse de Salignac-Fénelon, l'attaché militaire adjoint et Mrs Barton K. Yount, le major et Mrs R. Burleson, miss Micheline Resco, M. M. Guillelmon, M. M. Moreau, miss Maud Dumont, M. R. Dumont, etc. (NDLR)

[8] Le projet de Petite Ceinture naît durant la deuxième moitié du XIXème  siècle alors que le réseau de chemin de fer est en plein développement. Trois raisons principales sont avancées pour expliquer la création de la Petite Ceinture : la première est d’ordre technique et commercial : tous les transports de marchandises passant par Paris subissent des ruptures de charges. La seconde tient davantage aux raisons militaires stratégiques de défense de Paris. Enfin, la dernière raison, plus conjoncturelle, fait partie du programme de redressement économique de la France. Le chantier de la Petite Ceinture est inscrit sur la liste de travaux nationaux lancés pour endiguer le chômage. http://www.paris.fr/services-et-infos-pratiques/urbanisme-et-architecture/projets-urbains-et-architecturaux/la-petite-ceinture-2537 (NDLR)

17 novembre 2017

17 Novembre 1917

17 Novembre 1917

Je n’ai pas trop bien dormi, cette nuit, dans mon grenier ; sans doute, le changement d’habitude y est-il pour quelque chose ; l’accoutumance ne tardera pas à venir, j’espère.

Ainsi que m’y avait engagé le régulateur, je me suis rendu à son bureau ce matin à 11 heures et il m’a alors appris qu’il m’affectait provisoirement à la commission de Gare où je me suis aussitôt présenté pour me mettre à la disposition du Commissaire Militaire[1] qui n’est pas, comme je le croyais, le chef d’Escadron d’hier, mais un vieux et brave capitaine, le Capitaine Clerc. Celui-ci m’a dit que je ne continuerai à me mettre au courant du service qu’à partir de demain matin et m’a indiqué le chemin de la popote ; celle-ci est installée dans le même immeuble que le bureau de la Place.

J’ai donc pris mon premier repas en compagnie de mes nouveaux camarades et, je ne sais si c’est là l’ordinaire habituel de cette popote, mais on nous a servi des faisans rôtis ; je n’en revenais pas ! J’ai du reste appris, par la suite, que ces délicieuses volailles étaient le produit de la chasse d’un des officiers présents, retour de permission, qui avait eu la gentillesse d’en faire profiter les camarades.

N’ayant rien à faire aujourd’hui, j’ai employé mon temps à revoir les lieux qui ont marqué pour moi une étape si douloureuse il y a trois ans.[2]

J’ai retrouvé mon hôpital et le pavillon de la fenêtre duquel j’avais aperçu ma femme et ma mère à l’instant même de leur arrivée…

Je me suis ensuite acheminé vers la très vieille et bizarre église dans laquelle ma femme a tant prié pour moi et ce n’est pas sans avoir le cœur étreint par une vive émotion que j’ai accompli ces pieux pèlerinages du souvenir !

11 17 Creil église St-Médard 

Pour identifier "la très vieille et bizarre église", j'ai trouvé une carte postale adressée par Armand Massias à sa femme et ses enfants pendant la guerre de 1914-18 : Creil (Oise) Eglise de construction bizarre des XIIe et XIIIe siècles – Clocher du XVIe siècle. Ci-dessus, une vue de l'église St Médard à notre époque.

A la première occasion, je me propose aussi de pousser jusqu’au cimetière pour essayer de reconnaître les tombes de mes deux pauvres compagnons de douleur[3] décédés à côté de moi les deux premières nuits de mon séjour ici.

Creil porte encore les marques du passage des barbares. Une rue entière est complètement détruite, dans laquelle aucune maison n’a été réédifiée, et ça et là, dans la ville, on rencontre des immeubles en ruines ; on voit, toutefois, que ces ruines sont déjà anciennes de plusieurs années car l’herbe et les ronces ont poussé entre les décombres, et les plâtras et les éboulis ont revêtu une teinte gris sale qui indique que ces destructions ne sont pas récentes.

11 17 Creil rue Gambetta

La rue Gambetta à Creil semble être la "rue entière complètement détruite, dans laquelle aucune maison n’a été réédifiée".



[1] Explication fournie par Jean-Claude Poncet : sous l'appellation commissaire militaire de gare, il faut entendre un service commandé par un officier qui porte le titre de commissaire, c'est à dire qu'il a autorité sur tout à l'intérieur de la gare et même dans la ville siège de la gare. Il a notamment la fonction de viser les permissions des hommes en transit, la surveillance des trains (horaires, discipline), la discipline en gare et en ville car le commissaire en tant que personne est le plus souvent le plus gradé de la ville. Il a même la mission d'effectuer des enquêtes de police judiciaire sur ordre du préfet, suite, par exemple, à des plaintes, des dénonciations, etc.

Par exemple, ce commissaire a pouvoir disciplinaire et peut sanctionner un soldat qui quitterait le train militaire afin de prendre un train civil. Normalement dans la gare ou à proximité, on trouve un local disciplinaire , essentiellement pour les hommes pris de boisson.

Le commissaire aide, mais aussi « surveille » l’ambulance de gare, gérée par l’une des sociétés civiles de secours aux blessés militaires.

http://pages14-18.mesdiscussions.net/pages1418/forum-pages-histoire/commissaire-militaire-gare-sujet_1017_1.htm (NDLR)

[2] Lucien Proutaux arrive, blessé, à Creil le 8 octobre 1914 ; il va y rester jusqu’au 23 octobre. (NDLR)

[3] Il s’agit du capitaine Delacour et du sous-lieutenant Valési, décrits dans la journée du 22 octobre 1914. (NDLR)

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16 novembre 2017

16 Novembre 1917

16 Novembre 1917

Creil !... Creil !... Sous l’immense verrière qui couvre entièrement la gare et au milieu des sifflets assourdissants des locomotives, et du fracas des wagons passant sur les plaques tournantes, je débarque vers 3 heures de « relevée », après un voyage de près de deux heures. Le trajet a été assez long parce que mon train, au lieu d’être direct, a fait un crochet par Pontoise.

11 16 verrière Gare Creil

"Creil !... Creil !... Sous l’immense verrière qui couvre entièrement la gare ..."  

Gare de Creil  Chalbrette — Carte postale ancienne, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=17910160

Mon premier devoir est de me rendre à la Commission de Gare et d’exhiber mon ordre de service à l’officier de service, un chef d’Escadrons de Chasseurs d’Afrique, qui me fait aussitôt conduire au bureau du commissaire régulateur, par un planton.

Le bureau est installé dans une baraque en bois édifiée dans un terrain dépendant de la gare.

Le commissaire régulateur, dont le nom est inscrit sur la porte – Commandant  Van Heems[1] - est un fantassin ; il me reçoit d’une façon assez sympathique, m’interroge sur mes aptitudes spéciales, ma blessure, ce que j’ai fait depuis le début de la guerre. Il me demande le grade que je possédais à la mobilisation et, sur ma réponse qu’il était le même que maintenant, il me dit : « La guerre ne vous a pas rapporté grand-chose, je vois ; ah si ! votre jambe… »

Il téléphone à différents endroits à mon sujet, entr’autres au G.Q.G. je crois bien, et, finalement, m’engage à aller au bureau de la Place, pour obtenir un logement, et à revenir le voir demain matin à 11 heures.

Je me rends donc à la Place et là, on me donne un billet de logement pour une maison de la rue Jean Jaurès.

Pas très fameux, mon logement. C’est une espèce d’hôtel de 36e ordre ; la bâtisse est en carreaux de plâtre et l’escalier,  roide comme la justice, donne directement sur une sorte de passage qui me fait l’effet d’être assez pouilleux. Ma foi, tant pis, à la guerre comme à la guerre ! L’essentiel est que le lit  me paraît assez bon et propre.

J’installe donc ma cantine dans ma chambre et, ceci fait, je songe au diner et dirige mes pas vers l’hôtel du Chemin de fer, celui-là même où ma mère et ma femme étaient descendues il y a trois ans, quand elles étaient venues me rejoindre, lors de ma blessure.

Enfin, après un diner très confortable, je rentre me coucher en remettant à demain les affaires sérieuses.



[1] Le 21 septembre 1932, le colonel breveté Van Heems, du 81e R.I. est nommé au commandement par intérim du 2e groupe de subdivisions de la 16e Région à Carcassonne. Note de l’auteur

Roger Albert Van HEEMS, né le 02/05/1875 à Paris. Général de brigade, ancien élève de l'Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr, promotion «de Tananarive» (1895-1897), Colonel commandant le 81e Régiment d'Infanterie à Montpellier (1931), Officier de la Légion d'honneur le 25 décembre 1929 (NDLR)

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10 novembre 2017

10 Novembre 1917

10 Novembre 1917

Les événements se précipitent et les coups de théâtre se succèdent !

Il y a deux jours, alors que je me reposais tranquillement chez moi en attendant le moment de réintégrer le secteur, un planton apporte un pli urgent à mon adresse.

Ce pli contenait l’ordre dont ci-dessous copie :

11 10 ordre de mission

On juge de ma surprise, et de ma joie ! Ainsi, cet excellent Colonel Biesse ne m’avait pas oublié et cet ordre qui arrivait, on peut le dire, tout à fait à propos, était le résultat de son obligeante intervention. J’allais donc enfin pouvoir, et cela sans le moindre regret, quitter ce déplorable secteur pour repartir aux Armées où j’espérais bien pouvoir employer plus utilement l’activité que je me sens encore capable de déployer.

Le déroulement de la carrière de Camille Besse en photos

 

source: Coll. privée de Renaud Seynave, auteur du blog souvenirs de guerre de Paul Boucher ( http://www.14-18hebdo.fr/articles/temoignages-paul-boucher-1)

11 10 1901 Lieutenant Camille Biesse Lieutenant 1901  1905 Capitaine Camille Biesse Capitaine 1905 1917 Colonel Camille Biesse Colonel 1917

11 10 1918 Général Camille Biesse Général 1918 1922 Général Biesse avis de décès à 50 ans en 1922

Dès le lendemain, je me suis rendu au Secteur pour faire part de cet événement au Commandant, car, par une cause inexplicable pour moi, cet ordre m’est parvenu directement sans suivre la voie hiérarchique et passer par lui après avoir été transmis par le Général commandant le Département de la Seine.

Je n’ai pas trouvé mon chef, mais ayant appris l’endroit où il devait se trouver, j’ai pu le saisir au téléphone. Il a eu l’air un peu ahuri de ce qui m’arrivait, me demandant si ce brusque départ était motivé par les ennuis que j’avais éprouvés ces temps derniers. Je lui affirmai qu’il n’en était rien, ce qui est vrai, et que ma nouvelle affectation était la suite d’une demande remontant à bien des mois, et c’est ainsi que j’ai pris congé de lui.

Je me suis également rendu à l’Etat-Major du Département de la Seine pour faire mes adieux au Commandant Dumolin qui a toujours été très bien pour moi. Il m’a reçu d’une façon très sympathique, manifestant son regret de me voir partir ; je lui ai alors un peu entrouvert mon cœur et laissé entrevoir les raisons qui faisaient que je quittais le secteur sans la moindre peine. Il n’a trop rien dit, mais j’ai très bien senti qu’il était au courant de bien des choses et ne me désapprouvait pas, loin de là !

En attendant, je pars demain pour Creil, Creil, ce pays dans lequel il y a 3 ans j’ai tant souffert moralement et physiquement.

Ma solde vient de m’être payée, je suis muni de mon ordre de transport et de toutes les pièces que je dois emporter ; le trésorier qui, certainement me voit partir sans le moindre déplaisir, s’est arrangé de façon à être absent à l’heure où je devais venir ; je n’en ai point du tout été fâché et me suis très facilement contenté de n’avoir affaire  qu’à son sergent secrétaire.

Adieu, Secteur, au plaisir  de ne pas te revoir !

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05 novembre 2017

5 Novembre 1917

5 Novembre 1917

Les choses ne vont pas aussi bien qu’elles semblaient en avoir pris la tournure… Ce trésorier, que je voudrais voir au diable, ne me met au courant de son service, qu’avec la plus entière mauvaise volonté et toutes les réticences possibles et imaginables qu’un Monsieur que la bonne foi et la franchise n’étouffent pas. Il semble ne pas se rendre compte qu’il va partir et veut continuer à régenter et organiser le centre du secteur comme si je n’existais pas et ainsi que le Commandant lui en aurait donné mission, à ce qu’il prétend. Nous avons déjà eu deux ou trois altercations à ce sujet et la dernière était motivée par ce fait qu’il émettait la prétention d’expédier aux quatre coins du secteur, les quelques derniers secrétaires de mon ancien bureau de l’habillement. Je lui ai fait remarquer, en termes assez vifs, je n’en disconviens pas, que, devant rester, j’entendais conserver les collaborateurs de mon choix et que lui-même n’avait rien à voir à l’affaire puisque son départ n’était plus qu’une question de jours… Il m’a alors répondu qu’il ferait comme cela lui plairait et que, d’abord, « il n’était pas encore parti ! »

il a un fétiche Il m'a alors répondu qu'il ferait comme cela lui plairait et que, d'abord, "il n'était pas encore parti!" Caricature de Marcel Arnac, de son vrai nom Marcel Fernand Louis Bodereau, né le 10 octobre 1886 à Paris 11e et mort le 25 août 1931 à Nanterre, écrivain, illustrateur et humoriste, un des précurseurs de la bande dessinée sous la forme de roman graphique. 

Entendant cela, je me suis rendu, sans perdre un instant, auprès du Commandant qui, par un heureux hasard,  était là et lui ai demandé de me dire si ce lieutenant M.[1]  partait oui on non ; dans le premier cas, je le priais alors de m’autoriser à rester chez moi jusqu’à ce que ce fait soit accompli, dans le second, je lui demandais de me rendre le commandement de ma section.

-       « Etes-vous prêt à remplacer cet officier du jour au lendemain ? m’a-t-il dit.

-        Oh, oui ! largement prêt.

-       Dans ce cas, a-t-il continué, restez chez vous jusqu’à ce que je vous prévienne, car il va partir, c’est tout à fait sûr, et ses démarches et ses intrigues ne pourront empêcher ce qui doit arriver. »

Je suis donc chez moi en attendant les événements et j’en suis bien content car je commençais à être exaspéré d’être obligé de vivre côte à côte avec ce vilain monsieur et je crois que, si j’avais voulu persister, les choses auraient fini par se gâter.



[1] Il s’agit bien du lieutenant-trésorier Martinon (NDLR)

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20 octobre 2017

20 Octobre 1917

20 Octobre 1917

Coup de théâtre ! Je viens d’être appelé d’urgence au Bureau du Commandant, et pour apprendre quoi ? Que sur l’ordre du Général,  commandant le Département de la Seine, il m’était enjoint d’abandonner sans délai le commandement de la Section T pour reprendre ma place auprès du Commandant du Secteur pour les raisons suivantes :

1°) Ayant, par Décision du Ministre,  été affecté au secteur comme officier blessé, c’était à moi que revenait le seul emploi sédentaire que devait encore posséder le secteur.

2°) Le Lieutenant Martinon étant compris dans la prochaine liste des officiers renvoyés chez eux pour vétusté, il fallait que je me mette, le plus vite possible, au courant de son service particulier.

Pour une surprise, voilà une surprise ! Et moi qui n’étais pas fâché de m’être un peu éloigné de ce foyer d’intrigues, m’y voilà replongé de plus belle et par ordre supérieur, encore !

Le Commandant[1], que je n’ai fait qu’entrevoir tout à fait fugitivement, ne doit pas être autrement satisfait, mais, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, il m’a assuré qu’il était enchanté de cette solution…

Je ne retournerai donc pas à Villeneuve St Georges et le regrette un peu car je m’étais déjà bien habitué à mon commandement.

GVC 29e Autun

"Je ne retournerai pas à Villeneuve St Georges et le regrette un peu car je m'étais déjà bien habitué à mon commandement." Cette photo illustrant les propos du Capitaine montre une équipe des G.V.C. en patrouille dans la région d'Autun

http://gvc.14-18.pagesperso-orange.fr/Identifier/Identifier01numeroKepiCol.html)

Il est à signaler que les secrétaires, plantons et ouvriers du centre du secteur dont les emplois ont été supprimés conformément à la nouvelle organisation, avaient tous, sans exception, demandé à être affectés à ma section. Cela, dans le fond, ne m’avait pas fait de déplaisir, car j’avais ainsi l’assurance que tous ces braves gens m’estimaient pour un bon chef. Ils vont en être, d’ailleurs, pour leurs frais, puisque la section va passer dans d’autres mains.

Quant au service du trésorier, je ne serai pas bien long à le posséder car il n’est guère compliqué et, du moment que le titulaire actuel pouvait remplir ces fonctions, le plus âne bâté de tous les ânes bâtés serait capable de le remplacer. Quant aux autres attributions, je n’ai rien à apprendre à leur sujet.



[1] Commandant Marc Doussaud, cf 5 février et les parutions de mars, mai et juillet 1917. (NDLR)

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10 octobre 2017

10 Octobre 1917

10 Octobre 1907

Il y a une dizaine de jours que j’assure le commandement de la Section T.

Je n’ai pas encore envisagé l’éventualité de m’installer à Villeneuve-St-Georges et, jusqu’ici, je me suis contenté d’y venir tous les jours, après le déjeuner, sauf le dimanche.

J’ai commencé,  avec l’adjudant qui m’est adjoint – un brave garçon, intelligent, et qui connaît parfaitement le service de la section – la visite de tous mes postes. Ces postes sont au nombre de 9 et s’échelonnent sur la grande ligne de P.L.M. entre Villeneuve-Triage et Combs-la-Ville, sauf, cependant, le poste n°1 qui est cantonné à Charenton et Alfortville et assure la surveillance d’un ouvrage sur le canal de la Marne, et de l’usine électrique de l’ « Est-Lumière » à Alfortville.

Villeneuve-triage Premier poste des G.V.C au départ de Villeneuve.

usine d'électricité Cie Est-Lumière Alfortville 

Usine électrique Cie Est-Lumière Alfortville. Photographie (Christian Descamps) tirée de l’ouvrage Architectures d’Usines en Val-de-Marne -1822-1939-, Cahiers de l’inventaire (Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France) par Olivier Cinqualbre.

Le centre de la section, ou, en d’autres termes, le bureau du Chef de Section, est installé au château Beauregard à Villeneuve. Ce château a servi autrefois de mairie et est perché à quelques centaines de mètres de la gare, sur un coteau assez escarpé qu’il m’est un peu pénible d’escalader. Par exemple, lorsque l’ascension est terminée, on est bien récompensé de sa peine car, en faisant demi-tour, on a un coup d’œil magnifique sur la vallée de la Seine que l’on découvre sur une étendue considérable. Dommage que j’arrive ici au seuil de la mauvaise saison. Le temps est gris, il pleut et il fait humide et froid, ce qui retire beaucoup de charme à mon séjour dans ces lieux. Au mois de mai, la promenade eut été autrement agréable !

château Beauregard Villeneuve st Georges 

Château Beauregard Villeneuve Saint Georges http://www.yerres-nostalgie.com/img/Alentours/HdVEglVSG.htm

J’ai un effectif de 150 à 180 hommes sous mes ordres, mais, sur ce nombre, 50 sont détachés à la D.C.A. (Défense Contre Aéronefs[1]) et ne comptent qu’administrativement à la section ; je n’ai pas à m’occuper de leur service particulier.

Il a été organisé dans l’intérieur de la section, une coopérative qui, d’après ce que j’ai pu en juger, par les livres qui sont admirablement tenus, fonctionne fort bien. Elle approvisionne les popotes des différents postes, à des conditions tout-à-fait avantageuses, achetant elle-même toutes les denrées aux Halles Centrales à Paris. Il faut dire que les G.V.C. perçoivent une indemnité fixe et unique qui est de 2 francs 50 par jour[2]. Ils mettent cette indemnité en commun et chaque poste vit en popote qu’il administre lui-même ; on peut ainsi faire la comparaison entre les postes débrouillards et ceux qui ne le sont pas : dans les uns, on est fort bien nourri, dans les autres, on claque du bec et cela avec la même mise de fonds.

Les G.V.C. sont, pour la plupart, cantonnés dans des villas inhabitées ou dans des édifices communaux désaffectés ; quelques uns, entre autres, ceux de la gare de Villeneuve-Triage, sont logés dans des wagons entre les voies.

Je n’ai pas encore terminé la reconnaissance de tous les postes, reconnaissance que je fais, d’ailleurs, à petite allure et sans trop me fatiguer. Jusqu’ici, rien de bien sensationnel ne s’est passé dans la section ; toutefois,  au cours d’une de mes visites, j’ai surpris une de mes sentinelles, postée sur les bords de l’Yerres, sous un pont du chemin de fer qui, en cet endroit,   traverse ce petit affluent de la Seine, les mains dans les poches, la cigarette aux lèvres et son fusil appuyé le long d’un mur. Avec l’adjudant, nous nous sommes approchés sans bruit et avons subtilisé l’arme.  Je laisse à penser la surprise et la frayeur du délinquant lorsque je lui ai demandé si c’était ainsi qu’il comptait assurer sa surveillance. Le malheureux tremblait de tous ses membres et n’a été un peu rassuré que lorsque, après une semonce énergique, je lui ai dit que, pour cette fois, je consentais à fermer les yeux, mais qu’en cas de récidive, je serais impitoyable.

pont de chemin de fer et pont sur l'Yerres Villeneuve st Georges

 "... j'ai surpris une de mes sentinelles, postée sur les bords de l'Yerres, sous un pont du chemin de fer..."


[2] Note de l’auteur : L’indemnité en question s’élève :

-           à 2 fr 50 par jour pour les caporaux et soldats,

-           à 4fr pour les caporaux-fourreurs et sous-officiers autres que les adjudants,

-           à 5fr pour les adjudants.

A cette indemnité est venue s’ajouter, récemment, une haute-paye de guerre (NDLR : cf http://pages14-18.mesdiscussions.net/pages1418/forum-pages-histoire/haute-paye-sujet_1093_1.htm ). Certains sous-officiers, le plus grand nombre, je pense, qui, avec leurs années de service actif, ont réuni les 5 ans de services effectifs nécessaires pour cela, perçoivent une solde mensuelle. D’autres, qui seraient en état de percevoir cette solde mensuelle, ont préféré opter pour la solde journalière : ce sont eux qui sont fonctionnaires dans la vie civile, car, par une anomalie assez bizarre, la solde journalière cumule avec leur traitement civil qu’ils continuent à toucher, alors que la solde mensuelle ne cumule pas ; ce qui fait qu’ils ont tous opté pour la solution la plus avantageuse naturellement.

10 septembre 2017

Septembre 1917

Septembre 1917

C’est en rentrant de permission de détente, passée en Charente, que j’ai connu le résultat du rapport établi par le Général qui a inspecté le secteur en juillet dernier.

1917 09 Royan en août

"C'est en rentrant de permission de détente, passée en Charente..." Royan au mois d'août 1917

Ainsi que je le pensais, ce rapport conclut à des réductions considérables, tant en officiers qu’en hommes. Je crois, d’ailleurs, que c’est parce qu’on n’a pas osé le faire d’un seul coup, mais que l’intention était bien de supprimer complètement ce malencontreux secteur. C’était cependant la meilleure solution et la plus logique ; on connaît du reste, et depuis longtemps,  mon opinion sur l’utilité de notre service. Bref, cette suppression radicale n’est pas encore pour aujourd’hui et l’on va se contenter de profiter du départ des hommes de la classe 1889, mis en sursis d’appel et renvoyés chez eux afin de travailler la terre, pour ne pas les remplacer. Les sections vont être regroupées de façon à en réduire le nombre et à rendre disponibles un certain nombre d’officiers qui vont être rayés des cadres ou dirigés sur leur dépôt, suivant leur âge ; les points à surveiller vont être étudiés à nouveau, afin d’en diminuer le nombre, ce qui est le corollaire naturel de la réduction de l’effectif.

Supprimé aussi le petit dépôt du Bastion ainsi que les magasins d’habillement et ateliers que ce dernier abritait. Un corps quelconque du G.M.P.[1] sera chargé d’habiller et de chausser ces messieurs les G.V.C. Quant au commandant du secteur, on lui permet tout juste de conserver un seul officier auprès de lui.

Comme je ne me fais aucune illusion à ce sujet et que je sais fort bien auquel iront les préférences de notre chef, cela pour des raisons que je connais, mais que je me garderai bien de dire, je suis résolu à demander le commandement d’une section. Mon sympathique ( ?) collègue le trésorier n’aura donc  pas besoin d’intriguer pour se raccrocher à son fromage que je ne disputerai pas à ce modèle de fourberie et de suffisance. Ah ! si seulement j’entendais parler du Colonel Biesse. Mais peut-être m’a-t-il oublié ? Il est vrai qu’au G.Q.G.[2], il doit avoir d’autres chats à fouetter que de s’occuper de moi.

Du reste, cela ne me déplaira pas d’avoir des fonctions un peu plus actives et, comme toutes les combinaisons  plus ou moins louches qui s’échafaudent ici me répugnent, je m’en trouverai ainsi éloigné. Il est donc convenu que, à partir du 5 octobre, date à laquelle la nouvelle organisation du secteur doit entrer en vigueur, je prendrai le commandement de la section T à Villeneuve-Saint-Georges, en remplacement de mon excellent camarade Riegger[3] qui a demandé la liquidation de sa pension d’invalidité et s’en va, écœuré de ne pouvoir obtenir son deuxième galon si largement mérité et si chèrement acheté.



[1] G.M.P. : Gouvernement Militaire de Paris. (NDLR)

[2] G.Q.G : Grand Quartier Général. (NDLR)

[3] Riegger : voir la journée du 10 février 1917. Le sous-lieutenant Riegger est invalide de guerre, amputé du bras gauche. (NDLR)

15 juillet 2017

Juillet 1917

Juillet 1917

Je viens de me décider à écrire au Colonel Biesse pour lui demander de me trouver une affectation aux Armées. Il y avait un certain temps que, après avoir mûrement réfléchi, je voulais le faire, mais ma détermination s’était trouvée retardée toujours par ma maudite blessure qui a éprouvé le besoin de se rouvrir il y a quelques jours. Mais comme elle semble en bonne voie de cicatrisation, je me suis décidé et le sort en est jeté, maintenant ! Il est très certain, d’ailleurs, que les choses ne vont pas se faire du jour au lendemain et le délai que j’ai devant moi, permettra à ma jambe de se refermer. Bien entendu, je n’ai pas soufflé mot au Commandant, ni à âme qui vive du secteur, de mes intentions.

Il est, du reste, temps de partir, je crois, car, à mon avis, ce secteur n’en a plus pour bien longtemps à exister. On est, en ce moment, tout à la compression intensive des corps et services de l’intérieur et nous venons d’avoir la visite d’un général (un divisionnaire avec galon argenté de Commandant de Corps) qui a inspecté à fond notre service, notant soigneusement toutes les suppressions d’emploi susceptibles d’être faites et les diminutions que l’on pourrait apporter au service à fournir, de façon à réduire d’autant, l’effectif du secteur. Le commandant[1] étant en permission, et le capitaine Valentin, chef de la section de St Denis, qui le remplace momentanément, n’étant au courant d’aucun des détails de l’organisation du secteur, c’est à moi qu’a incombé le soin de piloter le général, de l’accompagner partout et de lui donner tous renseignements utiles pour l’établissement de son rapport.

Aïe ! Je crains bien que ce rapport ne soit fatal à ce pauvre secteur et qu’il ne soit la cause de pleurs et de grincements de dents chez certaines gens que je connais bien…

Les G.V.C., un service encore utile en 1917? A quoi servaient les réservistes de la territoriale affectés aux G.V.C. ? http://www.1418effroyableboucherie.fr/recherche.php

GVC2 il s'agit sur cette carte postale d'une légende de propagande, en fait ces hommes sont des réservistes de la territoriale affectés à la garde des voies de communication (GVC), et leurs tenues, comportant pour certains des effets civils, suggère une affectation pas trop près du front, aucune chance qu'il reviennent d'une charge à la baïonnette, la même photo existe avec une variante de légende ("retour dans les tranchées"), voir cet article pour une analyse plus complète de cette même photo et quelques autres :  http://gvc.14-18.pagesperso-orange.fr/Regards/Regards01Propagande.html

 

GVC1  nous avons affaire ici à un groupe de gardes des voies de communication (GVC) ayant posé pour plusieurs photographies de ce type (charge le long d'une voie ferrée, défense derrière un mur, barricade sur la route...) la série de ces photos commentée est visible sur cet article : http://gvc.14-18.pagesperso-orange.fr/Regards/Regards01Propagande.html

J’ai omis de signaler que, par une coïncidence assez curieuse, le Commandant Doussaud, mon chef actuel, est le cousin germain du mari de Madame Boverie[2], l’infirmière-major de l’Hôpital de Creil, dont j’ai eu l’occasion de parler lors de mon séjour dans cette dernière ville.

1919 09 30 Mme Bovery JJournal Officiel du 30 septembre 1919: "Mme Boverie (Jeanne-Françoise-Joséphine), née Allary, à Creil: infirmière-major très méritante, a prodigué ses soins aux blessés et aux malades, du 4 octobre 1914 à ce jour, à l'Il.O.E 16 à Creil, exposé à de fréquents bombardements par avions, s'est particulièrement bien comportée au moment de l'entrée des Allemands dans cette ville."

Fait particulier et un peu grotesque, à relater également : trois fois par mois, notre sympathique trésorier se rend au Ministère des Finances pour percevoir la solde des officiers et hommes de troupe du secteur. Mais, pour bien attirer l’attention des gens en quête d’un mauvais coup à faire, notre important personnage a la précaution de faire asseoir à côté du chauffeur, un planton ostensiblement armé d’un revolver. De la sorte, tout le monde est bien prévenu que la voiture transporte un trésor…

L’occasion ne m’est jamais venue, non plus, de parler du médecin du secteur, un médecin à 4 galons, je vous prie, le Dr Keller qui, du reste, est un fort brave homme, mais qui a une marotte, c’est de vacciner à tour de bras contre la fièvre typhoïde. Et il va partout répétant que c’est lui qui a pratiqué le plus grand nombre de vaccinations de ce genre et il ne manque jamais de signaler cette particularité, en la faisant suivre du nombre d’opérations pratiquées, lorsqu’il a un rapport quelconque à fournir, même si ce rapport est complètement étranger à la question.

Il a un grand chagrin aussi, c’est de ne pas être en possession du ruban rouge… Il  a été dans la Zone des Armées (oh ! rassurez-vous, il n’a pas dépassé Châlons sur Marne) et quand on l’a renvoyé à l’intérieur, on lui a donné à choisir entre un quatrième galon et la croix ; il a opté pour le galon, se disant sans doute comme le grognard de Napoléon : « La croix, j’aurai toujours le temps de la gagner » mais les promotions se succèdent, son nom n’y figure toujours pas et mon bon docteur doit se contenter d’arborer sur sa vareuse, de modestes palmes académiques.



[1] Il s’agit du commandant Marc Doussaud, décrit précédemment (NDLR)

[2] Sur Madame Boverie, voir les journées du 8 et du 22 octobre 1914. (NDLR)

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