Souvenirs de Campagne - Grande Guerre 14-18

15 janvier 2018

15 Janvier 1918

15 Janvier 1918

Je suis rentré de permission de détente il y a 3 ou 4 jours ; j’ai eu la chance, en effet, de pouvoir partir le 31 Décembre et de passer ainsi, les fêtes du Nouvel An en famille, Nouvel An encore une fois bien triste, puisque la guerre n’est toujours pas terminée et que l’on n’ose plus faire de conjectures quant à sa fin plus ou moins prochaine.

A mon retour, j’ai trouvé encore quelques figures nouvelles à la Commission de Gare et, depuis hier, j’ai régulièrement repris mon service à cette dernière.

Le temps s’est considérablement radouci, mais il pleut sans arrêt, ce qui fait que l’on patauge à souhait dans les rues de Creil, qui sont recouvertes d’une boue noirâtre, aussi infecte qu’épaisse.

A propos, les bruits les plus divers circulent au sujet de notre régulatrice[1] ; les uns prétendent qu’elle va être transformée en régulatrice anglaise, les autres, qu’elle serait purement et simplement supprimée. Ce qui semble à peu près certain, par exemple, c’est le départ de notre Commissaire régulateur, le Commandant Van Heems[2]. Il s’en irait vers la fin du mois et sera regretté par certains, tandis que d’autres le verront partir sans éprouver beaucoup de peine.

Quant à moi, je suis encore un peu nouveau ici pour me permettre une appréciation sur son compte.

Au cours des quelques promenades que j’ai pu faire pendant mes heures de loisir, j’ai dirigé mes pas, un soir, vers Montataire, faubourg de Creil, où se trouvent de grosses entreprises métallurgiques, avec hauts-fourneaux, etc. A la vérité, je m’étais trouvé attiré dans cette direction par d’immenses lueurs que j’apercevais au loin et qui me semblaient provenir d’un incendie ; mais, arrivé à courte distance, j’ai pu constater que ces lueurs rougeoyantes étaient le fait des hauts-fourneaux en pleine action. N’y aurait-il pas moyen de masquer un peu l’intérieur de ces immenses usines qui travaillent toutes, de jour et de nuit, pour la défense nationale et sont de merveilleux buts pour les avions boches en quête de bombardement ?

Forges de Montataire httpindustrie

"J'ai dirigé mes pas, un soir, vers Montataire, faubourg de Creil..."

Il y a quelques jours, à la nuit tombante, je me trouvais, amené par le service, au milieu des voies et, arrêté à un certain point, le pied posé sur un rail, j’observais un coin de la Gare où se passait quelque chose qui m’intriguait (sans doute, quelque isolé cherchant à sortir de la Gare pour aller chez le mastroquet[3]). Soudain, poussé par je ne sais quel instinct, je me retourne et aperçois, non sans stupeur, une rame de wagons roulant sournoisement, et sans bruit, vers moi ; elle n’était plus distante que de 3 ou 4 mètres, et j’ai eu tout juste le temps de me garer pour ne pas être écrasé. C’est égal, je n’ai pas pu m’empêcher d’éprouver un petit frisson, en pensant que, si je n(avais pas obéi à un providentiel pressentiment et porté mes regards derrière moi, je me faisais bêtement broyer par cette aveugle et stupide rame en manœuvre !



[1] Sur la gare Régulatrice, se reporter à la note du 19 novembre 1917.

[2] Sur le Commandant Van Heems, consulter la note en date du 16 novembre 1917.

[3] Mastroquet : bistrot, bougnat, cabaretier, cafetier.

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20 décembre 2017

20 Décembre 1917

20 Décembre 1917

Décidément, le temps se met tout à fait au froid. Cet hiver-ci serait-il aussi rigoureux que le précédent ? Dieu, qu’il a fait froid l’année dernière et que la pénurie de charbon s’est fait sentir principalement chez les pauvres gens ! Je ne puis me souvenir sans un serrement de cœur, les files interminables de malheureuses femmes que l’on voyait faire la queue pendant des heures entières, par 7 ou 8 degrés au-dessous de zéro, à la porte des grands chantiers de charbon, pour obtenir un petit sac de 10 kilos du précieux combustible !

12 20 queue au charbon hiver 1916

 

Hiver 1916, A Paris, le Conseil Municipal organise une distribution de charbon en faveur des femmes de mobilisés. Des femmes enveloppées dans des châles font la queue. La distribution se fait sous la surveillance d'un policier. (http://piste.de.lormaye.over-blog.com/2015/02/affaire-seznec-andre-de-jaegher-le-chainon-manquant.html )

La neige s’est mise de la partie, et la gelée également, ce qui fait que l’on marche très difficilement.

La nuit dernière, j’étais de service à l’embarquement des détachements dans les trains de ravitaillement. Il a fait une véritable tempête de neige ; heureusement, dans la petite baraque qui nous est réservée, il y avait un poêle constamment garni auprès duquel je venais me chauffer en attendant l’heure du départ des trains ; mais, par exemple, quand il me fallait sortir, brr… quelle bourrasque et quelle différence de température ! Toutefois, enveloppé de mon gros manteau, je supportais assez bien ce temps de chien. Au plus fort de la tempête, on m’a amené un groupe d’une centaine de soldats portugais qui, eux, n’étaient couverts que de leur vareuse. Ah ! les malheureux ! quoique n’appréciant qu’assez médiocrement ces alliés, je n’ai pu m’empêcher de sincèrement les plaindre. Ils claquaient des dents à faire pitié et, pour comble de malchance, c’était par erreur qu’on me les avait adressés ; il a donc fallu le faire refaire dans la tourmente et au milieu des voies, les 5 ou 600 mètres qui les séparaient de la gare.

Soldats-portugais-en-partance-pour-France

Les troupes portugaises engagées dans le conflit s’apprêtant à gagner le France (http://geopolis.francetvinfo.fr/des-portugais-dans-la-premiere-guerre-mondiale-37833 )

Dans la journée aussi, il m’a été donné de voir embarquer d’autres fils du soleil, des Malgaches. Les pauvres petits gars ! Combien ils avaient l’air de souffrir de cette température quasi-sibérienne et que leurs regards nostalgiques semblaient lourds de reproches à l’égard de ceux qui les avaient arrachés au soleil de leur terre natale !

12 20 soldat malgache

Un soldat malgache RAVALO, Ankerakely, Tananarive 1er régiment de tirailleurs malgaches, E.V. le 3 déc. 1919

Friesenheim, avril 1919 peint par Julien LE BLANT (1851-1936)  (http://www.dessins1418.fr/wordpress/les-troupes-coloniales-en-rhenanie-julien-le-blant/

 

12 20 Eugène Burnand portrait d'un soldat malgache 1850-1921

 Portrait d'un soldat malgache, par Eugène Burnand (1850-1921) (http://www.legiondhonneur.fr/fr/actualites/la-grande-guerre-au-musee-de-la-legion-dhonneur-portraits-de-soldats/795/2 )

On en voit passer de toutes les catégories quand le service vous appelle sur les quais de cette gare, et on en entend de toutes les couleurs.

Assez souvent, ce sont des prisonniers boches que nous pouvons contempler et j’avoue que c’est toujours avec un certain plaisir que je m’offre ce spectacle quand il y en a d’annoncés. C’est curieux ce que ces phénomènes perdent leur arrogance et sont plats et cauteleux lorsqu’ils se sentent réduits à l’impuissance… Il y a quelque temps, je devais en faire monter un détachement d’une cinquantaine dans un train de rocade, mais le fourgon qui leur était destiné se trouvait encombré de nombreux colis, il fallait que le chef de train débarque sa marchandise pour leur faire de la place ; comme ce brave homme était seul, la chose n’allait guère vite. Aussi, pour activer le mouvement, l’idée m’était venue de le faire aider par quelques-uns de mes prisonniers, j’ai fait signe à un certain nombre d’entre eux de se saisir des colis en question et de les déposer un peu plus loin. Ah, sapristi, je n’ai pas eu à répéter deux fois mon geste, aussitôt, dix boches se précipitaient dans le fourgon et, se disputant à qui empoignerait le plus grand nombre de colis, ils avaient fait place nette en moins de temps qu’il ne m’en faut pour l’écrire.

12 20 convoi de prisonniers allemands dans le Nord

Convoi de prisonniers allemands dans le Nord (http://expositionvirtuelle.memoire1418.org/explorer/militaires-entre-front-et-arriere-front/mise-en-place-des-infrastructures-dans-larriere-front/les-prisonniers-de-guerre.html )

Je disais plus haut que l’on en entendait aussi de drôles lorsqu’on stationnait sur les quais. Il est bien vrai que le troupier français aura toujours le monopole de la blague et du mot amusant.

C’est un poilu qui, voyant un employé descendre à l’aide dune poulie, pour en changer le charbon, un des énormes globes électriques qui éclairent la gare, l’interpelle ainsi : « Eh, mon poteau, tu descends la saucisse ? » (nom donné par les troupiers aux ballons captifs d’observation qui ont remplacé les anciens sphériques en usage, en nombre combien restreint, d’ailleurs ! au début de la guerre).

12 20 ballon incendié Illust 3879

Ballon incendié photographié par son passager qui, après avoir abandonné la nacelle en parachute,a été entraîné par le vent et commence à descendre (in L’Illustration n°3879 – année 1917) Coll. Pers.

Une autre fois, c’est un permissionnaire qui s’écrie, du haut de son wagon, en me voyant traîner la jambe : « Té ! voilà un lieutenant qui a fait son devoir ! » et cela dit avec un accent que l’on n’entend guère sur les bords de la Scarpe, de l’Escaut ou même de la Somme.

Je dois dire, d’ailleurs, que j’obtiens tout ce que je veux de ces braves types, beaucoup plus aisément que mes autres camarades que, dans leur for intérieur, ils traitent d’embusqués. J’attribue aux traces si apparentes laissées par ma blessure, cette différence d’attitude des poilus à mon égard.

15 décembre 2017

15 Décembre 1917

15 Décembre 1917

Un mois tout à l’heure que je suis ici ; la nouveauté du début passée, les jours se succèdent, maintenant, un peu monotones. Je suis, à l’heure qu’il est, tout à fait familiarisé avec les moindres détails de mes nouvelles fonctions.

Entre deux tours de service, j’ai pu, à deux reprises différentes, faire une petite fugue jusqu’à Paris, mais cela à mon corps défendant et d’une façon pas très régulière ; mais je crois qu’il va falloir que j’agisse avec plus de circonspection dorénavant car quelques camarades ayant fait comme moi, se sont attirés des avanies. J’aime autant, en me tenant tranquille pendant un certain temps, ne pas m’exposer aux mêmes ennuis qu’eux. Du reste, l’époque de ma permission de détente approche et, si rien n’y vient y mettre obstacle, je compte pouvoir partir aux environs du 1er Janvier.

Depuis les premiers jours du mois, notre bon Capitaine Clerc n’est plus notre chef. Il a été remplacé, dans les fonctions de Commissaire Militaire par un autre officier, le Capitaine Varillon, qui est  certainement beaucoup moins sympathique.

Tout d’abord désigné pour une autre gare, le Capitaine Clerc est, en définitive, resté ici, mais en sous-ordre et il concourt au service au même titre que nous. Je ne m’explique pas cette disgrâce et, les premières fois qu’il a dû assurer un service de nuit, nous nous sommes offerts à quelques-uns, pour le remplacer, mais il n’a rien voulu entendre, nous déclarant qu’il tenait absolument à assurer le travail comme nous tous et sans le moindre adoucissement.

C’est égal, je trouve que l’on n’a réellement pas été chic avec lui et que cette façon d’agir frise la muflerie.

Depuis deux jours, nous avons vu partir un certain nombre de camarades désignés comme commissaires dans des gares proches du front.

Je devais faire partie de ce mouvement, paraît-il, mais, eu égard à ma blessure, on m’a conservé à Creil. Resterai-je plus longtemps ici que je ne le pensais tout d’abord ?

Parmi ceux qui viennent de nous quitter, il y en a deux de ceux que je préférais ; entr’autres Barthe, que j’ai embarqué dans un train de ravitaillement, pour Forest[1], petite gare au nord de Ham, où s’arrêtent trains de ravitaillement et de permissionnaires.

12 15 Foreste les rails

 

Restes du chemin de fer à Foreste  dans l’Aisne. Foreste possédait une gare, aujourd'hui maison d'habitation mais il reste tout le décorum même le petit château d'eau, à quelques pas de cette ancienne gare sont apparus, après débroussaillage, des rails, témoins oubliés d'une activité pas aussi lointaine que cela (fin de l’exploitation ferroviaire en 1955). (« Foreste les rails ». Via GeneaWiki - https://fr.geneawiki.com/index.php/Fichier:Foreste_les_rails.jpeg#/media/File:Foreste_les_rails.jpeg) et (http://www.fcvnet.net/~blaise.pichon/HAM-Fran.HTML

L’autre, le Capitaine Dupuis, est parti à Flavy-le-Martel.

Le temps s’est singulièrement refroidi depuis quelques jours et je n’ai guère chaud dans ma peu hospitalière chambre. Heureusement, j’ai touché un peu de combustible et il m’a été donné de pouvoir faire un peu de feu dans l’horrible petit poêle que je possède.



[1] Il s’agit en fait de Foreste, petite ville de l’Aisne au nord de Ham et distante de  9km. (NDLR)

30 novembre 2017

30 Novembre 1917

30 Novembre 1917

Après deux semaines de séjour ici, je commence à être un des anciens de la maison, car plusieurs nouveaux venus ont fait leur apparition depuis mon arrivée. D’autre part, les deux ou trois officiers qui avaient été expédiés pour inaugurer les nouvelles gares de ravitaillement dont la création était nécessitée par l’avancement des Anglais sur Cambrai, ont réintégré la Commission de Gare, car ce succès de nos alliés n’a pas eu de lendemain et nous avons vu redescendre nos divisions de cavalerie qui, malheureusement, n’ont pu être utilisées.

Je crois que la Gare de Creil est un peu considérée comme une école et une réserve de personnel en ce qui concerne les officiers du service des chemins de fer, car nous sommes toujours très nombreux et ce n’est qu’un va-et-vient continuel d’officiers, les uns arrivant, les autres partant, il est fort probable que, sous peu, on m’enverra à mon tour comme commissaire titulaire dans une quelconque gare du front. Je n’aurai pas à m’en plaindre puisque c’est sur mes instances que je suis ici.

Ainsi qu’il est de règle, parmi les camarades qui m’entourent, certains sont très sympathiques, les autres, beaucoup moins. Que dirai-je du Capitaine Clerc[1] qui assure les fonctions de Commissaire Militaire de la gare de Creil ? Tout le monde, ici, l’aime et le vénère ; c’est, en effet, le plus brave homme que l’on puisse imaginer. Il a un certain âge, 58 ans ; c’est un industriel lyonnais, possesseur d’une grosse fortune, paraît-il. Avec une délicatesse dont peu de gens dans sa situation seraient capables, il sait nous faire un peu profiter de sa fortune en améliorant l’ordinaire de la popote d’un tas de bonnes choses, particulièrement de fruits magnifiques, qu’il se fait envoyer de chez lui. Et cela est fait d’une façon si discrète et si aimable, qu’il semble être lui-même notre obligé et trouver autant de plaisir à nous faire ces petites largesses, que nous à les recevoir.

Un sous-Lieutenant, nommé Barthe, m’est également bien sympathique ; c’est un petit méridional, très amusant, et tout à fait bon garçon. Blessé deux fois très grièvement, il n’est pas titularisé dans son grade et aurait tout intérêt à l’être étant de l’active. L’obtiendra-t-il ? je ne le sais ; en tout cas, il mériterait de recevoir cette satisfaction, car ses états de service, que je connais, sont tout à son honneur.

Nous avons encore un autre méridional, mais celui-là, c’est un phénomène extraordinaire ; il est capitaine et répond au nom harmonieux de « Taupiac ». Avant d’être affecté au service des Etapes, il appartenait à quelque vague Etat-Major, aussi porte-t-il au collet de sa vareuse de rutilantes foudres dorées. Il a adopté les galons d’aviateur et, des chevrons plein le bras, il est doré sur toutes les coutures ; mais cela n’est rien, il faut l’entendre raconter, avec son terrible accent toulousain, des histoires plus abracadabrantes les unes que les autres, dans lesquelles il joue toujours un rôle héroïque. Ce type impayable et un peu tout à Beaumont-de-Lomagne –son pays- conseiller municipal, homme d’affaires, agent électoral, assureur et … viticulteur lorsqu’il s’agit d’obtenir une permission agricole.

Notre chef de popote, le Capitaine Lafaye, mérite une mention spéciale aussi. Il est Commissaire Militaire du Petit-Thérain, la gare où se forment les trains de ravitaillement. C’est un ancien sous-officier engagé, retraité comme adjudant, qui a une affection un peu trop marquée pour la dive bouteille. Lorsqu’il est dans son état normal, cela va très bien, il est même assez amusant, mais quand il est un peu parti, il est tout à fait insupportable et se rend odieux à tous.

Je dois encore citer le Capitaine Liénard, véritable boute-en-train, qui a toujours, dans le fond de son sac, une nouvelle histoire à vous raconter. Officier de l’active, démissionnaire alors qu’il était lieutenant, il a repris du service dès le début des hostilités en s’engageant pour la durée de la guerre, comme simple soldat ; mais peu de temps après, on lui a rendu son grade. A table, il est l’animateur de la conversation et l’on ne s’ennuie pas quand il est là.

Pour clore cette liste déjà longue, mais quoique cela, incomplète, je dirai deux mots du Lieutenant Berrouet ; professeur au Lycée de St André de Cubzac, près Bordeaux –il a sa licence d’histoire- c’est un garçon très au-dessus de la moyenne. Il est de rapports très agréables et est un excellent camarade à tous égards.

Ainsi que j’en avais formé le projet, j’ai, il y a une huitaine de jours, fait une petite visite à Madame Boverie, mon ancienne infirmière-major. Elle s’est fort bien souvenue de moi et a paru très sensible à ma démarche. Avec elle, j’ai visité l’hôpital et me suis particulièrement arrêté aux endroits dans lesquels j’ai le plus souffert il y a trois ans : salle d’opérations et ma chambre. Ces choses ont bien changé depuis 1914 et n’ont plus guère l’aspect qu’elles avaient à cette époque lointaine. Cette petite chambre que j’occupais alors,  et de la fenêtre de laquelle j’avais aperçu ma femme et ma mère à leur arrivée, a été transformée en salle-à-manger à l’usage des officiers en traitement. On ne reçoit, d’ailleurs, plus de grands blessés, ici, et la salle d’opérations me fait l’effet de chômer autrement qu’autrefois. Les pensionnaires que l’on rencontre dans la cour et les locaux ont plutôt l’air de convalescents que de blessés ou de malades.

Ma visite terminée, j’ai pris congé de Madame Boverie qui m’a engagé à revenir la voir de temps en temps.

Quelques jours plus tard, j’ai profité d’une demi-journée de repos pour monter jusqu’au cimetière et tâcher de retrouver les tombes des deux officiers morts à côté de moi au cours de mes premières nuits passées à l’hôpital. Je les ai aisément reconnues et ai constaté qu’elles étaient encore ornées des couronnes qu’un autre camarade et moi avions offertes à ces pauvres officiers. Ah, sapristi, combien peu il en est fallu qu’un petit coin de ce champ de repos me soit dévolu à moi aussi !

Pour compléter l’énumération que j’ai commencée plus haut, de tous les services de la régulatrice, il y a lieu de mentionner les troupes d’étapes qui lui sont affectées. Ces troupes se composent d’un groupe de compagnies territoriales, formant à peu près l’effectif d’un petit bataillon sous les ordres d’un chef de bataillon ; ces compagnies fournissent secrétaires, plantons, ordonnances, gradés de service à la gare, etc.

Elles comprennent, en outre, un escadron territorial de cavalerie (Hussards), non monté, et dont le rôle consiste uniquement à aider aux embarquements de Cavalerie, d’équipages et d’artillerie, susceptibles de s’effectuer dans la Zone d’action de la régulatrice ; mais je crois bien que cet escadron n’est pas accablé de besogne et les officiers qui le commandent, jouissent d’une bien agréable sinécure.

Il faut encore ajouter que, depuis la crise qui a sévi sur le moral des troupes après les affaires de mai dernier[2], crise encore aggravée par les excitations criminelles émanant de l’arrière, l’Armée desservie par la régulation, détache continuellement, pour parer à toute éventualité de mutinerie, une compagnie active de service, compagnie qui est relevée, en principe, tous les  8 ou 10 jours (toutefois, celle qui est actuellement détachée, est ici depuis près de 15 jours et l’on ne parle pas de sa relève). Tous les jours, une section est de service à la gare pour la police et, ma foi, contrairement à ce qu’on pourrait penser, nous trouvons beaucoup plus d’aide de la part de ces jeunes blancs-becs, pour faire respecter les consignes, que de la part de nos vieux territoriaux.

 

11 30 La Grogne-Leon Ruffe 1864 1951 artiste peintre graveur La Grogne, illustration des mutineries de mai 1917, par Léon Ruffe (1864-1951), artiste, peintre, graveur

Leurs officiers prennent leurs repas à notre popote ; ils sont, en général, bien gentils.



[1] Depuis la guerre, je n’avais jamais perdu le contact avec cet excellent homme et lui envoyais, tous les ans, des vœux de bonne année auxquels il répondait toujours par retour du courrier, se montrant très sensible à mon fidèle souvenir. Au jour de l’An de 1924, en guise de réponse à mes souhaits, j’ai reçu un faire-part m’informant qu’il était décédé du mois d’août précédent. Cette fin prématurée, surtout apprise de cette façon, n’a pas manqué de me faire beaucoup de peine. (Note de l’auteur)

[2] Pour plus de détails sur cette crise qui affecta le moral des troupes, lire le document : http://www.histoiredumonde.net/Mutineries-de-1917.html

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24 novembre 2017

24 Novembre 1917

24 Novembre 1917

Ce matin, grande a été ma joie de voir passer en gare, des trains évacuant vers l’intérieur, un nombre considérable de braves gens libérés par l’avance anglaise. Leur bonheur, ce qui fait plaisir à voir, n’est pas moins grand que le mien. Les voilà donc affranchis de la botte du Boche sous laquelle ils ont souffert pendant trois grandes années !

11 24 Le retour des prisonniers français

 

Retour de prisonniers (http://www.larousse.fr/encyclopedie/data/images/1313368-Le_retour_des_prisonniers_fran%C3%A7ais.jpg)

L’un de ces évacués –ce sont tous des gens d’humble condition et, par cela même d’autant plus intéressants- m’a causé un instant de bien douces émotions. C’était un vieillard de 65 à 70 ans qui était descendu de son wagon pour je ne sais quel motif et qui, s’étant un peu attardé dans la gare, avait eu le désagrément de voir son train partir sans lui. Témoin de sa peine, je me suis approché et, à ma vue, il s’est aussitôt incliné devant moi, chapeau bas, en proie à une émotion très visible : j’étais le premier officier français blessé qu’il voyait… Cette scène muette et rapide m’a poigné le cœur et j’ai compris alors pourquoi, malgré qu’elle m’ait rendu invalide pour la vie, ma blessure serait toujours pour moi un titre de noblesse et, si j’avais eu le moindre regret de mon modeste sacrifice à la mère-patrie, ce regret se serait irrévocablement effacé à cet instant.

Sans perdre de temps, j’ai remis ce brave homme entre les mains de l’excellent Capitaine Clerc qui s’est chargé de lui offrir à déjeuner et de lui faire prendre un train lui permettant de retrouver les siens.

Je suis de service de nuit aujourd’hui. Ce service, qui se prend de 7 heures du soir à 7 heures du matin, consiste à passer la nuit dans le bureau de la Commission de Gare pour renseigner les militaires de passage et répondre à toute éventualité.

Ce soir, en faisant une ronde dans la Gare avec le Capitaine Clerc, nous avons croisé une infirmière dont, en raison de l’obscurité, je n’ai pas pu voir le visage. Elle nous a souhaité le bonsoir et mon compagnon m’a alors dit que cette dame était infirmière-major à Creil depuis très longtemps : « Ne serait-ce pas Madame Boverie[1] ? lui ai-je demandé.

-       Justement ; vous la connaissez donc ?

-       Je crois bien, cela fait trois ans passés que j’ai fait sa connaissance ».

Aussi, ne vais-je pas manquer, à mon premier moment de liberté, de lui faire une petite visite et, de la sorte, je pourrai revoir en détail, avec elle, l’hôpital où j’ai passé deux semaines si pénibles et si douloureuses, en Octobre 1914



[1] Sur Madame Boverie, voir les journées du 8 et du 22 octobre 1914 et la parution de septembre 1917. (NDLR) 

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20 novembre 2017

20 Novembre 1917

20 Novembre 1917

Contrairement à ce qu’on m’avait laissé entendre, mon apprentissage vient de se trouver terminé d’une façon prématurée et beaucoup plus tôt que je ne l’espérais.

Cette nuit, vers minuit ou une heure du matin, un planton armé d’un falot est venu me réveiller dans mon pigeonnier, avec un ordre écrit du Capitaine Clerc m’enjoignant d’avoir à remplacer immédiatement, et au pied levé, l’officier de service à l’embarquement des détachements dans les trains de ravitaillement.

J’ai donc obtempéré dans le délai le plus rapide et me suis rendu à l’endroit indiqué. Là, j’ai appris que celui que je venais relever, devait, quelques heures plus tard, rejoindre une gare de ravitaillement nouvellement ouverte. Ils étaient un certain nombre dans ce cas et ces mutations inattendues étaient motivées par une offensive brusquement déclenchée par les Anglais en direction de Cambrai. Cette opération, préparée en grand secret, semble vouloir réussir et un certain nombre de villages français sont déjà délivrés, paraît-il.

11 20 La bataille de Cambrai 

L'offensive décrite par Lucien Proutaux fait partie de la première bataille de Cambrai (1917).

En attendant, me voilà livré à moi-même dans un service que je ne connais guère. Installé dans une espèce de petite baraque au-milieu des voies, à 500 mètres au moins de la Gare, je me morfonds pendant que, de demi-heure en demi-heure, partent mes trains de ravitaillement dans lesquels j’embarque, au petit bonheur, les isolés et les détachements qu’un planton m’amène. Muni de ma lampe électrique de poche, je vérifie également la composition des rames et m’assure qu’elle correspond bien à celle indiquée sur le tableau que j’ai entre les mains.

Ce métier dure jusqu’à 4 heures ½ du matin. A ce moment, je retourne à ma chambre pour continuer ma nuit si malencontreusement interrompue, mais pas pour bien longtemps car, à 8 heures ½, je suis de retour. Cette fois, mon rôle consiste à attendre le passage de trains remontant vers le Nord et transportant des divisions de cavalerie destinées à exploiter, si nous avons la chance que cela nous soit permis, les succès des Anglais et à assurer la poursuite des Boches pendant leur retraite.

Chaque fois qu’un train paraît et s’arrête, je m’enquiers de l’officier le plus élevé en grade qui commande ce train pour lui demander son ordre de transport afin d’y inscrire le nom de la prochaine station qui, en l’occurrence, est Longueau (mais, voyez comme c’est astucieux, dans le service des chemins de fer : afin de dépister les ennemis dans le cas, où ce document tomberait entre leurs mains, on m’a bien recommandé de déformer l’orthographe du nom de Longueau que j’écris Longo ! Après cela, si les Boches ne sont pas trompés sur la destination du train, c’est qu’ils sont bien malins…)

Plusieurs officiers de ces régiments de cavalerie m’ont dit qu’ils étaient en route pour l’Italie lorsqu’on leur a fait rebrousser chemin pour les diriger vers le Nord. Ils ne m’ont pas caché leur déception en apprenant ce fâcheux contretemps et je conçois très bien leur désillusion car, à cette époque de l’année, il aurait, en effet, été bien préférable de fuir vers le ciel de l’Italie plutôt que de s’enfoncer dans les brumes de l’Artois ou des Flandres !

Chose curieuse, pendant que nos cavaliers remontent vers ces peu hospitalières contrées, un courant de transport (on appelle courant de transport l’ensemble des trains successivement mis en marche pour transporter une grande unité – Division en général) descend en sens inverse emmenant des troupes anglaises d’infanterie qui, plus heureuses, elles, vont en Italie. Les trains anglais, avec une régularité de chronomètre, font leur entrée toutes les trente minutes en moyenne, mais, en ce qui  les concerne, mon rôle consiste uniquement à les regarder passer.

Afin de dérouter les curiosités indiscrètes, les inscriptions indiquent les numéros de Régiment, Brigade, Division, etc. figurant sur les voitures des troupes transportées, cuisines roulantes, affuts de mitrailleuses, voitures médicales, fourgons à vivres, etc. sont soigneusement dissimulées.

11 20 cuisine roulante

Ce genre de cuisine roulante devait être acheminée par rail jusque qu’au front

(http://pages14-18.mesdiscussions.net/pages1418/QUESTIONS-SUGGESTIONS/roulante-3d-sujet_521_1.htm)

11 20 Affut en position haute

Affut de mitrailleuse : http://www.mitrailleuse.fr/Allemandes/Mg08/MG08.htm

L'affût doit être robuste, stable et permettre une mise en position très rapide. Son transport dit être particulièrement facile. Les pieds avant de l'affût sont réglables et permettent de le placer dans différentes positions.

Si j’ai bonne mémoire, on m’a appris, lorsque j’usais mes fonds de culotte (rouge) sur les bancs de l’Ecole d’Instruction, qu’en principe, il fallait un train complet pour enlever :

-       1 Bataillon d’Infanterie ou

-       1 Escadron de cavalerie ou

-       1 Batterie d’Artillerie.

Malgré les modifications importantes apportées à la composition de ces différentes unités depuis le début de la Guerre, je pense qu’il doit toujours en être à peu près ainsi :

en voyant défiler tous ces trains remplis de soldats se dirigeant vers la bataille prochaine, je ne peux m’empêcher de faire un retour en arrière et de me remémorer le moment –il y a déjà plus de 3 ans de cela, hélas !- où, moi aussi je remontais vers le Nord avec ma pauvre 18e[1] dont j’étais si fier, pour être jeté au devant des Boches et, en retardant le plus possible leur marche, les empêcher de gagner Calais et Dunkerque, et de tourner la gauche des Armées de France. C’était notre destinée qui nous appelait et il était écrit que, de l’immense circuit que nous avions effectué en chemin de fer, je devais revenir à jamais invalide, après avoir perdu mes camarades les plus chers…



[1] Lucien Proutaux fut commandant de la 18e Compagnie du 226e Régiment d’Infanterie au début de la guerre, jusqu’à sa blessure d’octobre 1914.

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19 novembre 2017

19 Novembre 1917

19 Novembre 1917

Depuis deux jours, je fais l’apprentissage de mon nouveau métier et cet apprentissage consiste à accompagner l’officier de service pour me familiariser avec tous les détails des fonctions que je suis appelé à remplir seul incessamment ; ces dernières ne me semblent pas, d’ailleurs, d’un intérêt particulièrement palpitant et consistent principalement, d’après ce que j’ai pu voir jusqu’ici, à faire un peu le gendarme dans la gare et à renseigner le mieux possible, les militaires isolés, permissionnaires, etc. et les détachements passant par la Régulatrice[1]. Je ne serai livré à mes propres moyens que dans quelques jours, m’a-t-on assuré.

11 19 transports de troupes officiers et soldats montant dans leurs wagons respectifs 

transport de troupes,officiers et soldats montant dans leurs wagons respectifs (coll. pers. L'Illustration n°3792)

Avec les notions que je possédais déjà sur une gare régulatrice, et ce que j’ai appris depuis mon arrivée, je puis me faire une idée, maintenant, du rôle de cet important organisme du service des chemins de fer et du ravitaillement.

En principe, chaque armée est desservie par au moins une gare régulatrice qui dispose d’une grande ligne de communication – Creil en particulier, ravitaille la IIIème Armée, dont le chef est le Général Humbert[2] et dont le Q.G se trouve à Noyon, et exploite un important tronçon de la grande ligne de Paris à Calais[3].

11 19 Général Georges-Louis Humbert  11 19 Général Humbert portrait

portraits du Général Georges-Louis Humbert (1862-1921)

A la tête de la Régulatrice  se trouve placé un officier supérieur, en général de l’active, breveté d’Etat-Major ; un agent supérieur des Chemins de fer, technicien, lui est adjoint et il est secondé par une commission régulatrice[4] comprenant un nombre variable d’officiers.

La régulatrice ravitaille en vivres et munitions toutes les divisions de l’Armée qu’elle dessert et, dans sa composition, on retrouve, en petit, tous les éléments d’une Armée.

Elle a, en effet, une sous-intendance, un médecin régulateur et un H.O.E (Hôpital d’Evacuation), une R.P.S. (Réserve de Personnel Sanitaire d’Armée), une R.M.S. ( Réserve de Matériel Sanitaire), une réserve de matériel d’Artillerie, du Génie, d’Aviation, etc.et tous ces services et réserves, placés sous les ordres du Commissaire Régulateur, sont destinés à répondre aux besoins immédiats de l’Armée (Elle possède également une maréchaussée et le chef de cette maréchaussée est un capitaine de gendarmerie appelé Demange. Le Capitaine Demange est très gentil et nous faisons souvent d’assez longues causettes ensemble. A la mobilisation, il était à Quimper et il connait très bien mon vieux camarade, le Commandant Maunoury).

Devant acheminer les détachements et les isolés sur les unités auxquelles ils sont destinés, elle est en possession de l’ordre général de bataille ; elle comprend, en outre, un bureau frontière pour le service de la poste aux Armées et une commission de contrôle postal (le rôle de cette dernière consiste à s’assurer que les correspondances émanant de l’avant ne contiennent pas d’indiscrétions susceptibles de pouvoir nuire aux opérations et, également, à se rendre compte, par le même procédé de sondages et d’investigations, du moral des troupes).

La régulatrice[5] met tous les jours en marche un certain nombre de trains de ravitaillement désignés par les initiales R.Q. (Ravitaillement Quotidien). A Creil, en particulier, ces trains se forment dans une gare distante de quelques kilomètres et créée spécialement à cet effet, au Petit-Thérain (du nom d’un affluent de l’Oise). Les trains, une fois formés à cet endroit, sont acheminés sur Creil ; ils comprennent toujours un nombre plus ou moins grand de voitures de voyageurs dans lesquelles on embarque, à Creil, les petits détachements de renfort se dirigeant vers le front, et sont au nombre d’une dizaine dont les départs, en direction des gares de ravitaillement, s’échelonnent entre 6 heures du soir du soir et 4 heures du matin.

En outre, passent en gare, dans les 24 heures, quatre trains, deux dans chaque sens, dénommés trains de rocade parce qu’ils longent parallèlement le front dans toute sa longueur. Ils partent, l’un d’Is-sur-Tille, l’autre de Gray, tous deux à destination de Dunkerque ; deux autres convois font le même parcours dans le sens inverse. Ils sont mis en marche aux frais de l’état et desservent toutes les gares régulatrices ; leur usage est uniquement réservé aux transports militaires, personnel et matériel[6].

Comme ils ont de longs arrêts dans les régulatrices (l’un d’eux, le train ID-Is-sur-Tille-Dunkerque, reste plus de deux heures en gare de Creil, de 7h53 à 9h55), on doit penser que le temps qui leur est nécessaire pour effectuer leur trajet total est assez long : 34 à 35 heures en moyenne !

En dehors de tous ces trains, de ravitaillement, de rocade, commerciaux -c'est-à-dire de l’horaire régulier du réseau- circulent encore les trains de permissionnaires, strictement employés au transport de cette catégorie de militaires ; venant du front, ils se dirigent sur Survilliers et, à destination du front, ils viennent d’Orry-la-Ville. Ces deux stations sont les deux grandes gares de triage de permissionnaires du réseau du Nord.

Pour clore cette nomenclature, il me faut encore citer les trains sanitaires, permanents et semi-permanents transportant blessés et malades et circulant périodiquement. Ils me font l’effet d’être autrement confortables et mieux aménagés que celui qui m’a déposé ici en Octobre 1914.

La régulatrice dépend, d’une part, de la D.A. (Direction de l’Arrière) du G.Q.G. en ce qui concerne toutes les questions de ravitaillement et, d’autre part, pour la question transports, de la Commission de Réseau du Nord. Un mot d’explication au sujet de ce dernier organisme : auprès de chaque grand réseau de chemin de fer, est placé, dès le temps de paix, un officier supérieur d’Etat-Major, qui prend le nom de Commissaire Militaire du Réseau, et ayant comme adjoint technique l’ingénieur en chef, directeur du Réseau. Il dispose, en outre, d’une commission de réseau composée d’un nombre variable d’officiers.

Le Commissaire Militaire du réseau du Nord est le Colonel Dumont[7].

Deux visions bien différentes de la fonction et du prestige militaire - le général de brigade Dumont versus l'aviateur Nungesser, en 1924. duquel de ces deux personnages se souvient-on de nos jours?

11 19 Dumont versus Nungesser

Extrait de L’Oiseau Blanc – l’enquête vérité, Nungesser et Coli, premiers vainqueurs de l’Atlantique,  par Bernard Decré & Vincent Montgaillard, éd. Arthaud

 

Il emploie, pour circuler sur son réseau, une de ces voitures comprenant machine et wagon d’un seul tenant qui font, ou faisaient, la navette entre la station de la petite ceinture[8] « Ornano » et la Gare du Nord. Des loustics ont donné le surnom de « Poupoule » à ce véhicule aussi peu gracieux qu’inesthétique.

11 19 automotrice_a_vapeur_nord_vv4_1024px_72dpi

Des loustics ont donné le surnom de « Poupoule » à ce véhicule aussi peu gracieux qu’inesthétique. Automotrice dite cage à poule : train composé d'une loco type 011 encadrée par deux voitures dont l'une était occupée, jusqu'à mi-hauteur par un coffre à bagages, fermé par des portes grillagées, d'où ce surnom.

https://www.petiteceinture.org/Le-materiel-roulant-du-service-metropolitain-de-la-Petite-Ceinture.html



[1] Explication de Jean-Claude Poncet : Gare régulatrice,  organe de grande importance dont le rôle principal est d'assurer tous les transports à destination ou en provenance de l'armée. C'est une gare terminus pour les expéditions venant de l'intérieur ; c'est une gare de formation et d'expédition pour les ravitaillements vers l'avant ou les évacuations sur l'intérieur. Toutes les commandes viennent y converger et deux organes importants y ont leur siège, l'un pour coordonner les demandes, l'autre pour en assurer le transport. Ce sont : la commission régulatrice et le commandement d'étapes de la Gare Régulatrice.

http://pages14-18.mesdiscussions.net/pages1418/forum-pages-histoire/commissaire-militaire-gare-sujet_1017_1.htm (NDLR)

[2] Georges-Louis Humbert (né le 8 avril 1862 à Gazeran, décédé le 9 novembre 1921 à Strasbourg des suites d'une maladie), est un militaire français de la Première Guerre mondiale. Chef de la IIIème Armée du 22 juillet 1915 au 7 avril 1919. (NDLR)

[3] A l’heure actuelle, les Régulatrices qui s’échelonnent le long, et en arrière du front, sont les suivantes :

-Boulogne sur mer et Abbeville – Régulatrices anglaises.

- Creil – Le Bourget – Noisy-le Sec – Connantre –Saint Dizier- Is-sur-Tille et Gray.

Pour mémoire, on peut citer également les gares de triage de permissionnaires qui ont un rôle tout à fait particulier et qui sont, pour le Réseau du Nord : Survilliers (Permissionnaires en provenance du front) et Orry-la-Ville (Permissionnaires à destination du front) Note de l’auteur.

[4] Explication de Jean-Claude Poncet : La Commission régulatrice est uniquement un organe de chemin de fer. Elle est composée comme une sous-commission de réseau (1 officier supérieur, commissaire militaire ; 1 agent technique de l'exploitation ; 1 officier d'état-major ). Elle est chargée de régler tous les transports demandés à la gare régulatrice. Son action s'étend exclusivement sur les voies ferrées dont l'usage a été réservé à l'armée desservie par la gare régulatrice et qui ont été fixées, aussitôt après la concentration, par le directeur de l'arrière. C'est ce que l'on nomme la zone d'action de la commission régulatrice. http://pages14-18.mesdiscussions.net/pages1418/forum-pages-histoire/commissaire-militaire-gare-sujet_1017_1.htm (NDLR).

[5] Ainsi qu’il a été dit plus haut, la régulatrice de Creil ravitaille la 3ème Armée.

A l’heure actuelle, les Armées françaises s’échelonnant sur notre front, sont au nombre de dix et se décomposent comme suit :

-           1ère Armée – Général Anthoine (remplacé courant Janvier 1918 par le Général Debeney qui quittait les fonctions de major-général du G.Q.G., pour les passer au Général Anthoine).

-           2ème Armée – Général Guillaumat.

-           3ème Armée – Général Humbert.

-           4ème Armée – Général Gouraud.

-           5ème Armée – Général Micheler.

-           6ème Armée – Général Duchêne.

-           7ème Armée – Général Baucheron de Boissoudy.

-           8ème Armée – Général Gérard.

-           9ème Armée – Général de Mitry.

-           10ème Armée – Général Maistre (remplacé quelques mois plus tard, par le Général Mangin)

Ces Armées sont groupées au :

-           G.A.N. (Groupe des Armées du Nord), Général Franchet d’Espérey.

-           G.A.C. (Groupe des Armées du Centre), Général Fayolle.

-           G.A.E. (Groupe des Armées de l’Est), Général de Castelnau. (Note de l’auteur)

[6] On dirait que ces trains sont, à dessein, formés avec le matériel de rebut de tous les réseaux. Les voitures sont du modèle le plus suranné et n’offrent pas la moindre homogénéité. La plupart des portières et des vitres n’existent plus et sont remplacées par des planches. Quelques wagons portent encore les marques toutes fraiches des bombardements par avion qu’elles ont eu à subir ces derniers temps dans le Nord. Lorsque ces rames s’arrêtent ou se mettent en marche, c’est le plus extraordinaire et le plus effarant bruit de ferraille que l’on puisse entendre. (Note de l’auteur)

[7] Juillet 1927 – Le Colonel Dumont –un cavalier, breveté naturellement- promu Général de Brigade peu de temps après la guerre, est attaché militaire à Washington depuis plusieurs années. C’est, sans doute, sa connaissance très approfondie de la langue anglaise qui lui a valu ce poste. Il vient de passer en cadre de réserve en Août 1918. (Note de l’auteur)

Autres témoignages sur le Général Georges Armand Louis Dumont, né le 31 juillet 1868, décédé le 31 mai 1951, Général de .Brigade (cavalerie), 74e promotion de l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr (1889-1891), promotion du Dahomey, Commandeur de la Légion d’Honneur. Retraite en 1928, rappelé en 1940 dans le cadre de missions spéciales pour le Ministère des Armées.

Source http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k295205f/texteBrut - Le Figaro, juillet 1927 : Le général Dumont, attaché militaire à l'ambassade de France à Washington, et Mme Dumont, ont donné une réception restreinte en leur résidence de Neuilly.

Source http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5409540.texte.langFR Le Gaulois, juillet 1927: Le général Dumont, attaché militaire à l'ambassade de France à Washington, et Mme Dumont, avaient convié à déjeuner, avant-hier, en leur résidence de Neuilly: la vicomtesse de Salignac-Fénelon, l'attaché militaire adjoint et Mrs Barton K. Yount, le major et Mrs R. Burleson, miss Micheline Resco, M. M. Guillelmon, M. M. Moreau, miss Maud Dumont, M. R. Dumont, etc. (NDLR)

[8] Le projet de Petite Ceinture naît durant la deuxième moitié du XIXème  siècle alors que le réseau de chemin de fer est en plein développement. Trois raisons principales sont avancées pour expliquer la création de la Petite Ceinture : la première est d’ordre technique et commercial : tous les transports de marchandises passant par Paris subissent des ruptures de charges. La seconde tient davantage aux raisons militaires stratégiques de défense de Paris. Enfin, la dernière raison, plus conjoncturelle, fait partie du programme de redressement économique de la France. Le chantier de la Petite Ceinture est inscrit sur la liste de travaux nationaux lancés pour endiguer le chômage. http://www.paris.fr/services-et-infos-pratiques/urbanisme-et-architecture/projets-urbains-et-architecturaux/la-petite-ceinture-2537 (NDLR)

17 novembre 2017

17 Novembre 1917

17 Novembre 1917

Je n’ai pas trop bien dormi, cette nuit, dans mon grenier ; sans doute, le changement d’habitude y est-il pour quelque chose ; l’accoutumance ne tardera pas à venir, j’espère.

Ainsi que m’y avait engagé le régulateur, je me suis rendu à son bureau ce matin à 11 heures et il m’a alors appris qu’il m’affectait provisoirement à la commission de Gare où je me suis aussitôt présenté pour me mettre à la disposition du Commissaire Militaire[1] qui n’est pas, comme je le croyais, le chef d’Escadron d’hier, mais un vieux et brave capitaine, le Capitaine Clerc. Celui-ci m’a dit que je ne continuerai à me mettre au courant du service qu’à partir de demain matin et m’a indiqué le chemin de la popote ; celle-ci est installée dans le même immeuble que le bureau de la Place.

J’ai donc pris mon premier repas en compagnie de mes nouveaux camarades et, je ne sais si c’est là l’ordinaire habituel de cette popote, mais on nous a servi des faisans rôtis ; je n’en revenais pas ! J’ai du reste appris, par la suite, que ces délicieuses volailles étaient le produit de la chasse d’un des officiers présents, retour de permission, qui avait eu la gentillesse d’en faire profiter les camarades.

N’ayant rien à faire aujourd’hui, j’ai employé mon temps à revoir les lieux qui ont marqué pour moi une étape si douloureuse il y a trois ans.[2]

J’ai retrouvé mon hôpital et le pavillon de la fenêtre duquel j’avais aperçu ma femme et ma mère à l’instant même de leur arrivée…

Je me suis ensuite acheminé vers la très vieille et bizarre église dans laquelle ma femme a tant prié pour moi et ce n’est pas sans avoir le cœur étreint par une vive émotion que j’ai accompli ces pieux pèlerinages du souvenir !

11 17 Creil église St-Médard 

Pour identifier "la très vieille et bizarre église", j'ai trouvé une carte postale adressée par Armand Massias à sa femme et ses enfants pendant la guerre de 1914-18 : Creil (Oise) Eglise de construction bizarre des XIIe et XIIIe siècles – Clocher du XVIe siècle. Ci-dessus, une vue de l'église St Médard à notre époque.

A la première occasion, je me propose aussi de pousser jusqu’au cimetière pour essayer de reconnaître les tombes de mes deux pauvres compagnons de douleur[3] décédés à côté de moi les deux premières nuits de mon séjour ici.

Creil porte encore les marques du passage des barbares. Une rue entière est complètement détruite, dans laquelle aucune maison n’a été réédifiée, et ça et là, dans la ville, on rencontre des immeubles en ruines ; on voit, toutefois, que ces ruines sont déjà anciennes de plusieurs années car l’herbe et les ronces ont poussé entre les décombres, et les plâtras et les éboulis ont revêtu une teinte gris sale qui indique que ces destructions ne sont pas récentes.

11 17 Creil rue Gambetta

La rue Gambetta à Creil semble être la "rue entière complètement détruite, dans laquelle aucune maison n’a été réédifiée".



[1] Explication fournie par Jean-Claude Poncet : sous l'appellation commissaire militaire de gare, il faut entendre un service commandé par un officier qui porte le titre de commissaire, c'est à dire qu'il a autorité sur tout à l'intérieur de la gare et même dans la ville siège de la gare. Il a notamment la fonction de viser les permissions des hommes en transit, la surveillance des trains (horaires, discipline), la discipline en gare et en ville car le commissaire en tant que personne est le plus souvent le plus gradé de la ville. Il a même la mission d'effectuer des enquêtes de police judiciaire sur ordre du préfet, suite, par exemple, à des plaintes, des dénonciations, etc.

Par exemple, ce commissaire a pouvoir disciplinaire et peut sanctionner un soldat qui quitterait le train militaire afin de prendre un train civil. Normalement dans la gare ou à proximité, on trouve un local disciplinaire , essentiellement pour les hommes pris de boisson.

Le commissaire aide, mais aussi « surveille » l’ambulance de gare, gérée par l’une des sociétés civiles de secours aux blessés militaires.

http://pages14-18.mesdiscussions.net/pages1418/forum-pages-histoire/commissaire-militaire-gare-sujet_1017_1.htm (NDLR)

[2] Lucien Proutaux arrive, blessé, à Creil le 8 octobre 1914 ; il va y rester jusqu’au 23 octobre. (NDLR)

[3] Il s’agit du capitaine Delacour et du sous-lieutenant Valési, décrits dans la journée du 22 octobre 1914. (NDLR)

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16 novembre 2017

16 Novembre 1917

16 Novembre 1917

Creil !... Creil !... Sous l’immense verrière qui couvre entièrement la gare et au milieu des sifflets assourdissants des locomotives, et du fracas des wagons passant sur les plaques tournantes, je débarque vers 3 heures de « relevée », après un voyage de près de deux heures. Le trajet a été assez long parce que mon train, au lieu d’être direct, a fait un crochet par Pontoise.

11 16 verrière Gare Creil

"Creil !... Creil !... Sous l’immense verrière qui couvre entièrement la gare ..."  

Gare de Creil  Chalbrette — Carte postale ancienne, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=17910160

Mon premier devoir est de me rendre à la Commission de Gare et d’exhiber mon ordre de service à l’officier de service, un chef d’Escadrons de Chasseurs d’Afrique, qui me fait aussitôt conduire au bureau du commissaire régulateur, par un planton.

Le bureau est installé dans une baraque en bois édifiée dans un terrain dépendant de la gare.

Le commissaire régulateur, dont le nom est inscrit sur la porte – Commandant  Van Heems[1] - est un fantassin ; il me reçoit d’une façon assez sympathique, m’interroge sur mes aptitudes spéciales, ma blessure, ce que j’ai fait depuis le début de la guerre. Il me demande le grade que je possédais à la mobilisation et, sur ma réponse qu’il était le même que maintenant, il me dit : « La guerre ne vous a pas rapporté grand-chose, je vois ; ah si ! votre jambe… »

Il téléphone à différents endroits à mon sujet, entr’autres au G.Q.G. je crois bien, et, finalement, m’engage à aller au bureau de la Place, pour obtenir un logement, et à revenir le voir demain matin à 11 heures.

Je me rends donc à la Place et là, on me donne un billet de logement pour une maison de la rue Jean Jaurès.

Pas très fameux, mon logement. C’est une espèce d’hôtel de 36e ordre ; la bâtisse est en carreaux de plâtre et l’escalier,  roide comme la justice, donne directement sur une sorte de passage qui me fait l’effet d’être assez pouilleux. Ma foi, tant pis, à la guerre comme à la guerre ! L’essentiel est que le lit  me paraît assez bon et propre.

J’installe donc ma cantine dans ma chambre et, ceci fait, je songe au diner et dirige mes pas vers l’hôtel du Chemin de fer, celui-là même où ma mère et ma femme étaient descendues il y a trois ans, quand elles étaient venues me rejoindre, lors de ma blessure.

Enfin, après un diner très confortable, je rentre me coucher en remettant à demain les affaires sérieuses.



[1] Le 21 septembre 1932, le colonel breveté Van Heems, du 81e R.I. est nommé au commandement par intérim du 2e groupe de subdivisions de la 16e Région à Carcassonne. Note de l’auteur

Roger Albert Van HEEMS, né le 02/05/1875 à Paris. Général de brigade, ancien élève de l'Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr, promotion «de Tananarive» (1895-1897), Colonel commandant le 81e Régiment d'Infanterie à Montpellier (1931), Officier de la Légion d'honneur le 25 décembre 1929 (NDLR)

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10 novembre 2017

10 Novembre 1917

10 Novembre 1917

Les événements se précipitent et les coups de théâtre se succèdent !

Il y a deux jours, alors que je me reposais tranquillement chez moi en attendant le moment de réintégrer le secteur, un planton apporte un pli urgent à mon adresse.

Ce pli contenait l’ordre dont ci-dessous copie :

11 10 ordre de mission

On juge de ma surprise, et de ma joie ! Ainsi, cet excellent Colonel Biesse ne m’avait pas oublié et cet ordre qui arrivait, on peut le dire, tout à fait à propos, était le résultat de son obligeante intervention. J’allais donc enfin pouvoir, et cela sans le moindre regret, quitter ce déplorable secteur pour repartir aux Armées où j’espérais bien pouvoir employer plus utilement l’activité que je me sens encore capable de déployer.

Le déroulement de la carrière de Camille Besse en photos

 

source: Coll. privée de Renaud Seynave, auteur du blog souvenirs de guerre de Paul Boucher ( http://www.14-18hebdo.fr/articles/temoignages-paul-boucher-1)

11 10 1901 Lieutenant Camille Biesse Lieutenant 1901  1905 Capitaine Camille Biesse Capitaine 1905 1917 Colonel Camille Biesse Colonel 1917

11 10 1918 Général Camille Biesse Général 1918 1922 Général Biesse avis de décès à 50 ans en 1922

Dès le lendemain, je me suis rendu au Secteur pour faire part de cet événement au Commandant, car, par une cause inexplicable pour moi, cet ordre m’est parvenu directement sans suivre la voie hiérarchique et passer par lui après avoir été transmis par le Général commandant le Département de la Seine.

Je n’ai pas trouvé mon chef, mais ayant appris l’endroit où il devait se trouver, j’ai pu le saisir au téléphone. Il a eu l’air un peu ahuri de ce qui m’arrivait, me demandant si ce brusque départ était motivé par les ennuis que j’avais éprouvés ces temps derniers. Je lui affirmai qu’il n’en était rien, ce qui est vrai, et que ma nouvelle affectation était la suite d’une demande remontant à bien des mois, et c’est ainsi que j’ai pris congé de lui.

Je me suis également rendu à l’Etat-Major du Département de la Seine pour faire mes adieux au Commandant Dumolin qui a toujours été très bien pour moi. Il m’a reçu d’une façon très sympathique, manifestant son regret de me voir partir ; je lui ai alors un peu entrouvert mon cœur et laissé entrevoir les raisons qui faisaient que je quittais le secteur sans la moindre peine. Il n’a trop rien dit, mais j’ai très bien senti qu’il était au courant de bien des choses et ne me désapprouvait pas, loin de là !

En attendant, je pars demain pour Creil, Creil, ce pays dans lequel il y a 3 ans j’ai tant souffert moralement et physiquement.

Ma solde vient de m’être payée, je suis muni de mon ordre de transport et de toutes les pièces que je dois emporter ; le trésorier qui, certainement me voit partir sans le moindre déplaisir, s’est arrangé de façon à être absent à l’heure où je devais venir ; je n’en ai point du tout été fâché et me suis très facilement contenté de n’avoir affaire  qu’à son sergent secrétaire.

Adieu, Secteur, au plaisir  de ne pas te revoir !

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