Souvenirs de Campagne - Grande Guerre 14-18

05 décembre 2016

5 Décembre 1916

5 Décembre 1916

C’est fait, le Colonel Welter nous a quittés depuis le 30 Novembre. Avant de partir, il a adressé aux G.V.C.[1] du Secteur, par la voix de la Décision Journalière, un ordre du jour rédigé en termes assez émouvants, ma foi, et dans lequel il leur exprimait son regret de se séparer d’eux alors qu’il espérait qu’on le maintiendrait à leur tête jusqu’à la fin de la Guerre.

Son successeur est un chef de Bataillon –de l’active- du 233e, d’Arras, atteint de multiples blessures et, particulièrement, d’une au bras droit, qui lui enlève à peu près totalement l’usage de ce membre. Haut en couleurs, grand et fort, c’est un assez beau soldat ; il est titulaire de nombreuses et élogieuses citations, paraît-il.

J’ai pris, auprès de lui, mes fonctions d’adjoint car ceux de son prédécesseur sont partis en même temps que ce dernier, l’un chez lui, l’autre, à sa section de Stains. J’ai donc changé de bureau et fais, maintenant, vis-à-vis au Commandant Badel[2] qui, d’ailleurs, est souvent absent, alors que, au contraire, il semble croire que moi, je ne doive jamais m’absenter. En effet, il vient quelquefois le matin, faire une courte apparition, et on ne le voit plus que le soir vers 5 ou 6 heures et alors, il ne se décide plus à partir, ce qui me fait rentrer chez moi à des heures insolites.

Je ne sais si je m’abuse, mais cet excellent commandant me paraît tout à fait disposé à changer totalement les méthodes de commandement auxquelles étaient habitués nos braves G.V.C. et cela pourrait bien nous occasionner des ennuis car il ne faut pas oublier que les G.V.C. sont, ou de vieux pépères R.I.T.[3] ou des S.X. (soldats auxiliaires) n’ayant, pour la plupart, jamais fait de service actif et, avec des soldats de cette trempe, il faut une discipline tout de même un peu plus paternelle et moins rigoureuse qu’avec de jeunes blancs-becs de l’active. Enfin, ne soyons pas pessimiste et espérons que tout s’arrangera.

C’est encore un type un peu extraordinaire que le commandant et qui a eu, lui aussi, son heure de célébrité. En effet, c’est lui qui a été, quelques années avant la Guerre, le héros d’une aventure qui a fait quelque bruit dans les journaux et dont je me souviens très bien.

Il était alors Capitaine et en garnison à Douai, avec le Bataillon du 33e détaché dans cette ville, et son fils y suivait les cours du Collège. Un jour, un professeur mécontent de son élève, ne trouve rien de mieux que de l’affubler d’un bonnet d’âne et de dessiner à la craie sue ses vêtements, des épaulettes à trois galons de capitaine, le tout agrémenté de l’épithète « ordibus ».

On juge de la colère du père en apprenant l’incident ; sans perdre une minute, il va attendre le professeur en question à la porte du collège et, ne lui donnant pas le temps de s’expliquer, il lui inflige une correction à le laisser sur le carreau.

1907 07 26 L'Express du Midi & fait divers

1907 07 27 Est Républicain & fait divers

1907 08 03 Le Courrier du Finistère & fait divers

L’affaire fit grand scandale dans la région et fut portée devant les tribunaux qui, loin de condamner le Capitaine Badel, estimèrent qu’il ne pouvait être inquiété, son geste étant, en somme, légitime et résultant d’une provocation particulièrement odieuse.

Sollicité par les partis d’opposition, le Capitaine Badel avait été, à cette époque, sur le point de quitter l’armée pour se présenter à la députation, ce à quoi il avait, en définitive, renoncé.

C’est lui-même qui m’a raconté cette histoire, car je dois dire qu’il aime un peu faire sa propre apologie. Il est vrai que l’on n’est jamais mieux servi que par soi-même.



[1] G.V.C. : Garde des Voies de Communication (NDLR)

[2] A travers des recoupements, voici sans doute la trace de ce commandant Badel : le 233e régiment d'Infanterie est un régiment d'infanterie constitué en 1914. Il est issu du 33e Régiment d'Infanterie : à la mobilisation, chaque régiment d'active créé un régiment de réserve dont le numéro est le sien plus 200. (Wikipédia)

La situation du 33ème R.I au début 1915 -Organisation du Régiment : Le Chef de Corps au 1er Août 1914 est le Lieutenant-Colonel Jean-Paul Stirn. Il a pour commandant en second le Lieutenant-colonel Grandjean. Le capitaine Badel est son capitaine-adjudant-major (Officier Adjoint). (in http://www.33ri-guerre-14-18.fr/operations-annee-1915/ ) (NDLR)

[3] R.I.T. Régiment d’Infanterie Territorial : pendant la Grande Guerre, le régiment d’infanterie territorial, ou RIT, était une formation militaire composée des hommes âgés de 34 à 49 ans, considérés comme trop âgés et plus assez entraînés pour intégrer un régiment de première ligne d’active ou de réserve. (NDLR)

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10 novembre 2016

10 Novembre 1916

10 Novembre 1916

Je crois qu’il va se produire du nouveau au Secteur avant longtemps ; en effet, une récente circulaire Ministérielle prescrit de renvoyer chez eux, dans le plus bref délai, les officiers âgés dont la présence n’est plus indispensable maintenant que nombre d’officiers blessés sont susceptibles de pouvoir les remplacer dans leurs emplois de l’arrière. Rien de plus logique que cette mesure qui permet de réaliser de notables économies tout en donnant satisfaction à des quantités d’officiers blessés ou convalescents qui ne demandent qu’à se rendre utiles ; mais la chose ne vas pas sans pleurs, ni grincements de dents car ces messieurs les ancêtres et les fossiles se complaisent dans leurs différents fromages et il est toujours pénible de céder la place à d’autres et de désarmer, surtout, quand on occupe une bonne petite sinécure où l’on ne fait pas grand-chose et où l’on ne court aucun risque.

La circulaire en question touche particulièrement le secteur qui comprend un nombre assez élevé de ces vieux pontes. Le colonel lui-même, n’y échappe pas et doit partir vers la fin du mois ; son premier adjoint également, le Commandant de Panniaga[1], personnage falot et assez terne malgré son nom à particule, et d’autres encore.

 

1916 11 10 André de Paniaga cf. note n°1 ci-dessous

 

En dehors de ces éliminations pour vétusté, toujours pour raison d’économie et aussi parce que les circonstances présentes ne nécessitent plus un service de garde d’une telle importance, un certain remaniement du secteur, aboutissant à un resserrement d’effectif assez sensible, va s’accomplir dans les sections.

Le commandant du secteur n’aura plus qu’un seul adjoint et c’est moi qui remplirai cet emploi tout en conservant mes fonctions actuelles. Je ne m’attendais pas à tant d’honneur et accepte sans déplaisir ce changement dans ma situation qui deviendra ainsi, je l’espère, un peu moins monotone. C’est sur la proposition du Colonel Welter, qui m’en a fait part lui-même, que cette décision a été prise en ma faveur par le commandement ; me serais-je trompé sur le compte de mon chef et gagnerait-il à être mieux connu ? Il est, en tous cas, un peu tard pour m’en apercevoir. Son second adjoint, le capitaine Moron, un madré[2] angevin, prend le commandement d’une section dont le chef est envoyé planter ses choux.

J’ai oublié de signaler que, quelques jours après mon arrivée au secteur, l’Officiel avait publié une mutation m’affectant, pour ordre, à un vague régiment de Territoriale, la 35e[3], je crois, dont le dépôt est commun avec celui du 31e Régiment d’Infanterie, et que je ne connaîtrai, sans doute, jamais. Je dois avouer que ce n’est pas sans un petit serrement de cœur que j’ai vu se briser les derniers liens qui m’attachaient encore à mon pauvre 226!

Cependant, j’ai, maintenant, la consolation de voir souvent un de mes anciens camarades du début de la guerre, dont j’ai déjà parlé plusieurs fois ; il s’agit du Docteur Hanns[4] qui, après un séjour assez court à Bar-le-Duc, a réussi à se faire diriger sur Paris, ainsi qu’il l’espérait. Sa blessure étant moins grave qu’on avait pu le craindre tout d’abord, il est maintenant en convalescence et pense être prochainement affecté à un service du G.M.P.[5] Nous ne passons guère de semaine sans nous voir et, bien entendu, ma maison lui est ouverte, ce qui lui est très sensible car, n’ayant pas de famille ici, il se trouve ainsi, un peu moins isolé.


[1] Plutôt orthographié Paniagua. De fortes présomptions me poussent à penser qu’il s’agit ici d’André de Paniagua, né en 1848 et auteur d’un certain nombre d’ouvrages, dont le plus célèbre fut « Géographie Mythique » publiée en 1911. En 1916, de Paniagua avait 68 ans et méritait bien amplement de se retirer des affaires militaires. Voici une autre preuve pour appuyer mon hypothèse : « Procès-verbal, du.22 décembre 1921. — Assemblée générale,  Rapports du Secrétaire Général et du Trésorier. – Elections. — Procès-verbal — Correspondance.  - Nouveaux Membres. — Distinctions. — Bibliothèque. — Communications. — MM le commandant A. de PANIAGUA; PAGÈS-AM.ARY ; d'ALIBERT. —. Tables des Auteurs et des Matières. » (Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE DE FRANCE, fondée le 17 Janvier 1904, reconnue d'Utilité publique, par Décret du 28 Juillet 1910, SIÈGE SOCIAL 250: rue Saint-Jacques PARIS V). On peut ainsi supposer que le peu d’appétence aux fonctions militaires du commandant étaient en grande partie du à son goût pour l’étude et la recherche dans le domaine de la préhistoire, puisqu’il est au moins cité à six reprises pour des parutions entre 1909 et 1921, quatre avant guerre et deux après. Pas de contribution pendant la guerre, ce qui pourrait s’expliquer par le fait qu’il a bien été mobilisé pendant sa durée, au moins de 1914 à 1916. (NDLR)

[2] Madré : étymologie - De l’ancien français madrer (« veiner, marbrer »), signification - Rusé, matois, qui sait plus d’un tour (familier). (NDLR)

[3] Par la suite, j’ai bien regretté cette décision prise à mon égard, car tous les officiers qui, après moi, ont été affectés au secteur, ont simplement été détachés de leur corps d’origine et non plus mutés au 35e R.I.T (Régiment d’Infanterie Territoriale). (Note de l’auteur)

[4] Pour le Dr Hanns, consulter 6, 13 et 26 août, 13, 27 et 28 septembre, 2 octobre 1914, 10 août et fin octobre 1915. (NDLR)

[5] G.M.P. – Gouvernement Militaire de Paris. (NDLR)

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27 octobre 2016

27 octobre 1916

27 Octobre 1916

Lucien réalise le dessin à la plumeci-dessous en octobre 1916, intitulé « Pour l’humanité, pour la patrie ». Il le date et le dédicace à sa femme le 27. C’est une copie du peintre Jean-Joseph Weerts (1846-1927), fils aîné d'émigrés belges venus à Roubaix à la recherche d'un emploi dans l'industrie textile en plein essor. « Il est l'auteur d'une œuvre prolixe : portraits issus de la tradition académique, minuscules portraits expressifs, décors monumentaux peuplés de portraits de personnages célèbres, tableaux d'histoire religieuse, privilégiant cependant les épisodes de la Révolution Française, et se distingua dans des scènes de peinture militaire et patriotique par lesquelles il contribua à donner une image héroïque popularisée par les livres d'histoire » (in Vie et œuvre du peintre Jean-Joseph Weerts, par Chantal Acheré-Lenoir).

1916 10 27 d'après Weerts (1)

1916 10 27 d'après Weerts (2) copie signée et dédicacée  en bas à droite du dessin

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15 octobre 2016

Retour de Verdun

Retour de Verdun

   On situe la durée de la bataille de Verdun entre le 21 février et le 19 décembre 1916. Jean Droit (1884-1961), qui fut Sergent sous les ordres de Lucien Proutaux et qui demeura son ami jusqu’à sa mort, écrit ici un texte qui décrit l’enfer de Verdun, illustré de quelques uns de ses dessins. L'article est paru dans le Figaro Littéraire (semaine du 30 juillet au 5 août 1964) et il a été conservé par Julie, la veuve de Lucien dans sa cantine de guerre. Jean Droit s’était brillamment fait remarquer à Verdun.

Jean Droit Retour de Verdun (1)

Jean Droit Retour de Verdun (2)

Jean Droit Retour de Verdun (3)

 

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08 octobre 2016

Octobre 1916

Octobre 1916

Le mois dernier, j’ai réussi à obtenir du Colonel quelques jours de permission que j’ai passés avec les miens, en Saintonge ; je dis « j’ai réussi à obtenir», parce que lorsque j’ai parlé de permission à mon chef – permission à laquelle j’avais doublement droit, n’ayant joui d’aucune convalescence à ma sortie de l’hôpital et me trouvant, en outre, dans les délais prévus par les circulaires du Ministre pour bénéficier de mes sept jours de détente – il a commencé par me rabrouer vertement en me disant que ce n’était pas le moment de prendre des permissions et que, si je n’étais pas un officier blessé, il refuserait tout net de souscrire à ma demande.

1916 09 Baignes

Toute la famille réunie à Baignes Sainte Radégonde (Charente), dans le parc de la maison des Broussard, en septembre 1916 à l’occasion de la permission durement décrochée par Lucien… De gauche à droite, assis, André Broussard (maire de Baignes), Marie Broussard née Furet (sœur aînée de Julie, mariée à André Broussard), Julie Proutaux née Furet (femme de Lucien), Denise Proutaux (fille aînée de Lucien) – debout, Lucien Proutaux, Jeanne Proutaux née Furet (femme de Maurice Proutaux et sœur de Marie et de Julie) et Simone (fille benjamine de Lucien. Il manque Maurice Proutaux, le frère aîné de Lucien, prisonnier en Allemagne, au fort de Torgau(Saxe du Nord).

 L’autre jour, en pénétrant dans le bureau du Colonel, j’en ai trouvé le nombreux personnel en effervescence. Cet émoi était occasionné par ce fait qu’une section du secteur venait de faire parvenir au Colonel un lot de 150 ou 200 numéros de cette ignoble « Gazette des Ardennes », rédigée en français par des Allemands et des traitres, dans les régions envahies, et destinée à hâter la démoralisation des malheureuses populations qui attendent, sous le joug des Boches, l’heure tant désirée de la délivrance. Ces journaux ont été lancés par un avion ennemi et, heureusement, recueillis par un brave G.V.C.[1] qui les a aussitôt remis à son commandant de section.

Gazette des Ardennes en 1916 un exemplaire de la Gazette, semblable à celui qui avait été lu par Lucien

L’un d’eux, que j’ai rapidement parcouru, portait en manchette, et en caractères lisibles à 50 mètres :

« Nombre de prisonniers français actuellement dénombrés : 450.000, etc. »

Par cette seule indication, on se rendra compte du but poursuivi par cette feuille infâme, à laquelle collaborent certains Français, paraît-il.

J’aurais bien voulu, à titre documentaire, conserver un exemplaire de ce journal, mais le Colonel n’a rien voulu entendre, tenant à faire parvenir le lot intact au Commandement. Force m’a été, bien entendu, de m’incliner devant cette décision.

 


[1] G.V.C. : Garde des Voies de Communication

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31 août 2016

Entre août et septembre 1916

Entre Août et Septembre 1916

Note de la rédaction: le texte qui suit est incomplet. En effet, le feuillet précédent a disparu. On peut supposer que le Capitaine Proutaux a exprimé les premières impressions ressenties au cours de sa nouvelle affectation. Il décrit ici l’arrivée dans son bureau d’un sous-officier qui s’adresse à lui, le prenant pour son frère aîné, Maurice Proutaux. On se souvient que celui-ci, incorporé dans un corps de territoriaux, a été fait prisonnier dès les débuts de la guerre et se trouve actuellement retenu dans la forteresse de Torgau[1], en Allemagne orientale.

 … d’un autre Proutaux. Il s’excusait et se retirait déjà quand, en riant franchement de sa méprise, et surtout de sa mine décontenancée, je lui appris que, si je n’étais pas celui qu’il cherchait, j’étais son frère ; son visage alors s’éclaira et je lui donnai, sur l’heure, des renseignements sur le sort de son ancien camarade. Ce sergent s’appelait Charpentier et, en partant, il m’a chargé, lorsque la chose me serait possible, de transmettre son bon souvenir à mon frère, ce que je n’ai pas manqué de faire à la première occasion. 

Lucien & Maurice Proutaux les deux frères, à gauche Lucien (1881-1937), à droite Maurice (1876-1956)

 

 


[1] Sur la forteresse de Torgau et le sort des prisonniers français, consulter les titres suivants : 1er janvier 1915, la prison-forteresse de Torgau.

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10 juillet 2016

10 Juillet 1916

10 Juillet 1916

Me voici installé depuis une dizaine de jours ; j’ai eu le temps de prendre contact avec tous ceux dont je vais probablement partager la vie pendant plusieurs mois.

Quelques mots d’abord sur le service auquel je suis pour le moment affecté :

Le Secteur A du service de garde voies et communications est, comme son nom l’indique, chargé de la surveillance des voies ferrées sur les lignes les plus importantes des réseaux du Nord, de l’Est, du P.L.M et de la grande ceinture[1] et de certains points particulièrement délicats, viaducs, ponts, usines électriques, etc, etc.

Actuellement, 5500 hommes[2], échelonnés le long des lignes précitées, sont encore employés à cette surveillance et cet effectif a atteint jusqu’à 7000 hommes dans les premiers mois de la Guerre.

 

train pendant la bataille de Verdun

En gare de Verdun, pendant la bataille(de février à décembre 1916) , train sanitaire atteint de milliers d’éclats d’obus

 (in https://philapostelbretagne.wordpress.com/2016/02/06/les-trains-sanitaires-de-14-18/)



[1] P. L .M & grande ceinture : PLM désigne l'ancienne Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, l'un des ancêtres de la SNCF, ainsi que sa ligne principale, la Ligne de Paris-Lyon à Marseille-Saint-Charles ; la ligne de la grande ceinture de Paris dite Grande Ceinture est une ceinture périphérique ferroviaire autour de Paris à une quinzaine de kilomètres en moyenne du boulevard périphérique. Sa construction fut décidée vers la fin du xixe siècle pour assurer l'interconnexion des lignes radiales reliant la capitale à la province et soulager la ligne de Petite Ceinture créée précédemment. (in Wikipédia). Pour un récit complet de l’histoire du P.L.M., lire l’intéressant article de l’Express (http://www.lexpress.fr/informations/il-etait-une-fois-le-plm_642601.html ) publié le 30/05/2001. NDLR

[2] Les hommes appartiennent pour une partie, la moins importante, à la classe 1880 –service armé- ; l’autre partie, de beaucoup la plus nombreuse, est composée d’auxiliaires de classes un peu plus jeunes. Note de l’auteur.

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28 juin 2016

28 Juin 1916

28 Juin 1916

J’ai vu mon nouveau chef ce matin. Il doit, en effet, avoir un certain âge, mais son accueil, contrairement à ce que je pouvais penser, n’a pas été trop malgracieux ; il m’a semblé, par exemple, un peu surpris de mon arrivée et, d’après ce que j’ai pu comprendre, ayant demandé un officier depuis un temps assez long, et ne voyant venir personne, il ne comptait plus que sa demande recevrait satisfaction.

Ne voulant pas, suivant sa propre expression, « m’emboîter » immédiatement, et m’a dit de ne revenir que le lendemain pour prendre possession de mon service.

Gare de l'Est La Gare de l'Est, siège du S.G.V.C.

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27 juin 2016

27 Juin 1916

27 Juin 1916

Pour éclaircir ce mystère, je ne vois pas d’autre moyen que de retourner au Ministère et là, j’apprends que le secteur A du service de Garde  des Voies & Communications a son siège à la Gare de l’Est. Je suis désigné pour suppléer et, par la suite, remplacer le Lieutenant Carrangeot[1], qui remplit, à ce service, les fonctions de Major et d’officier d’habillement, fonctions qu’il est obligé d’abandonner pour cause de maladie.

Je suis donc fixé, mais que voilà donc un servie bien peu reluisant pour un ancien commandant de compagnie d’un des plus beaux, sinon le plus beau, régiments de la 70e Division ! Enfin, s’il m’est permis, là encore, de me rendre un peu utile, j’en serai bien heureux.

Pour aujourd’hui, je me contente de faire de nouveaux adieux à l’Hôpital que je quitte pour la seconde fois et de me rendre à l’Etat-Major du Général commandant le Département de la Seine, duquel dépend mon nouveau service. Là, je vois le chef d’Etat-Major, le commandant Dumolin[2], celui-là même qui m’a remis ma croix de guerre il y a plusieurs mois. Il me reçoit très aimablement, me donne quelques renseignements sur le secteur et son chef, un très vieil officier, le Lieutenant-Colonel Welter, d’une certaine valeur, mais d’un caractère pas très facile, me dit-il. Il me remet, en outre, une copie de la décision relative à mon affectation et dont voici le texte :

                                                                       Paris le 26 Juin 1916

Le Général de Division Dubail, Gouverneur Militaire de Paris à Monsieur le Général Commandant le Département de la Seine

 

Le Ministre fait connaître par message téléphoné du 24 Juin, n°5480 C/I, que le Lieutenant Proutaux, du 226e d’Infanterie, en traitement à l’Hôpital auxiliaire n°49, à Paris, est affecté au S.G.V.C. Secteur A.

M. le Directeur du Service de Santé a reçu l’ordre d’inviter cet officier à rejoindre son nouveau poste le plus tôt possible.

(Réponse à la transmission du 30 Mai dernier n°2155 G.V.C.)

P.o. Le Chef d(Etat-Major

Signature : illisible

 

Copie conforme notifiée pour exécution à Mr le Commandant du Secteur A du Service de G.V.C.

Paris, le 27 Juin 1916

Le Général

Commandant le Département de la Seine

P.o. Le Chef d’Etat-Major

Signé : Dumolin.

 

Muni de ce papier, je me présenterai demain matin à mon nouveau chef à la Gare de l’Est.

Quelques portraits des G.V.C, extraits de "Forum Militaire" (http://www.forum-militaire.fr/topic/2613-portraits-en-photos-des-combattants-de-1418/#comment-43530)

un bon vieux territorial ayant le fonction de garde-voies garde-voie en 1915

à gauche: "Un bon vieux Territorial ayant la fonction de garde-voies"; à droite: "Garde-voies en 1915".

GVC en 1915 fusil Gras cartouchière baïonnette brassard G.V.C en 1915, fusil Gras, baïonnette, cartouchière et brassard.


[1] Je trouve trace à deux reprises d’un lieutenant Carrangeot, dans les lois et décrets parus au J.O. de la République Française : en 1904, il est passé du 24e R.I. au 18e, puis en 1906, du 18e au 59e R.I. Auparavant, un sous-officier du nom de Carrangeot fut admis à l’école militaire de St Maixent en 1898 (in La France Libre n°1133 du 16 mars 1898). Ceci pourrait être le parcours militaire de cet officier de carrière né aux alentours de 1878.(NDLR)

[2] Commandant Dumolin : voir le 2 mars 1916. (NDLR)

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26 juin 2016

26 juin 1916

26 juin 1916

Un pneu tout-à-fait urgent me réclame impérieusement rue de la Chaise[1]. Il faut dire que, quoique comptant toujours à l’Hôpital, je n’y couche plus depuis un certain temps et n’y fais plus qu’une brève apparition un jour sur deux pour me faire panser. Cette convocation précipitée avait pour but de me donner communication d’une note du Directeur du Service de Santé du G.M.P[2] me prescrivant que, étant affecté à un emploi d’officier-comptable au secteur  A du S.G.V.C.[3], du G.M.P., j’avais à rejoindre mon poste dans le plus bref délai.

Cette nouvelle ne me surprend pas outre mesure car, vers le mois de février dernier, pensant que, malgré mon invalidité, je pourrais rendre quelques services dans un emploi sédentaire quelconque, j’avais tenté une démarche au Ministère de la Guerre. Un camarade m’avait conseillé de voir, à cet effet, le chef ou l’un des sous-chefs du Cabinet du Ministre, ce que j’avais fait. J’avais donc été reçu par l’un des sous-chefs, le lieutenant-colonel Eychenne qui m’avait accueilli fort courtoisement et, après avoir soigneusement noté mes aptitudes particulières, m’avait promis de s’occuper de moi et de me trouver une place.

Là-dessus, le Ministre, qui était alors Gallieni, avait dû se démettre de ses fonctions pour raison de santé et était même décédé depuis ; avec son successeur était arrivé un personnel nouveau et, depuis longtemps, je ne comptais plus que ma démarche serait suivie d’un résultat quelconque.

Général Gallieni gouverneur de Paris puis ministre de la guerre 1849-1916 Le général Gallieni (1849-1916) , gouverneur militaire de Paris en 1914, puis Ministre de la guerre jusqu'en mars 1916.

Eh bien ! j’étais dans l’erreur puisque près de cinq  mois après, je recevais une affectation.

Mais, voilà ! Où peut bien se trouver le Secteur A du S.G.V.C. du G.M.P. ?

convocation secteur A SGVC voici une convocation pour le fameux Secteur A du S.G.V.C datant de 1914.



[1] Lieu où se situe l’hôpital militaire où Lucien Proutaux est demeuré de longs mois en raison de ses blessures. (NDLR)

[2] G.M.P. : Gouvernement militaire de Paris, créé en 1873, suite à la guerre de 1870, mais le rôle de gouverneur militaire de Paris remonte à la Guerre de Cent Ans. Durant la guerre de 14-18, se sont succédé à ce poste les  généraux : Gallieni, Maunoury, Dubail et Guillaumat.  (NDLR)

[3] S.G.V.C. : "Service des Gardes Voies de Communications". Dès l'entrée en guerre de la France en août 1914, plus de 200 000 hommes sont mobilisés pour le service de la garde des voies de communication, et rejoignent leurs postes de garde répartis dans toute la France, avec pour mission de surveiller les voies de chemins de fer, les lignes télégraphiques et bien d'autres infrastructures stratégiques dans le contexte de guerre (NDLR)

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