Souvenirs de Campagne - Grande Guerre 14-18

16 juin 2018

16 Juin 1918

16 Juin 1918

Les Boches ont été sur Paris la nuit dernière et ont laissé tomber quelques bombes. On n’a pas de renseignements sur les dégâts qu’ils ont pu commettre. En revanche, il paraît que les Boches ne tirent plus.

Ici, la vie reprend, calme et monotone comme devant. A dater du 21, les permissions cesseront d’être suspendues ; aussi les visages sont-ils rassérénés et, à la popote, les histoires de l’X et de l’Ecole de Guerre et les questions d’avancement sont revenus à l’ordre du jour.

Tous nos officiers d’Etat-Major sont, sans exception, des officiers remarquables, travailleurs, consciencieux et esclaves du devoir et, en ce qui concerne notre service particulier, dans lequel ils sont spécialisés, ils se montrent réellement à la hauteur de leurs fonctions ; mais, comme tous leurs pareils, par certains côtés, ils ont un peu conservé une mentalité d’écolier. C’est ainsi que depuis plusieurs mois, le Colonel Boquet s’est mis dans l’idée d’avoir un cheval et de faire, flanqué d’un ou deux de ses collaborateurs, de matinales promenades à cheval dans la campagne. Il a donc fallu que je fasse démarche sur démarche auprès du commandement pour obtenir la monture tant désirée et, à chaque fois, on me demandait anxieusement le résultat des pourparlers ; ceux-ci viennent enfin d’aboutir et, depuis que les choses sont au calme, les promenades projetées ont commencé mais je suis bien persuadé qu’elles ne tarderont pas à s’espacer et que dans peu de semaines, peut-être même peu de jours, elles cesseront tout à fait et le beau cheval que j’ai eu tant de peine à obtenir, sera délaissé et abandonné à l’ordonnance, comme un jouet qui a cessé de plaire…

Le Lieutenant-colonel Chaudoye[1], commandant le 5e Génie, -brave homme mais personnage un peu terne- qui avait été promu colonel aux promotions d’avril dernier, nous a quittés, il y a environ un mois, pour aller prendre le commandement du Génie d’un Corps d’Armée. On se souvient que, étant le plus ancien lieutenant-colonel, c’était lui qui présidait notre popote. Ce départ a été accueilli avec une certaine satisfaction par nos grands chefs, car, depuis qu’il avait obtenu son cinquième galon d’or, la situation du Colonel Chaudoye était devenue un peu délicate, voire même difficile, à la D.T.M.A, le chef de celle-ci n’étant toujours que Lieutenant-colonel.

                1918 06 16 chaudoye Est Républicain 27 12 1927                              1918 06 16 Chaudoye à Polytechnique (1886)

à gauche: Extrait de L’Est Républicain du 27 décembre 1927. Henri Jean Baptiste CHAUDOYE (1867-1928), Polytechnicien, Général de Brigade (1923), Directeur du Génie à Paris ; Commandeur de la LH (23/12/1927) (in  http://www.bibliotheque.polytechnique.fr/Aleph/040-Chaudoye-X-1886.jpg )

à droite: Portrait d’Henri Chaudoye en 1886, élève de Polytechnique (in https://bibli-aleph.polytechnique.fr/exlibris/aleph/a23_1/apache_media/R37JMEY66YHG9FCB67AACJ69XFPBI5.jpg )

Son successeur, au commandement du Régiment des Sapeurs de chemin de fer[2], est le Lieutenant-colonel Bachellery[3], récemment promu, qui était déjà à la tête d’un groupe de Compagnies de ce régiment.

1918 06 16 évasion du Capitaine Lux

L’évasion du Capitaine Lux rappelée dans la note de bas de page   (in http://cent.ans.free.fr/pj1912/pj110414011912.htm )

 

1918 06 16 Bachellery élève de Polytechnique       1918 06 16 général de brigade Bachellery

à gauche: Félix Henri Fortuné Bachellery (1872-1947), élève de Polytechnique (in https://bibli-aleph.polytechnique.fr/exlibris/aleph/a23_1/apache_media/1ICSIRF2DAKTGJKG6FFVY6L91TN88M.jpg )

à droite: Le même devenu général de Brigade (in http://museedesetoiles.fr/piece/general-brigade-bachellery/ )



[1] Promu général de brigade après la Guerre, le Colonel Chaudoye, après différents emplois, était directeur du Génie à Paris quand il a été atteint par le limite d’âge le 29 juin 1927. Décédé en juin 1928. (note de l’auteur)

[2] Une des unités du 5e Génie est commandée par le Capitaine Lux, qui a eu son heure de célébrité un an ou deux avant la guerre. C’est exactement dans la nuit du 27 au 28 décembre 1912 que le Capitaine Lux qui, arrêté à Friedrichshafen par les autorités allemandes sous l’inculpation d’espionnage, avait été condamné à 6 ans de forteresse par la Cour Suprême de Leipzig, s’évada de la prison de Glatz. On pourra se souvenir, en effet, que, arrêté en Allemagne sous l’inculpation d’espionnage –cette inculpation était-elle fondée ou ne l’était-elle pas, je n’en sais rien- il avait réussi à s’évader de la forteresse dans laquelle on l’avait enfermé, et à regagner la France ; cette affaire avait fait assez de bruit à l’époque. Chose curieuse, cet officier a une très mauvaise presse ici et il est à remarquer qu’il ne possède toujours que le grade qu’il avait au moment de son aventure ; il lui est impossible de décrocher son quatrième galon et, en outre, on ne veut absolument pas le laisser partir aux Sapeurs-Mineurs, malgré les demandes réitérées qui sont invariablement transmises avec avis défavorable. En 1932, le Capitaine Lux, qui a quitté l’armée, est ingénieur principal à la Compagnie de l’Est et chef de Bataillon de Réserve du Génie. Le 1er janvier 1935, il vient d’être promu Officier de la Légion d’Honneur.

[3] Colonel depuis plusieurs années, le Colonel Bachellery, après avoir occupé différents postes, vient d’être, en juillet 1927, nommé commandant du Génie de la 6e Région à Metz. C’est un homme de valeur en même temps qu’un officier au caractère très loyal et très droit. Le 19 septembre 1927, il est promu au grade de général de Brigade et conserve son emploi à Metz. (note de l’auteur)


15 juin 2018

15 Juin 1918

15 Juin 1918

Le front est redevenu calme. Est-ce pour longtemps ? Pourvu que cette tranquillité momentanée suggère à nos grands chefs l’idée de rouvrir le robinet des permissions !

      1918 06 15 soldats au repos             1918 06 15 la file de bagages devant la gare d'Austerlitz

                15 juin: repos devant les abris du 221e R.I.                                             ..et au même moment, longue file de bagages devant la gare

                                                                                                                                                 d'Austerlitz pour des Parisiens fuyant la capitale.

(in http://archives.ecpad.fr/wp-content/uploads/2010/06/1918-06.pdf)

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12 juin 2018

12 Juin 1918

12 Juin 1918

C’est le cœur en fête que j’accomplis ma besogne quotidienne aujourd’hui, car les nouvelles sont bonnes, très bonnes, même… Non seulement les Boches n’avancent plus, mais c’est nous qui leur reprenons du terrain ! Non, ils n’iront pas à Paris et, cette fois, je crois qu’avec les Américains, nous avons des alliés dignes de nos soldats et qui, poussés par un noble sentiment d’émulation, s’efforceront de les égaler.

Le temps est redevenu beau après avoir été détraqué pendant 48 heures.

1918 06 12 troupes d'assaut américaines

Troupes d'assaut américaines dans le village de Cantigny, à l'Ouest de Montdidier, photo prise le 28 mai 1918 (Coll. pers. L'Illustration du 1er juin 1918)

1918 06 12 batteries d'artillerie américaines

Batteries d'artillerie américaines, sur les bords de l'Aire, tirant sur les colonnes ennemies en retraite (Coll. pers. L'Illustration du 5 octobre 1918)

1918 06 12 Soldats américains traversant Varennes

Soldats américains traversant les ruines de Varennes, le premier jour de l'offensive en Argonne (Coll. pers. L'Illustration du 5 octobre 1918)

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11 juin 2018

11 Juin 1918

11 Juin 1918

Hier, le colonel Boquet m’en ayant très aimablement donné l’autorisation, j’ai accompagné le commandant Virlet, que ses fonctions appelaient au Ministère des Travaux Publics, auprès du « Pépère[1] »…

1918 06 11 Albert Claveille en 1917

Albert-André Claveille est un ingénieur et homme politique français, né le 1er janvier 1865 à Mouleydier (Dordogne) et mort dans cette commune le 6 septembre 1921. Ingénieur en chef puis inspecteur général des Ponts et Chaussées, il fut le grand promoteur de l'usine hydroélectrique de Tuilières. Il fut membre du Gouvernement de 1916 à 1920 (ministre des Travaux publics et des transports du 12 septembre 1917 au 20 janvier 1920 dans les gouvernements Painlevé et Clemenceau)(in https://fr.wikipedia.org/wiki/Albert-Andr%C3%A9_Claveille )

Il y avait longtemps que je désirais faire cette fugue pour me rendre compte par moi-même de l’état de notre pauvre maison et m’assurer qu’elle n’avait pas eu à souffrir des bombardements d’avions ou de Berthas.

Il ne fallait, d’ailleurs, pas manquer d’une certaine témérité pour tenter cette escapade, car n’allais-je pas affronter le feu du canon….

Partis en auto de Provins vers 8 heures, nous étions à Paris à 10 heures  ¼ et, après avoir déposé mon compagnon au Ministère, je filais aussitôt sur Clichy où je trouvais notre « home » intact, mais dans quel état de poussiéreux abandon !

J’ai ensuite, été demander à déjeuner à une de nos parentes, celle-là même qui était arrivée la première[2] à mon chevet de blessé à Creil, en octobre 1914, et puis, j’ai fait un tour de promenade et, ainsi, ai pu me rendre compte que bon nombre d’habitants de la capitale ont abandonné leur bonne ville, certains quartiers semblant absolument vides ; d’autres, toutefois, présentaient presque leur animation habituelle. Cinq ou six coups de canon lointains se sont fait entendre pendant mes quelques heures de séjour, mais les Parisiens n’ont réellement pas l’air d’y faire trop attention.

1918 06 11 Paris déserté

Ci-dessus, une marchande de fleurs, en face du 53 rue Cambon, en juin 1918 : carte postale colorisée qui donne à la fois l’impression que Paris est désert et que ceux qui y sont restés vaquent à leurs occupations sans se soucier du bruit du canon… (in http://www.nouvelobs.com/galeries-photos/photo/20130125.OBS6744/en-images-paris-en-couleur-il-y-a-100-ans.html )

A 17 heures ½, je retrouvais le commandant Virlet et nous reprenions aussitôt le chemin du G.Q.G. où nous arrivions juste pour le diner.



[1] Comme indiqué en date du 30 mars 1918, il s’agit du ministre Claveille

[2] Voir en date du 22 octobre 1914 la visite de la cousine Marie Nouailhetas

09 juin 2018

9 Juin 1918

9 Juin 1918

Les Boches ont recommencé à attaquer entre Montdidier er Noyon[1]. On les arrêtera encore, mais qu’ils se rapprochent de Paris ….. et que ma permission s’éloigne ! Ah ! ils savent bien ce qu’ils font, ces bandits, en renouvelant sans cesse leurs offensives ! Ils veulent à tout prix obtenir une décision avant que les Américains soient en nombre suffisant pour nous épauler d’une façon efficace[2]. Il s’agit donc encore une fois pour nous de tenir bon assez longtemps. Pourvu que nos ressources en hommes nous permettent de le faire !

1918 06 09 Montdidier

La bataille du Matz s'est déroulée du 5 au 13 juin 1918 le long du Matz, appelée par les américains la "Bataille de Montdidier-Noyon". Dans le cadre plus général de l'offensive du printemps, aussi nommée bataille du Kaiser (Kaiserschlacht), ou offensive de Ludendorff, c’est une offensive allemande de grande envergure visant à réunir les deux saillants de Compiègne, suivie d'une contre-attaque française. Photo : Les voyages de M. Clémenceau au front, un déjeuner du Président du Conseil à l’entrée de Montdidier ; à la table dressée devant une maison en ruines, M. Klotz, ministre des Finances, est assis en face de M. Clémenceau. (Coll. pers., L’Illustration du 24 août 1918)



[1] A l’occasion des offensives de 1918 -21 mars, 12 avril, 27 mai, 5 juin- Ludendorff (1865-1937, général et homme politique allemand, NDLR) devait dire de la France plus tard : « Quelle nation que celle qui résiste à de tels dangers! » (note de l’auteur)

[2] Lucien tient ici le même langage que l’ancien ministre Delcassé, qui s’exprimait le 5 juin (cf sa déclaration du 5 juin 1918) (NDLR)

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07 juin 2018

7 Juin 1918

7 Juin 1918

La 82ème Soviet

Pas de texte aujourd’hui, 7 juin 1918, de Lucien Proutaux, mais une curieuse photo dédicacée datée de ce jour, carte trouvée dans une brocante toulousaine. Voici ce qu’on peut lire au dos de la photo :

« Au verso, la fameuse « 82e Soviet », Brigade des AG ( ?), ce 7 juin 1918, Fontainebleau »

Parmi les signataires qui ont tous apposé leur griffe, on relève quelques noms lisibles parmi les 22 signatures : Wiesser, H. Vervier, Vatine, Santelli, Berlioz, Max Rivière, Decan, Adam ….

Il serait intéressant de découvrir ce que cache cet étonnant surnom de « 82e Soviet »…

1918 06 07 82e Soviet (1)

1918 06 07 82e Soviet (2)

 

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05 juin 2018

5 Juin 1918

5 Juin 1918

Il semble que, depuis 48 heures, le front se calme un peu. D’ailleurs, toutes les dernières attaques boches ont été impitoyablement rejetées ; seulement, cela ne suffit pas, il faudrait reprendre à l’ennemi une partie au moins du terrain perdu. Pourrons-nous le faire ? Je l’ignore, mais il faut toujours avoir confiance.

1918 06 05 Théophile Delcassé

 Ce 5 juin 1918, Théophile Delcassé (1852-1923), ancien ministre des Affaires Etrangères, en 1914-15, déclare : « L'ennemi, qui voit affluer les Américains, est pressé d'en finir. Pour nous, il faut que la lutte se prolonge jusqu'à l'entrée en ligne de nos nouveaux alliés. » (cliché https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Th%C3%A9ophile_Delcass%C3%A9.jpg )

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03 juin 2018

3 Juin 1918

3 Juin 1918

En raison des événements, le travail ne manque pas en ce moment, dans notre service, on doit s’en douter, et, depuis 8 ou 10 jours, il ne m’est pas arrivé un seul soir, de pouvoir me coucher avant minuit…

Non seulement les Boches ne veulent pas nous laisser profiter de nos permissions, mais ils nous obligent à poursuivre, sans la plus petite interruption, notre obscure tâche, si ingrate et si peu glorieuse. Ah ! si seulement je pouvais encore prendre une part active à la bataille ! Mais je dois me contenter d’accompagner les combattants des vœux ardents que forme mon cœur qui saigne toujours plus à chaque nouveau lambeau de notre sol arraché par nos ennemis.

Ma pauvre petite ville natale –Abbeville- est, à l’heure actuelle, bien abimée par les bombardements par avions. Placée sur la grande ligne de Paris à Calais, elle reçoit presque chaque nuit la visite de ces ciseaux de mort qui déversent sur elle des tonnes d’explosifs. Que cela est donc triste !

Des cartes postales de la ville natale de Lucien Proutaux qu'il a envoyées à sa future belle-famille avant 1914 (coll.pers)

1918 06 03 Abbeville avant guerre (1)  1918 06 03 Abbeville avant guerre (2)

1918 06 03 Abbeville avant guerre (3)  1918 06 03 Abbeville avant guerre (4)

1918 06 03 Abbeville avant guerre (5)  1918 06 03 Abbeville avant guerre (6)

Je viens d’apprendre que le Colonel Biesse[1] a été tout récemment promu Général de Brigade à titre temporaire et placé à la tête d’une division d’Infanterie. Cette nouvelle m’a fait plaisir et je vais, sans tarder, envoyer mes félicitations à mon premier chef de guerre.



[1] Sur le Colonel Biesse, voir le 10 novembre 1917 et les 30 janvier et 10 février 1918 (NDLR)

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01 juin 2018

1er Juin 1918

1er Juin 1918

Notre mission italienne a perdu l’un de ses membres, le Commandant Pezzi, désigné, après un séjour d’une quinzaine parmi nous, pour rejoindre la base italienne installée à Lyon.

Il a été remplacé, pendant quelques jours, par un capitaine vaguement commissaire de gare je ne sais où, le Capitaine Rodano. Très amusant, cet excellent Italien ; dans la vie civile, il est quelque chose comme brocanteur ou antiquaire à Venise. Il nous a raconté que ce qui l’émerveille le plus, c’est la gaité de nos soldats et, ce qu’il trouve particulièrement impayable, c’est de les entendre vociférer le refrain traditionnel rappelant les malheurs conjugaux du chef de gare toutes les fois que, en traversant une gare, ils aperçoivent un de ces braves fonctionnaires.

Lorsqu’il a pris congé de moi, le Capitaine Rodano m’a dit, avec toutes sortes de marques d’exubérante amitié et en roulant des yeux de braise : « Monsieur Proutaux –je ne puis rendre son inénarrable accent italien- si jamais vous venez à Venise, sur la place St Marc, demandez Monsieur Rodano, tout le monde connaît Mr Rodano à Venise, et je serai enchanté de vous recevoir ! » Je me promets bien, le cas échéant, de mettre à profit une si aimable invitation.

Son successeur définitif est un certain Capitaine Piazzani bien moins amusant et surtout beaucoup moins sympathique.

Pendant que je parle des missions alliées, je m’aperçois que j’ai omis de signaler que, auprès de la D.A.[1] se trouve accréditée une mission anglaise composée du Général Woodroffe, un colosse bon enfant, et du Colonel Hunter, ce dernier remplacé depuis peu par le Colonel Dobney, un colonial. Ces messieurs entretiennent d’excellents rapports avec la D.T.M.A . et sont très chics. Ils sont assez souvent nos hôtes à la popote.

Une autre mission anglaise auprès du G.Q.G. a, à sa tête, le Général Clives, que nous avons également quelquefois à la popote, mais qui, à la D.T.M.A.[2] , jouit d’une presse beaucoup moins favorable que les précédents.

Il y a aussi depuis peu à la D.A. des officiers américains[3] que l’on voit souvent dans nos bureaux, pour des questions de transport bien entendu.

Une mission italienne se trouve également auprès du Général en chef. Elle est dirigée par le prince Ruspoli[4] et est composée d’officiers que je ne connais point et avec lesquels nous ne sommes pas du tout en contact.

1918 06 01 Alessandro Ruspoli VIIPrinc

Prince Alessandro Ruspoli (1869-1952), 7ème Prince de Cerveteri.

Ces différentes missions alliées, auxquelles il faut encore ajouter la mission belge, la mission japonaise qui comprend un certain nombre de ces petits officiers à la mine éveillée, actifs, toujours à la besogne et ne laissant jamais échapper une occasion de s’instruire, et la mission serbe qui ne doit compter qu’un unique membre, un grand colonel, qui promène par la ville, un air nostalgique et triste, sont toutes, sauf celles de la D.A. et de la D.T.M.A., rattachées au 2ème Bureau (il y a eu également une mission russe, et, d’après les anciens du G.Q.G., les officiers qui la composaient s’entendaient à merveille à mener joyeuse vie. Chantilly retentit encore des orgies qu’ils y ont faites, orgies au cours desquelles le champagne coulait à flots. Bien entendu, cette mission n’existe plus depuis que ces alliés de la première heure nous ont abandonnés pour signer leur honteux et déshonorant traité de Brest-Litovsk[5]).

Profitant de ma promenade dans les divers services du G.Q.G., je vais compléter les quelques détails que j’ai déjà donnés sur les principaux bureaux de ce dernier en parlant d’abord des officiers qui les composent et qu’il m’a été donné  de connaître, et, ensuite, des subdivisions annexes qui font également partie intégrante de notre Grand Etat-Major.

A tout seigneur, tout honneur : le 3ème Bureau a pour chef le Colonel Dufieux[6], un ancien du 69e de Nancy, qui, avant la guerre, a fait de remarquables conférences sur le Maroc, à l’Ecole d’Intendance de la 20e Région, conférences parues dans l’intéressant bulletin que publiait cette école qui, détail particulier, était dirigée par le Lieutenant-colonel Grange, mon commandant de brigade au début de la guerre ; il est le bras droit du Général de Barescut –aide-major général chargé des opérations. Tous deux sont des amis de la D.T.M.A. à la popote[7] de laquelle on les voit quelquefois.

1918 06 01 général Maurice de Barescut 1865-1960

le Général Maurice de Barescut (1865-1960) prédécesseur du Colonel Dufieux à la tête du 3ème Bureau https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=6014678

1918 06 01 général de brigade Julien Dufieux 1873-1959

Le Colonel puis Général de brigade Julien Dufieux (1873-1959) successeur du Général de Barescut au 3ème Bureau http://museedesetoiles.fr/portfolio_tag/general-dufieux/

 Le chef d’un  autre important service est également un familier de nos bureaux, c’est le Général Maurin – « c’cochon de Maurin[8] » comme l’appellent nos chefs, en souvenir du conte de Maupassant, avec le héros duquel je pense qu’il n’a de commun que le nom, du reste- qui commande la R.G.A., autrement dit, la Réserve Générale d’Artillerie. Cette réserve, ainsi que son nom l’indique, est un vaste réservoir d’artillerie de tous calibres dans lequel s’alimentent toutes les armées. Elle comprend en outre l’A.L.V.F., Artillerie Lourde sur Voie Ferrée, et l’A.L.G.P., l’Artillerie Lourde à Grande Puissance –n’entrant pas dans la composition organique des Armées, mais dont certains éléments peuvent leur être temporairement affectés suivant les circonstances. Le Général Maurin a eu une carrière particulièrement rapide et brillante ; je me souviens, en effet, avoir entendu une conférence sur l’Artillerie faite pas lui dans un des amphithéâtres de l’Ecole de Guerre, en 1912 ; il était alors chef d’Escadron et commandait le groupe d’artillerie à cheval de la 1ère D.C.

1918 06 01 général Louis Maurin 1869-1956  1918 06 01 Ce cochon de Morin illustré par Henriot

Le Général Louis Maurin (1869-1956)                                   Ce cochon de Morin illustré par Henriot

Il n’est pas seul ici, d’ailleurs, à avoir eu un avancement aussi foudroyant, le Général Duval, aide-Major général, était, à la même époque -1912- capitaine au 102 ou au 103, à Paris, et je me rappelle également 2 ou 3 conférences faites par lui, au même endroit et auxquelles j’ai assisté.

                - L’I.G.A., Inspection Générale de l’Artillerie, chef : le Général Herr[9].

1918 06 01 L'Artillerie général Herr 1923

L'Artillerie, ouvrage du Général Herr, paru en 1923

                - L’I.G.S., Inspection Générale des Services, titulaire : le Général Goigoux

J’ignore si ces deux derniers services rendent beaucoup de …. Services ; mais je crois bien qu’ils ont surtout été créés pour donner un prétexte au maintien d’officiers que, pour des raisons inconnues des profanes, on ne voulait pas purement et simplement renvoyer chez eux ou expédier à Limoges.

             - Il y a encore le S.R.A.C., Service des Relations avec les Autorités Civiles. Le titulaire en est le Lieutenant-colonel Toutain, remarquable par un colossal embonpoint. Il est tellement gros qu’il lui est tout à fait impossible de prendre place dans une auto autrement qu’à côté du chauffeur, les portières n’étant pas assez larges pour lui livrer passage. Ses bottes ! de belles bottes fauves, elles seraient suffisamment grandes pour qu’un enfant de 2 ans à 2 ans ½ puisse, très à l’aise, y prendre un bain. Officier breveté démissionnaire, le colonel Toutain a, paraît-il, été candidat à différentes élections, ce qui fait qu’il est tout à fait à sa place dans les fonctions qu’il remplit auprès de toutes les autorités administratives, préfets, etc. Ne manquant ni de finesse, ni d’une certaine valeur personnelle, il s’en acquitte à merveille, au dire de chacun.

                - Le S.R.A., ou Service des Renseignements aux Armées.

            - L’A.S. Artillerie d’Assaut, installée aux environs de Provins, commandée par le Général Estienne[10], un gros petit bonhomme à la figure toute ronde et rasée de comédien, le père de cette nouvelle arme.

1918 06 01 général Jean-Baptise Eugène Estienne 1860-1936 le père des chars

Le Général Jean-Baptiste Eugène Estienne (1860-1936), « le père des chars » http://lecharenfrance.canalblog.com/archives/2007/02/26/4134441.html

               - La D.C.A., Défense Contre les Aéronefs, chef : le Colonel Saconney[11].

1918 06 01 Jacques-Théodore Saconney 1874-1935

Le Commandant Jacques Théodore Saconney (1874-1935) http://cerf.volant.historic.free.fr/pages/cervolantistes/saconney/la%20biographie%20saconney%20-%20Copie.pdf

             - Le Bureau du Personnel, chef le Colonel Beaudenon de Larauze, et une subdivision de bureau, le Bureau des Décorations, dirigé par l’Officier d’Administration Cornavin, et qui a cette particularité que les secrétaires d’Etat-Major y sont remplacés par une nuée de dactylographes femmes.

              - Le Bureau du Chiffre, chef : le Commandant Givierge[12].

              - Le Courrier, etc.



[1] D.A. : Direction de l’Arrière (NDLR)

[2] D.T.M.A. : Direction des Transports Militaires aux Armées (NDLR)

[3] L’officier américain que l’on voit le plus fréquemment, et qui, d’ailleurs, est resté le plus longtemps à la D.A., est le Lieutenant Chapin. Je dois ajouter que, pour des raisons que j’ignore, il n’est pas très aimé à la D.T.M.A. (note de l’auteur)

[4] S’agit-il du Prince Alessandro Ruspoli (1869-1952), 7ème Prince de Cerveteri, Grand Maître de l’Hospice Sacré Apostolique ?

[5] Le traité de Brest-Litovsk est signé le 3 mars 1918 entre les gouvernements des Empires centraux menés par l'Empire allemand et la jeune République russe bolchevique, issue de la révolution russe, dans la ville de Brest-Litovsk et met fin aux combats sur le front de l'Est. (NDLR)

[6] Le Colonel Dufieux, promu général de brigade en juillet 1918, a assumé seul, pendant quelque temps, la direction du 3ème Bureau, après le départ du Général de Barescut, nommé au commandement d’une Division. Lui-même, a abandonné ce poste pour être placé à la tête d’une D.I. (Division d’Infanterie), au cours de la grande offensive finale. Après la Guerre, il s’est distingué en Orient où il a commandé, pendant toute la durée des opérations, la Division de Syrie-Cilicie. Revenu en France pour commander, d’abord en second, puis comme titulaire, l’Ecole Supérieure de Guerre, il vient de recevoir sa  3ème Etoile en Janvier 1926 et d’être désigné pour le commandement d’un groupement important au Maroc. Les opérations actives au Maroc étant terminées, en Mars 1927, il est désigné comme adjoint au Général président de la commission chargée des études relatives à la défense des frontières. En Janvier 1928, le Général Dufieux est nommé au commandement du VIIe Corps d’Armée à Besançon. Novembre 1930 : il est appelé aux fonctions d’Inspecteur Général de l’Infanterie. (note de l’auteur)

[7] Nous avons également à notre table un officier du 3ème Bureau, le Commandant Davy, un chasseur à pied, grièvement blessé au début de la campagne (il a subi l’énucléation d’un œil). Voici le récit tiré de l’historique du 17e bataillon de chasseurs à pied pendant la guerre 1914-1918 où il est question de la blessure du Capitaine Davy : « Devant Cirey, les 3e et 4e compagnies tinrent pendant cinq heures les bois de la Haie-Renardy; à Montigny, le bataillon, réduit à trois compagnies, résista pendant toute la journée du 22 août 1914 sur ses anciens emplacements de couverture. Les violents assauts de l'ennemi ne parvinrent pas à le chasser de ses positions; les capitaines DAVY et GARNIER furent blessés devant Montigny, à la tête de leur compagnie. » (NDLR)

Je signale particulièrement cet officier parce qu’il est le frère d’un de mes meilleurs camarades du 70e, le Lieutenant Davy, promu capitaine quelques mois avant la guerre au 109e à Chaumont, et glorieusement tué à la tête de sa compagnie le 14 Août 1914. Le Commandant Davy vient de quitter ou va prochainement quitter le G.Q.G. pour prendre le commandement d’un Bataillon de chasseurs. (note de l’auteur)

[8] Ce cochon de Morin est une nouvelle de Guy de Maupassant, publiée en novembre 1882. (NDLR)

[9]Au sujet du Général Herr : Le livre publié il y a quelques mois (en 1923) par le général Herr, intitulé « L'Artillerie »x, avec les sous-titres « Ce qu'elle a été », « Ce qu'elle est », « Ce qu'elle doit être », apporte par sa documentation un exposé très complet de l'emploi de l'artillerie de 1914 à 1918. La personnalité de l'auteur, qui a terminé la guerre en qualité d'inspecteur général de l'artillerie, donne une autorité particulière à ses déductions et le rôle qu'il a joué pendant la guerre lui a permis de suivre de façon supérieure l’évolution de son arme (in Revue Militaire Suisse –L’Artillerie de 1914 à 1918). (NDLR)

[10] L'artillerie spéciale (en abrégé AS) est l'arme blindée de l'armée française pendant la Première Guerre mondiale. Elle est l'ancêtre de l'actuelle arme blindée et cavalerie. Créée en 1916 à l'initiative de Jean Baptiste Eugène Estienne, le « père des chars », elle sera par la suite rebaptisée « artillerie d'assaut ».

[11] Le commandant SACONNEY (cf 20 avril 1918), chef de l’École d’Aérostation de Vadenay et Inspecteur des formations aérostatiques, eut la direction d’un Bureau d’études de DCA chargé de la coordination des moyens. (in La D.C.A., un siècle de Défense Sol-Air française, par le Colonel Jean-Pierre Petit). Jacques-Théodore Saconney, né le 18 janvier 1874 à Turin en Italie et mort le 14 juillet 1935 à Dijon, est un officier français, qui a été un général de division (armée de l'air française), un scientifique spécialisé dans la photographie aérienne et la météorologie, et un aérostier chevronné. (NDLR)

[12] Marcel Givierge, né le 27 juillet 1871 à Paris et mort le 17 août 1931 à La Trimouille (Vienne), est un général français spécialiste de la cryptologie. Il fut chef de la Section du Chiffre au Grand Quartier Général de 1914 à 1917. Il rejoint en 1917 le 55e régiment d’artillerie. Pendant la guerre il a notamment cassé le code des sous-marins allemands.

31 mai 2018

31 Mai 1918

31 Mai 1918

Aujourd’hui, l’impression générale est plutôt meilleure ; aussi, les visages se détendent-ils et redeviennent-ils souriants ; on a le ferme espoir que ce nouvel et colossal effort des Boches va bientôt se trouver paralysé.

En attendant, je viens encore d’avoir le spectacle de pauvres gens, fuyant en longues théories, devant l’invasion. Quand donc cette vision qui me navre toujours le cœur, me sera-t-elle enfin épargnée ?

Depuis le mois d’Avril, nos alliés américains prennent une part effective à la bataille. Entrés en guerre en Avril 1917, il leur a fallu une année entière pour se préparer, s’organiser et transporter en France un nombre de combattants qui doit aller en croissant considérablement pendant les prochains mois.

Pour le moment, les régiments américains sont endivisionnés dans des divisions françaises ; dans quelque temps, ils seront groupés en divisions uniquement composées de soldats américains. Ces divisions, très puissantes, comporteront 6 Régiments ; toutefois, leur artillerie sera formée par l’Armée française car nos nouveaux alliés ne possèdent que très peu de canons et manquent surtout d’officiers instruits et spécialisés dans la pratique de cette arme.

Il y a quelques jours, j’ai aperçu, ici, leur Général en Chef, le Général Pershing, dont le Q.G. est à Chaumont.

Depuis que je suis au G.Q.G., il m’a été donné quelquefois d’entrevoir des grands chefs de notre armée ou des armées alliées.

A Compiègne, j’ai vu le Maréchal Sir Douglas Haig[1], venu au Château pour conférer avec le Général Pétain. Cela m’a même donné l’occasion de rire un peu aux dépens de l’excellent Colonel Valentin que je voyais de ma fenêtre, en grande tenue, baudrier en sautoir et latte[2] au côté, se démenant et donnant des ordres en vue de cette réception ; dans son ardeur et son affairement, il avait failli ne pas voir arriver le grand chef anglais qui s’en venait pédestrement, sans le moindre apparat et simplement accompagné d’un unique officier d’ordonnance. Ce n’est  que lorsqu’il n’a plus été qu’à une cinquantaine de mètres de la porte d’entrée que le colonel l’a enfin aperçu et il a eu tout juste le temps, en prenant un pas gymnastique, qui ressemblait plutôt à un galop, d’alerter tout le monde, de prévenir le général en chef, de faire aligner la Compagnie d’honneur, etc., etc. Un peu  plus, tout était raté ! Il a une fort belle prestance, ma foi, le Maréchal Haig. Son Q.G. est à Montreuil sur mer.

A Compiègne également, j’ai aperçu le Général de Castelnau sortant des locaux occupés par le Général Pétain ; il commandait l’Armée lorsque j’étais en Lorraine[3] et je l’avais entrevu un jour dans son auto à Montenoy. Aujourd’hui, il est à la tête du G.A.E. (Groupe des Armées de l’Est) et a son quartier général établi à Mirecourt.

Plus récemment, ici, j’ai croisé dans la rue, et salué, le Général Gouraud, le grand mutilé des Dardanelles, la manche droite de sa vareuse, vide et boitant encore très fortement. Je l’avais vu un an ou deux avant la guerre, à Longchamp, alors qu’il était le plus jeune brigadier de l’Armée française, au milieu des détachements venus du Maroc pour prendre part à la revue du 14 juillet. A l’heure actuelle, il commande la IVème Armée, Q.G. à Epernay[4].

Vu aussi le Général Berthelot, retour de Roumanie, et des quantités d’autres légumes de moindre importance.

Mais, de tous les grands personnages que je viens d’énumérer, celui qui, sans conteste, a le plus d’allure, c’est notre Général en chef, le Général Pétain. Sans le connaître, ceux qui le rencontrent sont immanquablement frappés par le grand air de noblesse, d’autorité et de puissance qui se dégage de toute sa personne. De taille élevée, un profil de médaille antique, une démarche conservée jeune grâce à la pratique quotidienne de courtes séances de sport, il donne réellement l’impression d’un chef[5].

Voici le texte du célèbre ordre du jour qu’il adressa à l’Armée de Verdun, au début de la bataille de Verdun, après avoir pris le commandement de cette Armée dans les conditions que l’on sait :

2ème Armée                                                                                           Q.G. de Souilly 10-4-1916

                                                               Ordre Général n°9

« Le 9 avril est une journée glorieuse pour nos armes.

Les assauts furieux des armées du Kronprinz ont été partout brisés.

«  Fantassins, artilleurs, sapeurs, aviateurs de la 2ème Armée ont rivalisé d’héroïsme.

«  Honneur à tous !

«  Les Allemands attaqueront sans doute encore.

Que chacun travaille et veille pour obtenir le même succès qu’hier.

«  Courage : on les aura ! »

                                                                                              Signé : Pétain

 

Voici une galerie de portraits, pour la plupart puisés dans ma collection personnelle de L’Illustration ou des Annales de la Grande Guerre, y compris des personnages cités en notes d’après-guerre rédigées par Lucien Proutaux.

05 31 Major gal John J 05 31 Major gal John J

Le Général Pershing (Illustration du 16 juin 1917, Coll. pers.)

à gauche: commandant en chef du premier corps expéditionnaire américain sur le front français, photographié en tenue de campagne avant son départ des Etats-Unis

à droite: L’arrivée en France du Général Pershing, débarquant à Boulogne du transport Invicta.

05 31 Maréchal Sir Douglas Haig 05 31 gal de Castelnau

à gauche: Le Maréchal Sir Douglas Haig (1861-1928) (Illustration du 1er juin 1918, Coll. pers.)

à droite: Le Général Edouard de Curières de Castelnau (1851-1944) (Les Annales – Un an de guerre, du 25 juillet 1915, Coll. pers.)

05 31 gal Gouraud 05 31 gal Berthelot

à gauche: Le Général Henri Gouraud (1867-1946) félicitant le sergent Gervais. On remarque qu’il est amputé du bras droit. (Illustration du 28 juillet 1917, Coll. pers.)

à droite: Le Général Henri Berthelot (1861-1931) à gauche, le ministre de l’Armement Albert Thomas au centre et le roi de Roumanie Ferdinand 1er à droite (Illustration du 30 juin 1917, Coll. pers.)

05 31 gal Pétain 05 31 gal Dubail

à gauche: Le Général Philippe Pétain (1856-1951) (Illustration du 4 août 1917, Coll. pers.)

à droite: Le Général Augustin Dubail (1851-1934) (Les Annales – Un an de guerre, du 25 juillet 1915, Coll. pers.)

05 31 gal de Langle de Cary 05 31 Gal Diaz

à gauche: Le Général Fernand de Langle de Cary (1849-1927) (Les Annales – Un an de guerre, du 25 juillet 1915, Coll. pers.)

à droite: Le Général Armando Diaz (1861-1928), commandant en chef des armées italiennes (Illustration du 21 décembre 1918, Coll. pers.)

05 31 gal Robert Nivelle 1856-1924 Ill 23-30 décmbre 1916 05 31 gal Luigi Cadorna

à gauche: Le Général Robert Nivelle (1856-1924) (L’Illustration du 23/30 décembre 1916, Coll. pers.)

à droite: Le Général Luigi Cadorna (1850-1928), chef d’état-major de l’armée italienne pendant les trente premiers mois du conflit (in http://la-loupe.over-blog.net/article-cadorna-luigi-105672695.html )

05 31 Pétain & Joffre 05 31 gal Charles Mangin 1866-1925 peint par Lucien Jonas Ill 6-1-1917

à gauche: Le Général Joseph Joffre (1852-1931) à droite, en compagnie du général Pétain (Les Annales – Un an de guerre, du 25 juillet 1915, Coll. pers.)

à droite: Le Général Charles Mangin (1866-1925), peint par Lucien Jonas (L’Illustration du 6 juin 1917, Coll. pers.)



[1] Le Maréchal Haig vient de mourir d’une façon prématurée le 30 Janvier 1928. Il n’était âgé que de 66 ans.

29 Février 1928- La mort s’abattrait-elle sur les généraux ayant commandé en chef les différentes armées alliées pendant la Guerre ? Le Maréchal Diaz, le successeur de Cadorna, à la tête des Armées italiennes, après le désastre de Caporetto, vient, en effet, lui aussi, de mourir presque subitement à Rome. Il avait 66 ou 67 ans.

Grâce à Dieu, nos généralissimes à nous (Foch, le Généralissime de toutes les armées alliées, Joffre, le vainqueur de la première Marne, Pétain, le régénérateur du moral de l’Armée en 1917) – à part Nivelle, toutefois, mort un an ou deux après la Paix, mais il a été si peu de temps généralissime !- tiennent bon et il y a tout lieu d’espérer que, quoique tous déjà chargés d’ans, ils vivront de nombreuses années encore, entourés de l’estime et du respect de tous les vrais Français.

21 Décembre 1928 – le Maréchal Cadorna, le premier généralissime italien, jusqu’en 1917, vient de s’éteindre à Bordighera. Il avait 78 ans.

Mars 1929 ! Hélas ! La mort commencerait-elle à exercer ses ravages parmi nos glorieux chefs ? Le plus grand de tous, en effet, le Maréchal Foch vient de s’éteindre, après quelques semaines de maladie, le 20 Mars 1929. Il avait 77 ans.

Janvier 1931 – La sombre faucheuse continue sa triste moisson… Joffre, le premier artisan de la Victoire, « Le Grand-Père », comme l’appelaient les soldats, vient de s’éteindre le 3 Janvier 1931, après une longue agonie. Il allait atteindre 79 ans neuf jours plus tard. Ses obsèques, qui furent nationales comme celles de Foch, ont eu lieu le mercredi 7 Janvier. (note de l’auteur)

[2] Une latte est un sabre droit. (NDLR)

[3] Au début de la guerre, les armées, échelonnées le long de la frontière, étaient au nombre de cinq, à savoir :

-           1ère Armée :                    Général Dubail

-           2ème Armée :                  Général de Castelnau

-           3ème Armée :                 Général Ruffey

-           4ème Armée :                  Général de Langle de Cary

-           5ème Armée :                  Général Lanrezac

Elles étaient, à cette époque, directement sous les ordres du Général en chef ; mais, depuis, leur nombre ayant été sensiblement augmenté, pour faciliter le commandement, elles ont été réunies en groupes d’armées : G.A.E., Groupe des Armées de l’Est, G.A.N., Groupe des Armées du Nord, G.A.C., Groupe des Armées du Centre, G.A.R., Groupe des Armées de Réserve. (note de l'auteur)

[4] Etant encore au Secteur A, un soir en sortant de la Gare de l’Est en compagnie du Commandant Badel, j’avais vu débarquer Mangin, l’Africain, et son masque tourmenté et énergique. C’était peu de temps après la reprise de Douaumont, qui consacrait définitivement notre victoire de Verdun, et un peu avant l’offensive d’Avril 1917 à la suite de laquelle ce grand chef devait être, d’une façon aussi inique qu’injuste, relevé de son commandement. (note de l'auteur)

Je devais le revoir en 1925 à la Sorbonne, au cours d’une conférence faite par Henri de Kerillis à la suite de la traversée du Sahara par les autos Renault de la mission Gradis. Hélas ! c’était tout juste quelques semaines avant sa mort, qui survenait, aussi foudroyante qu’imprévue, en mai de la même année. Quelle perte irréparable pour la France ! (note de l'auteur)

[5] Dans son livre « G.Q.G., Secteur 1 », Jean de Pierrefeu trace ce portrait du Général en chef : « Pétain ne m’apparaît pas uniquement sous les espèces du militaire, sa grandeur n’est pas faite seulement de son aptitude à diriger la bataille, mais elle émane de toute sa personne. Nul n’évoque mieux que lui ceux que les Latins appelaient « les grands hommes ». il est le penseur, le sage en même temps que le conducteur d’hommes. Un matin, peu de jours après son arrivée, comme je causais avec son officier d’ordonnance, mes yeux se levèrent par hasard. Je le vois dans l’encadrement de la porte, immobilisé et calme, qui nous regardait. J’eus l’impression d’une statue de marbre : un sénateur romain, dans un musée. Grand, vigoureux, la taille imposante, le visage impassible, d’une pâleur de teint vraiment marmoréenne, le regard droit et chargé de pensées, il était, sous l’uniforme bleu, d’une majesté incomparable. Ceux qui l’ont vu, dans cette attitude, regardant défiler ses troupes pendant les grandes revues du front, savent combien ma vision est juste. »

Il fait également le portrait suivant du Général de Castelnau qui, en 1916, je crois, avait été appelé au G.Q.G. avec les fonctions de Chef d’Etat-Major Général des Armées : « Le Général de Castelnau s’installa (à Chantilly) au premier étage, en face de l’appartement du Général Pellé, dans les pièces occupées par la Section d’Information et les officiers de liaison de la Présidence de la République. Nul n’attirait plus la sympathie que le Général de Castelnau. Petit, trapu, jovial, la parole alerte et bienveillante, il réalisait par son allure martiale et sa moustache blanche, le type du troupier français. Tout de suite, il fut adoré par ce que le G.Q.G. comptait d’éléments désintéressés. Quand il entrait dans l’hôtel, en frappant le pavé de sa canne, jetant à droite et à gauche, des regards d’une vivacité et d’une malice juvéniles, tous ceux qui étaient dans ses parages se rapprochaient instinctivement de lui, tant on avait plaisir à le voir. Il avait l’air d’éclairer d’un mot aimable les physionomies des gens qu’il rencontrait sur son passage et qui, du premier coup, lui étaient acquis. Ce petit homme, si alerte, si robuste, respirait l’honnêteté et la confiance. » (note de l'auteur)